Suisse

L’heure du handball a-t-elle enfin sonné ?

Wacker Thoune
Sport peu médiatisé en Suisse, avec un nombre de licenciés en baisse, le handball peine à trouver  sa place dans ce pays de plus de huit millions d’habitants. La Swiss Handball Cup organisée les 5 et 6 avril prochains à Lausanne démontre néanmoins que le hand de haut niveau peut cohabiter avec d’autres disciplines.

Le handball serait-il en train de s’imposer progressivement dans l’espace médiatique sportif helvète ? Si le jeu à sept reste encore bien (trop) discret de l’autre côté des Alpes, il est depuis quelques années davantage mis en avant. « En Suisse, le handball est clairement un sport marginal, reconnaît Martin Rubin, l’entraîneur de Thoune, adversaire du PSG en Ligue des Champions. Sa popularité est liée uniquement aux résultats de l’équipe nationale. Mais son développement a l’air d’aller enfin dans la bonne direction. » Même son de cloche du côté de Danyel Paruta, ancien gardien de Pontault, Ivry ou encore Villeurbanne qui évolue en Suisse depuis quatre saisons sous le maillot du Chênois-Genève. Il est actuellement en charge de la formation des gardiennes de buts M17 élite du Chênois-Genève et des gardiens des différentes sélections de l’AGH (M15, M17, M19-23). « On sent une volonté certaine de restructuration de la part de la Fédération et des clubs, explique celui qui a longtemps été aux portes de l’équipe de France. D’ailleurs, une assemblée générale de la Fédération Suisse a eu lieu mi-mars dans ce sens. »

Schaffhausen en tête d’affiche

SchaffhausenCréée en 1939, la fédération suisse de handball s’appuie en effet sur la Swiss Handball League et sur sept fédérations régionales (Bern, Romandie, etc …) pour développer le handball dans le pays. La Ligue nationale constitue le porte-drapeau du handball de haut niveau, à travers son championnat de première division. Plusieurs clubs font régulièrement parler d’eux sur la scène européenne, à commencer par les Grasshoper de Zürich qui comptent 21 titres nationaux mais aussi le Kadetten Schaffhausen.

Champion en titre, le Wacker Thoune a fait ses premiers pas en Ligue des Champions cette saison. Présent dans le groupe du PSG Handball,  il était plutôt habitué à quelques apparitions en Coupe EHF ou en Challenge Cup. « Cette année, nous avons vécu une expérience assez douloureuse en Ligue des Champions, confie son entraîneur Martin Rubin. Cette compétition est uniquement destinée aux équipes pro. Nous avons manqué de temps de préparation et de récupération. Après les matchs à l’extérieur, la plupart de mes joueurs avaient cours ou travaillaient le lendemain. Je crois qu’à l’avenir, une seule équipe est capable de représenter la Suisse dans cette compétition, et c’est une formation 100% professionnelle, le Kadetten Schaffhausen. »

Le handball se professionnalise

parutaPour Danyel Paruta, qui a connu l’exigence du niveau LNH, la première division « s’est en partie professionnalisée ». « Chaque équipe LNA (D1) et de LNB (D2) compte le plus souvent dans son contingent deux joueurs professionnels, explique-t-il. Schaffhausen reste la référence actuellement, tant sur son mode de fonctionnement, ses infrastructures et son nombre de joueurs pros. »

La plupart des formations du championnat de première division n’ont en effet ni les structures ni le budget d’un club professionnel. « A quelques exceptions près, la majorité des clubs ont un statut semi-pro, poursuit Martin Rubin.  La plupart des joueurs ont un emploi à côté ou sont encore étudiants. » Difficile pour les handballeurs suisses de vivre uniquement de leur sport. Un joueur très talentueux peut espérer gagner 4000 francs suisses par mois, soit l’équivalent du SMIC en France. Avec près du double apporté par un travail à côté, il se constitue un salaire que peu de clubs étrangers peuvent proposer pour attirer les joueurs le plus prometteurs du pays. « En plus, la plupart des joueurs ici ne veulent pas sortir de leur confort et prendre le risque de s’exiler, regrette Martin Rubin ». Nikola Portner, le jeune gardien (20 ans) de la sélection et de Schaffausen, va dans le même sens. « Beaucoup ont la possibilité de jouer dans un championnat étranger mais décident de rester au pays, analyse le portier suisse. C’est en partant ailleurs que l’équipe nationale progressera. »

Un sport considéré comme un loisir

Schaffhausen 2L’équipe nationale suisse reste discrète sur la scène internationale, mais compte bien profiter de l’expérience de son sélectionneur Rolf Brack. L’ancien entraîneur de Balingen apporte son vécu en Bundesliga afin de professionnaliser le handball dans le pays. Suffisant pour franchir un cap en Europe ? « Le problème est simple, analyse Danyel Paruta. Il n’y pas assez de clubs et de joueurs qui peuvent ou qui veulent miser sur la carte « handball professionnel ». Ce sport est encore considéré comme un loisir pour certains.  De fait, la concurrence aux différents postes est quasi inexistante.  La Fédération est consciente de ce problème. »

Le salut du handball suisse et de sa sélection passera-t-il par ses équipes de jeunes ? Beaucoup y croient, prenant pour exemple la création d’un centre de formation à Schaffhausen. « C’est certainement sur la formation de base que nous avons fait le plus de progrès, décrypte l’entraîneur de Thoune. Il y a de plus en plus d’employeurs ou d’écoles qui sont prêtes à intégrer des sportifs de haut niveau contre des dédommagements. Je pense que nous, les handballeurs, avons tout à y gagner. » Même son de cloche du côté de Danyel Paruta. « Le travail que la fédération a mis en place en direction des juniors est remarquable, se félicite l’actuel responsable de la formation des gardiennes M17 Elite du Chênois. Si ces jeunes réussissent à passer le cap du joueur à fort potentiel, le futur de l’équipe nationale Suisse sera très prometteur. »

Vers un changement de mentalités ?

PortnerLa suite de la formation de base se heurte néanmoins souvent au problème de la reconnaissance du handball comme véritable métier à part entière. La moyenne d’âge dans les différentes équipes reste basse. De nombreux joueurs préfèrent abandonner le handball et se tourner vers la vie active traditionnelle. Un changement des mentalités apparaît donc indispensable. A commencer dès le plus jeune âge ? « En Suisse romande, le projet « handball fait école » a été mis en place il y a quelques années, et les clubs commencent à sentir les conséquences positives de ce projet, car le nombre de juniors augmente dans cette région du pays », poursuit Danyel Paruta.

Avec un peu plus de 8 millions d’habitants, la Suisse demeure un petit pays par la taille comparé à ses voisins allemands, français ou italiens. Ses 17.061 licenciés en 2013 ne lui laissent que peu de place dans l’espace médiatique, en comparaison avec les 300.000 licenciés en gymnastique, 275.000 en football ou 83.000 en … golf. Le nombre de licenciés est même en baisse de 12% depuis 2009. Les 250 clubs sont ainsi à la recherche de forces vives pour poursuivre leur développement.

« Nous sommes un sport minoritaire, et c’est un cercle vicieux, regrette Martin Rubin. Sans succès, pas d’argent et sans argent, pas de succès. Nous souffrons aussi du manque de couverture médiatique. » Le football, le hockey et les sports de glace en général sont les plus populaires. Cependant, la communication mise en place autour de la Swiss Handball Cup tend à démontrer que le handball a bien sa place en Suisse.

La Swiss Handball Cup comme locomotive

suisseDisputée les 5 et 6 avril prochains, avec l’Espagne, la Croatie, la Suède et la Suisse au programme, cette compétition a su attirer de nombreux partenaires. Le début d’un certain intérêt pour le handball ? « L’organisation ainsi que la mobilisation du monde du handball Suisse autour de cet événement de grande envergure ne manqueront pas d’attirer de plus grands sponsors », se félicite Danyel Paruta. Le jeune Nikola Portner, 20 ans, pourrait bien rapidement s’affirmer comme le porte-drapeau de toute une génération. Et devenir l’étendard du handball helvétique. « C’est un joueur talentueux et ambitieux, conclut Danyel Paruta. Ses origines ne l’ont pas trahi ! » Dans les prochaines années, la fédération devrait libérer davantage de dates afin d’augmenter le nombre de rassemblements des équipes nationales. L’heure du handball suisse en Europe a peut-être sonné.

HandNews & CasalHand

3 CommentairesPoster un commentaire

  1. skancho - le 31 mars 2014 à 12h29

    Article très intéressant et documenté, merci à son auteur. C'est tout de même une énigme de voir à quel point le hand est sous développé dans ce pays voisin de la France et de l'Allemagne. Et la Nati qui cartonne en foot doit pas arranger le panorama en ce moment

    • Jérémy - le 31 mars 2014 à 16h44

      Tu peux pas savoir comme on galère à faire connaître notre club et le sport…

      Dans le bassin lémanique (Lausanne, Genève)ça se développe de plus en plus, avec des structures de formation qui commencent à se mettre en place (et encore rien à voir avec des centres de formations français).

      Côté suisse alemande ça va bien en nombre de clubs mais le niveau générale en Suisse reste assez bas par rapport à nos voisins…

      Pour information: canton de Neuchatel seulement 2 clubs avec une dizaines d'équipes en tout. Jura 0 clubs. Firbourg 1 club avec 2 equipes. Valais deux clubs je crois. Le HBC Neuchatel existe depuis plus de 40ans et on trouve encore passablement de monde qui ne sait même pas qu'il y a un club dans la ville.

      • leFnake - le 31 mars 2014 à 17h37

        "on trouve encore passablement de monde" : tabernacle !

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