Itw

M. Ahlm : “C’est très dur de pousser des joueurs vers la sortie”

IMG_0211

Il fut l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur pivot des dix dernières années. Le Suédois Marcus Ahlm a mis un terme à sa carrière à la fin de la saison dernière, après s’être construit un palmarès hors du commun, comptant notamment trois ligues des champions, huit championnats d’Allemagne et six coupes Allemagne.
C’est en marge des championnats d’Europe que nous sommes partis à sa recontre et qu’il a accepté d’accorder un entretien exclusif à Handnews.fr dans lequel il est question de sa nouvelle vie, de Kiel, de sa carrière et de l’équipe de Suède.

Que faites vous maintenant que vous ne jouez plus a Kiel?

– Je travaille pour une entreprise allemande spécialisée dans l’alimentaire et l’équipement pour professionnels. Je suis responsable des ventes, je travaille tout autour de la Scanie, dans le sud de la Suède.

Ça vous plaît ? Ça vous change du Handball ?

– Oui j’aime bien, c’est intéressant, par certains aspects c’est comme le handball, c’est une performance qu’il faut réaliser, comme un match à gagner. En plus je rencontre tous les jours des gens… comme dans le sport.

Vous travaillez aussi pour Kiel, en quoi consiste exactement votre rôle au THW ?

– Je supervise les affaires sportives du club.

Vous êtes encore en contact avec vos anciens coéquipiers ?

– Oui bien sûr, la vie de sportif professionnel nous fait partager des moments ensemble, bons ou mauvais ; des préparations d’avant saison, des grandes victoires, de longues heures d’attente dans les aéroports… toutes ces choses qui font naître des amitiés profondes.

Alors comment se passe pour vous la vie loin des parquets ?

– Ça se passe bien, un jour normal ça va, mais c’est quand je vois du handball à la télé ou dans une salle que je ressens un manque. Je pense beaucoup au handball, et je dois être à Kiel au moins une fois par mois pour mon nouveau rôle dans le club, mais c’est jouer au handball qui me manque, et c’est quand je vois un match que je m’en rends compte…

Que pensez vous de l’équipe de Kiel cette saison ? Ils ont l’air moins dominants que par le passé, non ?

– Oui mais ils sont quand même en tête de la Bundesliga, ce n’est donc pas si mal que ça. Bien sûr, beaucoup de joueurs ont quitté le club, tous avec beaucoup d’expérience, le club a fait le choix d’opérer une rupture, de reconstruire peu à peu. On peut toujours en discuter, si c’est une bonne idée ou pas, mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut du temps pour trouver un nouvel équilibre. Les joueurs qui sont partis étaient importants, leurs places doivent être prises par d’autres joueurs. Filip Jicha par exemple avait un rôle, mais il doit avoir un autre rôle plus important maintenant, René Toft Hansen aussi, il n’est ni jeune ni vieux mais il doit prendre plus d’ampleur dans le collectif; c’est exactement la même chose avec les gardiens, Titi (Omeyer) était un joueur tellement important, un caractère qui avait une grande place dans l’effectif… cet espace qui se libère doit être pris par quelqu’un d’autre, c’est comme ça qu’une équipe fonctionne.

Trois jeunes vont être lancés la saison prochaine, pourquoi Kiel a-t-il abandonné la formation pendant toutes ces années? Est-ce un changement de politique ?

– Je ne pense pas, la situation économique actuelle fait que les clubs, même si ils ont de l’argent, font attention à leur finances car la crise affecte le handball tout comme les autres secteurs. Mais si ces joueurs vont être lancés la saison prochaine, c’est avant tout parce qu’ils sont talentueux, Rune Dahmke par exemple pourrait être titulaire dans beaucoup de clubs, il a juste la malchance d’être dans un club où évoluent Klein et Sigurdsson au poste d’ailier gauche.

Pensez-vous que Kiel peut atteindre le Final 4 de la ligue des champions cette saison ?

– Oui bien sûr qu’ils en sont capables, évidemment que l’équipe a moins d’expérience que l’année passée, mais je les crois capables d’atteindre le final 4.

Toft

L’an dernier, Gislason vous a beaucoup fait jouer, laissant ainsi René Toft Hansen sur le banc. Il fait la même chose cette année, avec Wiencek qui ne joue presque pas. Y a-t-il une raison à ne faire jouer qu’un seul pivot systématiquement?

– Je pense que c’est à lui qu’il faut poser la question…je ne dirais pas que c’est une tradition mais presque. Kiel c’est comme ça depuis longtemps. Si on regarde l’époque où Noka (Serdarusic) était entraîneur, il jouait avec quasiment le même sept toute la saison. Gislason à son arrivée faisait à peu près la même chose mais progressivement il s’est mis à faire tourner un peu plus l’effectif… ce n’est pas très important, si j’étais entraîneur je ferais jouer l’équipe qui me ferait gagner, peu importe si c’est avec 7 ou 14 joueurs.

On imagine qu’en ce moment le handball vous manque beaucoup avec le championnat d’Europe ?

– (Rires) Oui effectivement…

Quel est est votre favori pour l’euro? (ndlr : l’interview a été réalisée le 16 janvier)

– Difficile à dire, je n’ai vu en entier que les matchs de la Suède. En handball il y a toujours quatre ou cinq équipes qui peuvent gagner l’épreuve. Le Danemark, l’Espagne, la France, la Croatie me semblent toutes capables de le gagner. Si je devais en choisir une je dirais le Danemark, je pense qu’il iront au moins en finale, quasiment tous les pays organisateurs des dernières compétitions ont réussi à atteindre au moins les demi-finales.

Que pensez vous de l’équipe de Suède ?

– Ils ont fait de bons matchs pour l’instant, ils sont capables de rester calmes et d’accélérer dans le dernier quart d’heure pour s’assurer la victoire.  C’est important, mais l’équipe est encore en reconstruction, je ne les pense pas capables de gagner la compétition, mais je les trouve pas mal.

Cette saison 28 suédois sont en Bundesliga, pensez vous qu’un bel avenir attend la Suède ?

– Oui, je le pense. Après cette génération dorée des Bengan boys, ce n’est pas un secret, il y a eu un vide générationnel. Pour avoir une grande équipe, il faut sept ou huit joueurs de classe mondiale. en Suède après les années 90 nous avons eu parfois un ou deux joueurs intéressants mais rarement plusieurs très bons joueurs en même temps.

Mais ce vide n’était-il pas du au fait qu’on ait trop poussé la génération Wislander, Olsson, Lövgren… au lieu d’opérer un rajeunissement plus tôt?

– C’est difficile à dire, en 2002 cette génération est championne d’Europe…on ne pouvait pas imaginer qu’une ou deux années après ils ne gagneraient plus aucune médaille. Mais peut être que c’est vrai, peut être que de ce point de vue là on les a fait jouer un an de trop.

Mais pas mal de joueurs très talentueux, dont tu fais partie, ont eu la malchance d’être la génération d’après les Bengan Boys donc celle qui a payé cette erreur en quelque sorte… ?

– Oui c’est vrai, on peut le voir comme ça, mais c’est compliqué de faire de tels choix, à partir du moment où les résultats sont là, c’est extrêmement difficile de pousser des joueurs vers la sortie.

En France nous avons eu ce débat suite à l’échec de l’équipe de France aux derniers mondiaux, il était question du départ à la retraite de beaucoup de joueurs, mais finalement la plupart sont encore là….

– Voila, je pense que c’est à peu près la même chose que la Suède il y a quelques années, mais ce qui est différent en France, c’est qu’il n’est pas très important d’avoir de très bonnes équipes nationales en jeunes… du moins, c’est ce qu’il me semble. Nikola (Karabatic) pour ne citer que lui, je ne pense pas qu’il ait déjà gagné un titre dans les catégories jeunes. Ça m’est arrivé de parler de ça avec Daniel (Narcisse) et Titi (Omeyer), et j’ai l’impression que c’est mieux d’avoir de bons joueurs sur le plan individuel dans les jeunes catégories, de les prendre a 16, 17 ans et de penser a comment les faire jouer ensemble pour en faire des joueurs de classe mondiale, c’est l’age le plus important dans le développement d’un handballeur je pense.

Ahlm

C’est le fait de toujours perdre qui vous a poussé à arrêter votre carrière internationale en 2008 ?

– Non, pas du tout, j’ai eu une blessure au dos à l’Euro 2008 en Norvège. J’avais eu des problèmes toute l’année, mais j’ai quand même joué l’Euro, et à l’époque c’était un match tous les jours, j’aimais jouer, mais entre les matchs c’était… (il se tient le dos et grimace) insupportable, je jouais donc avec des injections et je prenais beaucoup de médicaments… rien d’illégal bien sûr…(rires). A la fin de la saison j’ai été opéré, je suis resté quatre mois sans jouer et je ne pouvais plus me permettre de jouer autant de matchs qu’auparavant. Le problème dans le handball, c’est que nous avons beaucoup de compétitions, au moins une grande compétition par année, vous pouvez imaginer le nombre de matchs éliminatoires et de tournois qualificatifs qu’il faut jouer chaque saison.

Les sélectionneurs ont souvent fait appel à vous uniquement pour les compétitions mais vous avez toujours refusé. Etait-ce un problème personnel avec Lindgren ?

– Non pas du tout, j’ai une bonne relation avec Lindgren, vraiment. C’est juste que c’est difficile de ne venir jouer que les compétitions… Arriver juste pour jouer l’euro ou les championnat du monde sans jouer les qualifications me posait problème. C’était vraiment ça.

Vous vous voyez revenir un jour dans le monde du Handball ? Comme entraîneur pourquoi pas ?

– Je travaille déjà dans le handball… (rires). Peut être, ce n’est pas à exclure, mais je n’ai pas de plan, je ne saurais vous dire ce que je vais faire dans 10 ans, je ne sais pas. Peut être pas comme entraîneur mais un travail avec les jeunes pour les rendre meilleurs sur le plan individuel et les amener vers le haut niveau serait vraiment intéressant.

Donc vous ne serez pas entraîneur…

– Je ne sais pas… pas encore, ou peut être entraîneur des pivots ou quelque chose comme ça, ça serait cool, mais en ce moment c’est difficile de penser à ça, je suis déjà très occupé avec mon travail.

Pensez vous que Filip Jicha est le meilleur joueur du monde ?

– J’ai toujours dit que ces titres individuels permettent aux médias de parler des handballeurs et aux gens de les connaître un peu plus, mais comme pour le football et le Ballon d’or il ne faut pas oublier que c’est un sport d’équipe et que si un joueur remporte un trophée individuel c’est en partie grâce à l’équipe dans laquelle il se trouve.

Pourriez vous choisir le meilleur sept avec lequel vous avez joué?

– Non, jamais. J’ai été chanceux de jouer avec beaucoup de grands joueurs, des amis, que ce soit en équipe nationale ou à Kiel, peut être trente ou quarante joueurs de classe mondiale, chacun est différent, chacun a ses qualités, et par dessus tout je n’aime pas m’asseoir et choisir parmi mes amis.

Interview par Tarik Cherrou

Pub Espace Pronos Allemagne

Laisser un commentaire

Champs requis *

En direct Voir toutes les brèves
HandNews utilise des cookies sur ce site. Avec votre consentement, nous les exploitons pour mesurer et analyser l'utilisation du site (cookies analytiques) et pour l'adapter à vos intérêts et usages (cookies de personnalisation en fonction de votre navigation et de votre navigateur).