France

La nouvelle vie de Victor Boillaud

Crédit photo : http://philou68.piwigo.com/

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Victime d’un burn out il y a un an, Victor Boillaud a mis un terme à sa carrière en juin dernier à seulement 28 ans. Le talentueux demi-centre de Mulhouse a décidé de se reconvertir en tant que chef de projet multimédia. Il revient pour Handnews sur les difficultés qu’il a surmontées, nous fait découvrir sa nouvelle vie et évoque également la question cruciale de la reconversion des joueurs en fin de carrière.

« La période que j’ai traversé a été longue et n’a pas été très agréable à vivre, c’est certain, mais elle m’a permis de me remettre en question, et d’évoluer. » Victor Boillaud ne veut retenir que le positif des derniers mois agités qu’il a vécus, le contraignant à mettre un terme à sa carrière à seulement 28 ans. Disparu des terrains de Pro D2 en novembre dernier, l’ancien demi-centre de Sélestat a été victime d’un épuisement professionnel (« burn out ») qui l’a privé de la seconde partie de saison avec le MHSA. Mais l’essentiel était ailleurs pour le joueur formé à Dijon, avec une santé fragile et le moral en berne. S’il a aujourd’hui retrouvé la forme et l’envie de se lancer dans de nouveaux projets, il le doit notamment à son entourage. « Au final, c’est un mal pour un bien, relativise-t-il. Le soutien de ma famille et de mes amis m’ont été d’une aide incommensurable. Mon président a également été très compréhensif par rapport à mon état. Je lui en suis très reconnaissant. »

Une réflexion entamée à 25 ans

boillaud créteilRares sont les joueurs qui décident de mettre un terme à leur carrière à seulement 28 ans, dans la pleine force de l’âge et alors qu’ils sont au meilleur de leur forme. Pour Victor Boillaud, cette décision s’est imposée d’elle-même. « On peut en effet penser qu’à 28 ans, c’est un peu tôt pour arrêter, concède-t-il, surtout si on est dans l’optique de faire ça tant que le corps et le niveau le permettent, étant donné que, généralement, le salaire qu’on gagne grâce au handball est supérieur à celui qu’on sera susceptible de toucher par la suite. Mais je n’étais pas dans cette optique-là. » Très tôt, le demi-centre a en effet pris conscience que sa carrière de handballeur serait limitée dans le temps. Marqué par les relégations en Pro D2 de Sélestat puis de Créteil, Victor Boillaud a en effet décidé de privilégier sa reconversion professionnelle.

« J’avais volontairement découvert le monde de l’entreprise au sein d’une société partenaire du club de Mulhouse, explique-t-il. J’y travaillais à temps partiel en tant que chef de projet, en parallèle de mon activité à mi-temps de handballeur professionnel. » Si ces deux activités ont nécessité de vraies qualités d’organisation, elles lui ont surtout donné la possibilité de s’ouvrir vers un autre univers. « Cela m’a en effet permis de découvrir un monde que je ne connaissais pas du tout, de me confronter à des problèmes qu’on ne rencontre pas forcément en tant que handballeur. Cela m’a fait réfléchir à ce que je voulais et ne voulais pas faire. »

Une reconversion dans le web

Crédit photo : http://philou68.piwigo.com

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Le déclic a eu lieu l’année passée. Victor Boillaud découvre l’univers du web. Le coup de cœur est immédiat. Il sait alors que sa deuxième carrière s’orientera vers ce secteur. « Je suis actuellement une formation continue certifiante en tant que chef de projet multimédia. Cela n’a pas de rapport avec la licence en Sciences de la Terre et de l’Univers que j’ai décroché en 2007 mais je retrouve des similitudes avec la société pour laquelle je travaillais, étant donné que c’était une agence de communication dans le print. J’apprends beaucoup et trouve ça très intéressant. Dès mars, je serai sur le marché du travail. » S’il note non sans un trait d’humour que la fin de sa carrière sportive lui évitera « peut-être un tas de problème d’arthrose quand je serai vieux », tourner la page du handball n’a pas été une décision facile à prendre pour celui qui a débuté au plus haut niveau avec les Kiour et Poletti à Dijon.

« Après 10 ans en tant que professionnel, ce n’est pas facile de dire stop, reconnaît-il. Mais aujourd’hui, je suis content d’avoir pris cette décision. Lorsque je regarde des matches de hand, il m’arrive encore d’envier les joueurs sur le terrain l’espace de quelques secondes. En revanche, lorsqu’ils sont à l’entrainement et moi en train de prendre du bon temps, d’un coup, je les envie moins ! » Victor Boillaud a en effet décidé de couper complètement avec le handball, n’ayant pas pris de licence à niveau amateur pour « profiter pleinement de mes soirées et de mes week-ends de libre et  découvrir d’autres activités, chose que je ne pouvais pas tout à fait faire pendant ma carrière. » La petite balle pégueuse n’est néanmoins pas complètement sortie de sa vie, puisqu’il se laisse parfois tenter par un entraînement avec une équipe. Il n’exclut d’ailleurs pas de reprendre un jour une licence en tant qu’amateur.

Sa priorité : sensibiliser les jeunes joueurs

Crédit photo : http://philou68.piwigo.com

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Retraité des terrains et passé de l’autre côté de la barrière, Victor Boillaud est un témoin privilégié des problématiques liées à la reconversion des joueurs. Ce sujet est en effet central dans le sport professionnel afin de préparer au mieux ce que certains considèrent comme une « petite mort ». « Je pense que c’est un sujet d’actualité, explique l’ancien joueur du MHSA. J’ai d’ailleurs lu récemment un article qui évoquait la responsabilité sociétale des clubs dans la reconversion post-carrière de leurs joueurs. Je sais également que l’AJPH réalise un travail de sensibilisation des joueurs depuis quelques années. » Pour Victor Boillaud, cette question doit être abordée le plus tôt possible, dès la formation. « Il faut sensibiliser, informer et pourquoi pas, accompagner le moment venu. Il y a donc là un gros chantier. J’imagine que les choses ont évolué depuis ma formation, il y a dix ans. »

Sensibilisé à cette problématique, le jeune retraité des terrains envisage de mettre son expérience au service de ceux qui souhaitent se lancer dans une nouvelle vie une fois les maillots rangés au placard. « J’ai en effet un projet de plateforme web destinée aux joueurs et joueuses professionnels qui s’interrogent sur des sujets en rapports avec leur activité, et notamment la formation, en vue d’une reconversion. Ce n’est encore qu’au stade de projet, mais de par mon expérience, je sais qu’il peut arriver, en tant que joueur, de se poser des tas de questions sur le sujet. L’AJPH peut être une alternative, mais je me disais qu’il serait peut être utile de créer une plateforme où le joueur pourrait trouver des informations claires et compréhensibles. »

“Regretter n’amène rien de bon”

MHSA MulhouseLes salaires en hausse dans le handball professionnel, notamment en LNH, peuvent ainsi détourner les joueurs d’une vraie réflexion sur leur avenir. Pourtant, nombre d’entre eux se retrouvent au pied du mur lorsque leur carrière touche à sa fin. « On a l’habitude d’être assisté tout au long de sa carrière sportive, cela n’aide pas vraiment à évoluer seul et à faire face à la réalité une fois celle-ci terminée, surtout si on n’a pas la chance d’avoir des proches de bon conseil qui vous soutiennent. Malheureusement, pour la majorité des joueurs, les gains engrangés au cours de leur carrière sont trop faibles pour qu’ils puissent vivre d’investissements et de placements par la suite. Pour moi, une sensibilisation est obligatoire. Mais il faudrait trouver les mots justes pour toucher le joueur en formation, qui à ce stade-là, n’a que des étoiles dans les yeux et veut ressembler à ses idoles. »

S’il est encore en pleine réflexion sur la meilleure façon d’aider les joueurs à construire leur avenir post-handball, Victor Boillaud est aujourd’hui épanoui dans sa vie. Lorsqu’il se retourne sur sa carrière, il ne veut retenir que le positif. « Je vais garder les mauvais souvenir pour moi, affirme-t-il. Je pense qu’ils disparaitront petit à petit. La nature est bien faite, et on ne retient que les bons. Regretter n’amène rien de bon. Côté bons souvenirs, même si je n’ai gagné aucun titre, je pourrais parler des belles aventures en Coupe de France, mais cela ne vaut pas grand-chose en comparaison du côté humain et des liens que j’ai lié avec certains. Faire partie d’une aventure humaine avec des joueurs, des dirigeants, des supporters, ça n’a pas de prix. Cela me manquera, c’est certain. »

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