LNH – PAUC

J. Roussel : “Je suis fier…”

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Crédit photo : Laurent Théophile

Depuis quelques jours, Jérémy Roussel n’est plus l’entraineur d’Aix-en-Provence. Pas licencié par le club – les deux parties ont trouvé un accord, le jeune entraineur ne garde du PAUC presque que de bons souvenirs. Il est revenu, en exclusivité pour Handnews.fr, sur son passage et ses derniers mois à Aix, et évoque son avenir.

Handnews : Jérémy tout d’abord, comment vivez-vous cette situation ?

Jérémy Roussel : “C’est toujours désagréable, forcément. Avant même d’exercer ce métier, j’avais intégré la dimension contingente de celui-ci. Parfois, la place d’un entraîneur se situe plutôt dans la boîte à fusible que dans la vitrine. Ce sont les règles du jeu, je les ai acceptées depuis longtemps. Il ne faut pas compter sur moi pour jouer le rôle de l’amoureux éconduit. Après, je vivrais cette situation beaucoup moins sereinement si cette équipe était relégable et au bord de l’insurrection. Je suis arrivé il y a un peu plus de trois ans. J’ai récupéré une équipe en D2 qui n’était pas loin d’imploser. On est monté l’année suivante et là, nous sommes neuvièmes à mi-saison avant de recevoir tous les concurrents directs. Je laisse le club dans une situation plutôt meilleure que lorsque je suis arrivé. Et c’est bien ça l’essentiel. Je suis relativement serein par rapport à ça.”

Crédit photo : Jean-Pierre Riboli

Crédit photo : Jean-Pierre Riboli

HN : Y avait-il un problème avec les joueurs ?

JR : “Gérer une équipe, c’est quand même aussi gérer régulièrement des tensions, à moins d’avoir complètement perdu ma lucidité, puisque mon rôle est d’être très souvent dans l’empathie, et donc d’essayer d’être dans la tête des joueurs. Non, je n’ai pas senti de problèmes particuliers ou anormaux.”

HN : Quelles ont été les explications des dirigeants sur votre séparation ?

JR : “Il n’y en a pas eu vraiment. C’est peut-être la fin d’un cycle. Nos divergences d’opinions sur les stratégies à adopter ont sans doute pesé. Je ne sais pas … Je me mets à leur place : je sais en tant qu’entraîneur qu’une partie la plus pénible du boulot, c’est d’expliquer à un joueur que l’avenir se fera sans soi. Faire resigner quelqu’un pour services rendus, c’est souvent une bêtise. Il faut faire signer quelqu’un pour la certitude de ce qu’il va nous apporter plus tard. Ils ont sans doute estimé que l’avenir ne passait plus par moi.”

HN : Vous le saviez depuis quand, que c’était la fin ?

JR : “On était en discussion depuis deux semaines. Mais à partir du moment où ils m’ont mis un consultant dans les pattes (Noka Serdarusic, ndlr) contre ma volonté, ça a compliqué un peu les choses. Mais je ne m’attendais pas à ça maintenant …”

HN : C’est-à-dire ? Comment ça s’est passé avec Noka Serdarusic lors de sa mission de conseil ?

JR : “Noka est évidemment un très grand technicien, et côtoyer une personne de son expérience, avec une culture différente est évidemment riche. Mais la collaboration a été impactée négativement par deux choses. Le fait que je parle français et anglais et lui uniquement serbo-croate et allemand n’a pas aidé et le fait d’avoir des doutes quant à sa bienveillance à mon égard, a aussi biaisé la relation. Patrice Canayer et les dirigeants de Montpellier n’ont peut-être pas refusé ce deal quelques mois auparavant pour de mauvaises raisons.  J’ai du jouer un rôle d’équilibriste assez périlleux et je suis assez fier de m’en être sorti.”

HN : Quatre joueurs sont partis en cours de saison (Vasilakis, Oslak, Savic et Ivakno, ndlr), c’est beaucoup pour un club de LNH. Quelles sont les raisons de ces départs ?

JR : “Je ne crois pas qu’il faut globaliser. La première raison, c’est que nous avions un effectif très riche, un peu trop riche. Parfois, le mieux est l’ennemi du bien. C’était compliqué dans la gestion et pour certains joueurs, ce n’était pas bon puisqu’ils ne passaient pas assez de temps sur le terrain.”

“Ces années à Aix ont été riches”

Crédit photo : Jean-Pierre Riboli

Crédit photo : Jean-Pierre Riboli

HN : Pensez-vous que ce bouleversement en pleine saison peut être néfaste, à court terme, pour le club ?

JR : “Franchement, je ne sais pas, je ne leur souhaite pas. Même si ça m’impacte un peu négativement, les dirigeants décident et diriger, ce n’est jamais simple. Le fait de rompre la collaboration avec moi n’a pas dû être une décision simple pour eux. Mais ils font ce qui leur semble pertinent pour l’avenir du club. Il n’y a que les prochains résultats qui diront si cette stratégie est la bonne ou pas.”

HN : Quel bilan faites-vous de ces années passées à Aix ?

JR : “C’était riche ! Toute rupture est délicate, difficile. Ce n’est pas pour autant qu’il faut casser la vaisselle et prendre les enfants en otage. Bien que les derniers mois aient été assez compliqués, il y a eu de grands moments : la montée, le fait d’entraîner pendant quelques mois le meilleur joueur du monde, le fait de labelliser le centre de formation et d’avoir une équipe réserve qui n’a jamais été aussi proche de la montée, le fait d’avoir pu convaincre, par les résultats mais aussi par l’attitude affichée par les joueurs, les élus d’enfin voter la construction d’une salle. Tout ça pour dire que, pour moi, le bilan est positif. J’en suis fier. Bien sûr, je n’ai pas le monopole de cette réussite éminemment collective, c’est le travail de toute une équipe, d’un staff, de dirigeants, de joueurs bien engagés et bien investis. Désormais, je ne me pose plus la question de ma légitimité dans ce métier-là. C’était riche à tout les niveaux, même dans les moments difficiles. Je suis fondamentalement résilient, c’est-à-dire que je pense que toutes les épreuves, même compliquées, peuvent permettre de se renforcer. J’en ressors, en tout cas, avec une peau de rhinocéros.”

HN : Vous parliez sur Twitter de « nouveaux défis », avez-vous déjà des pistes pour la saison prochaine ? Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

JR : “Je sais que je suis dans un secteur d’activité très fermé, donc ce n’est pas forcément simple. Mais j’ai très envie de reprendre très vite, de retrouver une équipe.”

Crédit photo : Jean-Pierre Riboli

Crédit photo : Jean-Pierre Riboli

HN : Etes-vous ouvert à tous types de projets : Pro D2, par exemple, ou en dessous ?

JR : “Oui, tout s’étudie. C’est vraiment la notion de projet qui est importante. Je ne fais pas de complexe de supériorité par rapport à un quelconque niveau. Ce qui est intéressant, c’est la perspective de développement et la certitude qu’on peut développer.”

HN : Quel est le programme de ces prochains mois ? Du repos ?

JR : “Oui, un peu de repos, profiter un peu de ma femme et mes enfants. Je fais un boulot passionnant mais pas toujours facile à vivre pour la famille. Je vais profiter de mon temps libre pour structurer par écrit mes idées. J’aimerais aussi aller voir le travail de mes collègues, que ce soit dans le handball ou dans d’autres disciplines. Et puis évidemment, je vais me mettre à la recherche d’un nouvel emploi.”

HN : Vous retournerez au Val de l’Arc ?

JR : “Oui, bien sûr ! La rupture s’est faite entre gentlemen mais je ne pense pas être interdit de séjour au club et je garde une profonde amitié pour tout ceux avec qui j’ai partagé cette aventure.”

HandNews & CasalHand

10 CommentairesPoster un commentaire

  1. Alexandre - le 10 février 2014 à 11h34

    "Patrice Canayer et les dirigeants de Montpellier n’ont peut-être pas refusé ce deal quelques mois auparavant pour de mauvaises raisons." Ça a le mérite d'être dit.

    Sinon, interview très intéressante, bonne chance à lui pour l'avenir !

    • chavi - le 10 février 2014 à 13h11

      En lisant l'article, j'ai pensé la même chose que toi (comme quoi un montpelliérain et un parisien peuvent s'entendre ;o) !)

  2. le duplex - le 10 février 2014 à 13h19

    bonne chance à ce jeune et talentueux entraineur… on perd quelqu'un de bien à Aix, j'espère que nos dirigeants savent ce qu'ils font !!!

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