Kosovo

Cette république où le handball est roi

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Le handball, sport majeur au Kosovo? Dans cette petite République des Balkans auto-proclamée indépendante le 17 février 2008 puis reconnue par 106 états membres de l’ONU, la petite balle pégueuse est l’un des deux seuls sports collectifs reconnus par les instances européennes aujourd’hui. Estelle Maître, chef de projet depuis deux ans au sein de l’ONG Sports Sans Frontières à Pristina, la capitale, a accepté pour Handnews de faire la visite guidée de ce petit État (10 908 km2) où le handball est roi.

Le handball, sport pionnier au Kosovo

En 2004, la Fédération Européenne de Handball autorise des clubs kosovars, république pourtant non-indépendante à ce moment, à disputer pour la première fois de leur Histoire les différentes compétitions organisées sur le Vieux Continent. Après la Fédération de Tennis de Table, l’EHF est la deuxième instance européenne sportive a avoir ouvert ses portes aux équipes de cette région des Balkans. Plus marquant encore, ce n’est que le 13 janvier 2014 qu’une nouvelle fédération d’un sport collectif – la FIFA de football – autorise le pays a disputer des matchs officiels sur la scène continentale. Dans cet État, qui utilise d’ailleurs l’Euro comme monnaie, cette décision a été accueillie avec une frénésie indescriptible. “Encore plus ici qu’ailleurs, les gens sont fiers de représenter leur pays, témoigne Estelle Maître. Le Kosovo n’étant reconnu que par certains États du monde, le système de visas étant très restrictif et les habitants étant relativement pauvres, seulement une poignée de kosovares peuvent se permettre de voyager. Pour les sportifs du pays , qui jouent donc un rôle d’ambassadeur, représenter le drapeau kosovare est donc une vraie fierté“.

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Les rencontres de handball au Kosovo se déroulent souvent dans une ambiance extraordinaire.

Si le premier match de football de la sélection kosovare s’est déroulé mercredi dernier contre Haïti (0-0), les équipes nationales de handball, elles, n’ont jamais véritablement existé dans cette république. “Quelques matchs ont été organisés chez les femmes, mais il n’y a plus rien aujourd’hui, explique Estelle Maître. Forcément, il y a un manque de moyen, d’infrastructures, mais avec la décision de la FIFA, qui a entraîné une joie énorme dans tout le pays, on espère que les équipes de handball nationales vont se reconstituer“.

Mais derrière cette décision se dresse une réflexion politique non négligeable. Quid désormais des immigrés kosovares disséminés au sein de l’Union Européenne? En effet, en Suisse par exemple, on estime aujourd’hui à 160 000 le nombre de résidents helvètes d’origine kosovare. L’équipe nationale de football de ce pays pays compte d’ailleurs plusieurs joueurs nés au Kosovo ou issus de la première génération d’immigrées kosovare en Suisse. Beaucoup de jeunes kosovares devront ainsi faire le choix entre plusieurs équipes nationales dans le futur. Ainsi, le footballeur Adnan Januzaj, espoir du football mondial évoluant à Manchester United,  songe fortement à évoluer sous les couleurs kosovares même s’il a aujourd’hui la possibilité de porter le maillot belge, albanais, serbe, turque ou croate. Un choix qui pourrait bien en dicter d’autres.

Une frénésie incroyable dans les salles

Si le niveau du handball kosovare est encore faible vis-à-vis des standards européens, les salles affichent tout de même souvent complet, dans des ambiances uniques en Europe. Estelle Maître, joueuse du KHF Pristina, club engagé en Challenge Cup cette année (éliminé par Bâle au troisième tour) témoigne. “L’an dernier, nous avons disputé notre deuxième tour de Coupe EHF contre le GAS Megas Alexandros Giannitson, un club grec. La Grèce est un pays qui n’a pas reconnu l’indépendance du Kosovo. L’ambiance du match retour dans notre salle était donc indescriptible. Le gymnase était plein, les supporters avaient des tambours, chantaient, allumaient des fumigènes… Je ne pouvais même pas communiquer avec ma partenaire sur le terrain, qui se trouvait pourtant juste à côté de moi. On sentait que les gens étaient très fiers de porter haut les couleurs du pays.” Diffusé à la télévision, le handball était jusqu’alors le seul sport disputé en compétition européenne. La petite balle pégueuse n’est donc pas vue seulement comme un sport mais aussi comme une arme géo-politique sur la scène européenne.

Pauvre en infrastructures pour se divertir, les jeunes comme les plus âgés trouvent dans le sport un moyen idéal pour se divertir. Preuve en est, même au sein des championnats de handball, des matchs pourtant sans grands enjeux sportifs attirent plusieurs centaines de spectateurs lors de chaque journée. Aujourd’hui, le titre féminin se dispute entre trois clubs : Kosova, Kastrioti et le KHF Pristina. Les cinq autres équipes composant le championnat se contentant de jouer les seconds rôles.

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Le KHF Pristina.

Des investisseurs privés pour faire vivre le championnat

Il serait légitime de se demander comment des clubs issus d’un État qui compte 29.7% d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté parviennent à disputer des compétitions européennes. Dans une république en plein développement, l’argent injecté dans le handball kosovare provient donc essentiellement d’investisseurs privés. “Au sein de mon club, nous avons régulièrement des nouveaux jeux de maillot, les filles s’entraînent tous les jours et elles reçoivent un salaire qui est plus élevé que le salaire moyen au Kosovo, explique Estelle Maître. Les trois plus gros clubs sont dirigés par des chefs d’entreprises très puissants. Mais en  plus  de  la  direction administrative  et  financière  du  club,  certains  n’hésitent  pas  à  s’impliquer  dans  la  stratégie sportive, parfois même trop…

Si l’argent ne manque pas pour faire vivre le handball kosovare, le manque d’expérience se fait en revanche cruellement ressentir dès qu’une formation du pays dispute une rencontre de coupe d’Europe. Cette année, chez les garçons, le KH Besa Famiglia s’est fait éliminé de Challenge Cup par les Portugais d’Aguas Santas-Milaneza, cinquième de la phase régulière du championnat lusitanien. Le KH Pristina, lui, a chuté en Coupe EHF face aux Autrichiens de Bregenz, quatrième du championnat local. Chez les femmes, outre l’élimination du KHF Prishtina par Bâle, le KHF Kastrioti s’est lui incliné en Coupe EHF face à l’actuel leader du championnat belge : le HB Femina Vise. A la fois cause et conséquence de ces défaites sur la scène européenne, très peu de joueurs étrangers tentent l’aventure dans ce pays, bordé par la Serbie au nord, le Monténégro à l’ouest, l’Albanie au sud-ouest et la Macédoine au sud-est.

Le sport, vecteur d’espoir

Arrivée au Kosovo en mars 2012, Estelle Maître n’a pas seulement pris sa licence de handballeuse au KHF Pristina mais a aussi été nommée chef de projet au sein de l’ONG Sports sans frontières. Le but de leur présence dans ce pays d’Europe, comme dans trois autres pays du monde (Haïti, Burundi et France), est d’utiliser le sport comme vecteur d’éducation  et  de  cohésion  sociale.  Au  Kosovo,  la  mission  contribue  au  processus  de réconciliation en faisant se rencontrer les différentes communautés ethniques qui peuplent cet État.

Robins Tchale Watchou - rugby activity in Mitrovica

Robins Tchale-Watchou, actuel rugbyman de Montpellier, avait rendu visite aux enfants de Mitrovica l’année dernière.

En effet, depuis sa déclaration d’indépendance en 2008, le Kosovo est composé de plusieurs communautés qui ne possèdent presque pas de lien entre elles. Ainsi, la plupart des villes sont mono-ethniques, et même au sein des villes multi-ethniques il est rare que les communautés se mélangent (système  scolaire  différent,  absence  de  langue  commune,  etc.)  Au Kosovo, les deux principales sont  les  Albanais et  les  Serbes.  La  majorité  de  ces derniers  vivent  dans  la  région  Nord  du  pays  qui  reste  fortement  sous  l’emprise  de  la  Serbie. Cependant, plusieurs autres minorités peuplent le territoire kosovare : les Roms-Ashkalis-Egyptiens, les Turcs, les Goranis, les Croates, les Bosniaques et les Monténégrins.

Présent dans onze villes du pays depuis la fin de la guerre du Kosovo, Sport sans frontières, association par ailleurs parrainée par Luc Abalo, Nikola Karabatic et Daniel Narcisse, espère bientôt pouvoir s’implanter davantage dans le nord du pays, dans les régions à majorité serbe. En effet, en s’appuyant sur plusieurs accords ratifiés l’an dernier par la Serbie, dont celui de dissoudre l’assemblée serbe du Kosovo nord, le timing est idéal pour s’étendre au-delà de Mitrovica, la principale ville du nord du pays. Lors des activités sportives, des animateurs issues des villes concernées, âgés de 15 à 20 ans, encadrent des jeunes de 6 à 12 ans. Ensemble, ils tentent de passer outre leurs peurs et préjugés – souvent véhiculés par leurs parents – pour faire du sport sans prêter attention aux origines ethniques de chacun.

Souvent, les Kosovars ont peur des personnes qui ne sont pas issues du même groupe ethnique, raconte Estelle Maître. Parfois, certains nous demandent de refuser telle ou telle communauté sur des activités en raison de clichés qui restent ancrés dans les esprits, même si la paix est revenue dans le pays depuis près de quinze ans. Du coup, il est très rare, encore aujourd’hui, que des enfants de deux communautés différentes se côtoient. Lors de nos activités, nous souhaitons aussi intégrer les filles qui sont souvent mises en marge des activités sportives dans les écoles. En effet, les installations sportives des écoles kosovares se limitent trop souvent à un ballon de foot et rien d’autre. Dans ces cas-là, les garçons peuvent alors jouer et les filles les regardent ! Notre rôle est de mélanger cette jeunesse grâce au sport. Voir ces jeunes évoluer, s’ouvrir l’esprit et se lier d’amitié avec d’autres grâce au sport, est une sensation extraordinaire.

HandNews & CasalHand

2 CommentairesPoster un commentaire

  1. chavi - le 25 mars 2015 à 13h59

    A noter que depuis cet article très intéressant, Adnan Januzaj a choisi la sélection de Belgique.

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