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Kentin Mahé : « Tout faire pour ne rien regretter… »

Dans le groupe jusqu’au départ pour Londres, le jeune espoir du handball tricolore Kentin Mahé a pu continuer à emmagasiner un maximum d’expérience. A 21 ans, le plus Allemand de nos Bleus nous parle de ces dernières semaines au sein d’un groupe à l’histoire exceptionnelle, mais aussi de l’avenir. Une vraie source d’inspiration…

Kentin, quelle a été ta première réaction quand tu appris ta pré-sélection olympique ?

A vrai dire je m’y attendais un peu, ou du moins je le pensais et voulais très fort. Après c’est sûr qu’à chaque fois que tu ouvres ta boite mail et que tu vois la convocation, c’est une grande fierté et un moment de réjouissement ! Je voulais faire partie du groupe de prépa pour pouvoir démontrer et  »valider » plus ou moins ce que j’avais pu montrer cette saison en championnat et en sachant que les préparations de Quinquin (Alain Quintallet, ndlr), ce n’est pas de la rigolade, pour notament me préparer personellement pour la saison prochaine. Après, bien sûr, quand tu fais partie des 20 joueurs retenus pour une préparation Olympique cela veut aussi dire que potentiellement tu es « sélectionnable » pour les JO. Même si bien évidemment il faut rester réaliste, sachant qu’il y a beaucoup de monde (et pas n’importe quels joueurs) sur mon poste.

Tu restes le « minot » de la bande même si tu n’as pas traîné pour entrer chez les seniors, deuxième plus jeune joueur appelé en Bleu après un certain Nikola Karabatic… Quel souvenir gardes-tu de ces premiers pas ?

Un grand moment de surprise en apprenant la nouvelle via mon père qui m’a appelé et m’a annoncé la nouvelle. Une grande fierté bien sûr et aussi beaucoup de curiosité, j’allais découvrir un monde, un groupe que je n’avais pu suivre que devant mon poste de télévision.

Pour moi c’était du bonus car j’avais 19 ans, je découvrais les yeux – et oreilles (sourire) – grands ouverts. Et puis, de pouvoir mettre ce maillot, doté de 3 étoiles à l’époque… un régal !

« Ils restent humbles et simples par rapport à ce qu’ils sont. C’est exemplaire. »

Au quotidien, dans ton handball et dans ta façon d’appréhender le sport de très haut-niveau, que t’apporte les rassemblements en bleu ?

C’est simple, ici personne ne se prend la tête. Peu importe le niveau de jeu de chaque joueur, le palmarès impressionnant et l’expérience, le respect envers chaque personne fais partie du quotidien. J’ai été agréablement surpris de la manière avec laquelle j’avais été accueilli au sein du groupe en octobre 2010 en temps que jeune.

J’apprends bien entendu sur le plan handballistique à chaque entraînement de nouvelles choses. J’aime observer les qualités individuelles des joueurs pour pouvoir essayer de les imiter après.

Mais surtout, ce qui m’impressionne le plus, c’est la capacité des individus à rester humbles et simples par rapport à ce qu’ils sont. C’est exemplaire.

Qu’est ce qui a changé pour toi dans cette vie en bleu à l’approche d’une échéance aussi capitale que les Jeux?

Au début, tous les joueurs étaient sollicités. Pendant les 10 premiers jours, c’était beaucoup de physique, d’endurance, de coordination vitesse. Je me suis bléssé au dernier entraînement handball à la Toussuire, mais j’ai pu m’entraîner correctement sur le stage en Andorre, celui qui en fin de compte pesait le plus sur la décision de Claude pour la liste des 15. On sentait un peu plus d’engagement en Andorre, il y avait tout de même une sélection olympique en jeu. Mais la vie de groupe a toujours été la même, avec cette constante bonne ambiance entre le staff et les joueurs.

 « Un atout de partager la même passion que mon père »

Tu avais un an lors des JO de Barcelone donc cela risque d’être compliqué pour évoquer des souvenirs. Mais Pékin et le titre… Qu’est ce qui se passe dans la tête d’un aspirant pro de 17 ans devant cette apothéose ?

On se dit : « Je veux pouvoir vivre ça moi aussi un jour ! » C’est un évènement planétaire tous les 4 ans, t’as forcement envie d’y goûter un jour !

En parlant avec mon père de la prépa en ce moment, il m’a dit : «Kentin, ton père il y a 20 ans, lui aussi faisait la prépa des JO de Barcelone… Profite de ces moments et prends tout ce qu’il y a de bon à prendre. »

C’est magique quand ton père te dit ça, t’as envie de bien faire, de ne rien regretter après la prepa !

Justement, au-delà du fait de baigner dedans depuis ta naissance, avoir un papa qui a écrit l’une des premières pages de l’histoire du handball français reste l’exemple à suivre ? Un moteur ?

Cette question m’ait beaucoup posée et je le dis clairement : pour moi c’est une personne qui m’aide beaucoup sur le chemin que j’ai envie de prendre. Je crois qu’il se réjouit de m’avoir vu choisir cette route, vers le très haut niveau.

Il me donne beaucoup de conseils et on parle pas mal « handball » quand on se voit. C’est un atout d’avoir un papa comme ça et je lui en suis très reconnaissant… Pour lui, il est important que ses enfants aient une passion à vivre pleinement dans leur vie. Moi j’ai choisi celle qui était aussi la sienne, alors ça nous rapproche encore un peu plus…

 « Il faudra mériter l’intégration par beaucoup de travail »

Tu incarnes la jeune garde, l’avenir de l’équipe de France. Qu’ambitionnes-tu sous le maillot tricolore ?

J’ai bien sûr envie de me faire une place dans cette équipe, mais je suis conscient qu’aux départs des «anciens » joueurs expérimentés, l’équipe va se rajeunir, cela va être le début d’un nouveau cycle. Même si en faisant le compte il y beaucoup de joueurs cadres qui vont rester dans l’équipe qui eux à leur tour vont prendre le rôle de leurs ainés pour nous montrer à nous, jeunes, le bon chemin. Mais je sais aussi qu’il faudra mériter l’intégration dans cette équipe et cela passe par beaucoup de travail.

Et d’un point de vue club ? Quels sont vos objectif pour la saison à venir et tes challenges perso ?

Je suis un peu agacé car l’année prochaine pour Gummersbach est une sorte d’année charnière, en attente de la nouvelle salle. Il n’y a pas de réels projets, si ce n’est le maintien. Donc personnellement, il faudra essayer de travailler un peu plus et de m’améliorer notamment sur le plan physique. Après, je ne me plains pas : à Gummersbach j’ai beaucoup de temps de jeu pour mon statut et mon âge. C’est une très bonne chose pour l’instant !

Dans un pays où la petite balle pégueuse est reine, quelles grosses différences as-tu constaté avec l’Hexagone ?

Les différences pour l’instant sont clairement la capacité des salles et l’engouement qu’il y a autour de la Bundesliga. Les gens ne viennent pas pour voir un spectacle mais vraiment pour encourager leur équipe. Ça se fait ressentir presque à chaque match.

Pour l’instant, la Bundesliga, c’est ce qui se fait de mieux. Et je dis bien « pour l’instant », car les recrutements faits dans les clubs français ces derniers temps sont prometteurs. Tout comme les projets de grandes salles : je pense à Dunkerque et au siège du handball, à Colombes.

Et puis les Allemands reçoivent le Final Four tous les ans. Juste pour le match de la place 3-4, il y a 20 000 personnes dans la salle : c’est impressionnant !

« Jouer en France ? Ce ne sera pas pour tout de suite… »

Tu as vécu une grande partie de ta vie Outre-Rhin. Qu’est ce qui te manque le plus, en Allemagne, de la France ?

Je ne m’en rendais pas vraiment compte mais j’ai beaucoup vécu au sud de la France (Montpellier, hauteur de Monaco, Nice)  et la météo était plutôt… agréable (sourire). A Gummersbach, il pleut souvent. Et puis lorsque je suis en France, l’importance à la gastronomie m’étonne à chaque fois. C’est un grand atout, cette culture me manque en Allemagne.

Et une chose qui m’agace de temps en temps : le manque de flexibilité de certaines personnes, que ce soit pr la caisse noire (rire) ou dans d’autre situation de la vie quotidienne. Les gens en France sont plus compréhensif par rapport à certaines choses.

Gardes-tu dans un coin de ta tête la possibilité de jouer un jour – pour la première fois de ta carrière ! – en France ?

Oui bien sûr, mais ce ne sera pas pour tout de suite… Quand tu es en Allemagne, tu ne veux pas forcement bouger. Ce n’est pas un secret, sportivement et financièrement parlant c’est plus intéressant là-bas.

Bien sûr que j’envisage un jour de venir jouer en France. Mais j’ai encore le temps…

Pour mieux le connaître, quelques questions de notre traditionnelle interview décalée: La boîte à questions.

Les trois sites internet que tu visites le plus fréquemment ?

handball-world.com, Instagram et Facebook

Ton fond d’écran d’ordinateur ?

Une photo de ma copine et moi à Dubrovnik cet été.

Tu peux inviter cinq personnes (en vie ou non) le temps d’un dîner. Qui ?

Michael Phelps, Michael Jordan, Andy Warhol, Steve Jobs et… Popeye !

Ballade en Bavière ou dans les jardins du Luxembourg ?

Les jardins du Luxembourg.

 Le handballeur et le sportif qui t’ont fait/te font rêver 

Narcisse et Phelps, Bolt, Jordan. L’exigence de ces sportifs surtout…

Les chansons qui te mettent la pêche les jours de match ?

Ça dépend, ça peut être de la house, indie, folk ou rock, c’est à chaque fois diffèrent. Surement selon mon humeur.

 Le sport que tu aurais pu faire autre que le hand ?

Du décathlon ou du tennis.

 Où te vois-tu dans 10 ans ?

Dans un grand club de hand… avec un palmarès important !

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