Brésil

Le handball cherche encore sa place

Do Nascimento - Brésil

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur le Brésil qui accueille la planète football pendant un mois à partir de jeudi, le handball cherche encore sa place au pays de la samba. A l’instar de nombreux états d’Amérique du Sud, le football emporte tout sur son passage. Felipe Borges, l’ailier gauche de Montpellier, nous fait découvrir les différentes réalités de son pays.

Brésil

C’était en décembre dernier. Pour la première fois de son histoire, le Brésil remportait un titre mondial en handball. En venant à bout de la Serbie (22-20) à Belgrade, les brésiliennes ont non seulement offert un renouveau rafraichissant sur la planète handball mais ont surtout permis de mettre en avant leur sport dans un pays qui ne voit que par le football. « Cet évènement a été vécu de manière très forte au Brésil, se souvient Felipe Borges. Tous les médias en ont beaucoup parlé. Pour tous ceux qui les suivaient depuis longtemps, ce fut une grande joie. Ce fut impressionnant de voir le nombre de personnes qui parlaient du titre mondial sur les réseaux sociaux. »

Un sport encore marginal au Brésil

Borges-Montpellier_nqPourtant, le handball est rarement à la fête dans ce gigantesque pays de plus de 200 millions d’habitants, le cinquième plus peuplé de la planète. Le football est omniprésent, l’image du Brésil étant étroitement associée à ses footballeurs. « Dans les journaux, on parle toujours de football, regrette Felipe Borges. Au Brésil, le foot est comme une religion pour tout le monde. Il est presque impossible de lire un article sur le handball dans la presse, sauf lors des grands évènements comme un Mondial. »

Les efforts ne manquent pas pour tenter de populariser le jeu à sept et profiter de l’énorme vivier que représente la jeunesse brésilienne. Longtemps considéré comme un pays de seconde zone sur la carte du handball international, le Brésil a su progressivement monter en puissance au fil des années. L’éducation, qui constitue l’un des axes majeurs de développement des pays d’Amérique du Sud, a permis de faire découvrir de nouveaux sports aux jeunes brésiliens. « Le hand est populaire dans les écoles et les collèges, complète Felipe Borges. Tous ceux qui jouent au hand au Brésil ont forcément commencé à l’école. Je me souviens qu’en cours d’éducation physique, tout le monde voulait jouer au foot. Lorsqu’il y avait du hand au programme, cela ne plaisait pas vraiment mais tous jouaient quand même. » Le futsal, le basket ou encore le volley profitent également de cette diversification des activités scolaires pour tenter de se faire une place au soleil.

Un français pour démocratiser le hand

bresilIl faut dire que l’histoire du handball au Brésil est encore récente. Des immigrés allemands auraient été les premiers à pratiquer le jeu à sept au Brésil dans les années 30. Jusqu’aux années 60, sa pratique était limitée à Sao Paulo et sa région. C’est un professeur de sport français, Augusto Listello, qui est en grande partie à l’origine de la démocratisation du handball dans le reste du pays. En 1971, le hand fait ainsi son entrée au programme des Jeux Universitaires. La première Coupe du Brésil a vu le jour neuf ans plus tard, confirmant le développement d’un sport qui conserve encore une grande marge de progression au Brésil.

Les partenaires et les sponsors ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, rejoignant progressivement la fédération brésilienne pour l’accompagner dans son développement. Correios, la poste brésilienne, ainsi que la banque nationale Banco Do Brasil, sont ainsi les deux partenaires majeurs. Ils ont en effet investi 9,4 millions de reales depuis quelques années, soit 4 millions de dollars.

Objectif : Rio 2016

La fédération a également su s’entourer de spécialistes du handball, en engageant notamment le danois Morten Soubak pour conduire sa sélection féminine. Conscient du manque de vécu collectif de ses joueuses, il a rejoint le club autrichien d’Hypo et a fait signer huit internationales brésiliennes. En évoluant ainsi toute l’année ensemble, elles ont pu créer des automatismes qui se sont avérés précieux à l’heure du Mondial.

joao da silvaLa sélection brésilienne a désormais un grand objectif devant elle : les Jeux Olympiques 2016 qui auront lieu à Rio. Felipe Borges y pense déjà avec envie mais ne veut pas brûler les étapes. « Nous avons encore de nombreux tournois à disputer avant les JO. Il faut y aller pas à pas même si nous travaillons tous en pensant à 2016. C’est un bon moyen pour que la presse parle de notre sport. » Les brésiliens pourront notamment s’appuyer sur le jeune et prometteur Joao Da Silva. Joueur de l’équipe réserve du Barça cette saison, ce demi-centre de 20 ans s’est engagé avec Ademar Leon. Il représente l’avenir de la sélection.

Borges : “Le peuple n’est pas satisfait”

rio handball 3Comme tous les brésiliens, Felipe Borges s’apprête à vivre au rythme du football à partir de jeudi. « C’est l’évènement de l’année au Brésil, nous confie-t-il. Tout le monde parle du Mondial de foot, mais les gens parlent aussi d’améliorer la santé, les transports, l’éducation. Le peuple n’est pas satisfait sur de nombreux points. Il existe d’importantes inégalités sociales, et nous voulons que les choses évoluent. Il ne faut pas seulement construire de grands stades, mais penser aux gens qui vivent dans la rue et n’ont pas de travail. Cela ne peut pas perdurer ainsi. »

Felipe Borges prédit une victoire de la Seleçao mais prévient : « Si nous ne gagnons pas, il risque d’y avoir une grande confusion dans tout le pays. » Ainsi va le Brésil, passionné et fier de son équipe nationale de foot. Le handball, de son côté, reste encore dans l’ombre. Pour mieux surprendre en 2016 ?

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1 CommentairePoster un commentaire

  1. JocelynF - le 11 juin 2014 à 21h02

    J'ai eu la chance de pouvoir jouer dans une équipe de hand universitaire il y a deux ans lorsque je faisais un échange là-bas (à Curitiba dans le Sud), et je confirme à peu près tout :

    Le hand est encore un sport marginal et très récent. Même si peu de monde y joue, beaucoup de mes amis brésiliens m'ont avoué y avoir joué au moins une fois à l'école. Ce sport est plutôt apprécié et tend à se faire connaitre. La victoire de l'équipe nationale féminine a fortement contribué à la connaissance du sport auprès du grand public, et je sais que les objectifs sont clairs : ils veulent tenter la qualif pour les JO de 2016.

    J'ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec l'équipe où j'étais. Le niveau du championnat dans lequel j'étais n'était pas ultra élevé, mais il progresse beaucoup d'après les dire de mon coach sur place.

    Je suis persuadé que le Brésil saura trouver une place de choix très prochainement dans le hand mondial. Il reste encore beaucoup de chemin (pas d'installation digne de ce nom, un niveau de championnat encore un peu faible), mais personnellement j'y crois, et j'ai hâte de pouvoir découvrir la seleção brasileira à Rio, avec peut-être un match France-Brésil… 😉

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