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Le handball suisse grandit bien

Ce mardi, pour le compte de la 4e journée de Ligue Européenne, Nîmes se déplace à Schaffhouse pour affronter les Kadetten. Le club suisse présente un effectif redoutable et semble compétitif cette saison sur la scène européenne, malgré des débuts mitigés. Le handball suisse progresse rapidement, l’occasion d’en faire un petit panorama avec des guides de renom : Baptiste Malfondet et Nikola Portner.

Cette saison, nos clubs français croiseront au moins deux clubs suisses. En European League, Nîmes affronte donc Schaffhausen tandis que Toulouse défiera le champion de Suisse, le Pfadi Winterthur, le 22 février prochain. Où en est le handball chez nos voisins helvètes ? Pour avoir des éléments de réponse, nous avons demandé à un Français exilé en Suisse (Baptiste Malfondet) et un Suisse exilé en France (Nikola Portner) de nous donner leur vision des choses.

LA QUICKLINE HANDBALL LEAGUE ATTIRE QUELQUES CADORS…

Pour nous orienter dans la découverte du championnat suisse, Baptiste Malfondet nous a gentiment guidés. Son nom dit forcément quelque chose aux supporters chambériens, limougeauds ou villeurbannais. Formé à Villeurbanne (génération 95 comme Allan Villeminot ou encore Thomas Sermet-Bellet), Baptiste Malfondet signe à Chambéry pour le centre de formation puis une année en professionnel. Il quitte alors la Savoie pour un joli projet de deux ans à Limoges (2018-2020) avec qui il accède à la Starligue. En 2020, il signe au CS Chênois Genève et monte en Quickline Handball League, l’élite du handball suisse.

Baptiste Malfondet (CS Chênois-Genève) Crédit : CSCG

Le promu souffre un peu en ce début de saison dans l’élite et compte de nombreux joueurs français en son sein. Lorsque nous faisons remarquer à Baptiste que nous les avions oubliés dans notre liste des français de l’étranger, il ne se vexe pas, bien au contraire : “On va déjà essayer de gagner un match et après on vous fera signe”, rit-il. Il faut dire qu’avec son petit budget et des joueurs globalement semi-professionnels, le CS Chênois tient difficilement la comparaison avec certains clubs historiques beaucoup plus structurés. Parmi eux, Schaffhausen est bien entendu la figure de proue du championnat suisse, capable d’attirer de grands noms. Après Gábor Császár ou encore le Serbe Žarko Šešum (qui ont tous deux quitté le club cet été); les Kadetten ont attiré dans leurs filets la star espagnole Joan Canellas !

… AVEC une volonté globale de se structurer

Au-delà de ces têtes d’affiche, la ligue suisse fait des efforts structurels en cherchant des partenariats parfois originaux. Baptiste Malfondet nous explique ainsi que le meilleur buteur du championnat joue avec un maillot différent de ses coéquipiers (qui met en évidence l’entreprise partenaire). Grâce à ce travail, les clubs progressent, les effectifs s’étoffent et le niveau monte selon Malfondet : “La dernière fois, quand nous avons joué face à Lucerne, j’ai par exemple eu la surprise de voir qu’ils avaient recruté Rok Zaponsek, l’ancien gardien de Cesson et Aix. Il nous a fait mal !”

Le championnat suisse reste cependant encore assez hétérogène. Sur les 10 clubs de l’élite, 3 ou 4 sont capables de voyager en Coupe d’Europe et ont ainsi des moyens intéressants (Schaffhausen, Winterthur ou encore Thun). Face à eux, des plus petits clubs commencent à se développer, avec nécessairement moins de fonds, à l’image du Chênois, le club de Baptiste Malfondet et d’autres Français (l’ailier droit Stéphane Chardon, le gardien Bastien Soulier…). “Le profil typique des joueurs chez nous et chez les plus petits clubs, c’est celui d’un étudiant ou d’un prof qui enseigne à 70 % et qui les 30 % du temps restant s’entraîne et participe aux matchs. Cela permet quand même de s’entraîner tous les jours ou presque, mais forcément, on rivalise difficilement avec les gros clubs qui sont intégralement pro. Le fait qu’on se développe nous permet cependant de proposer des contrats intéressants à des jeunes Français (au hasard !) qui ne trouveraient pas de temps de jeu en France et qui veulent continuer leurs études à côté“.

Stéphane Chardon (sous les couleurs de Dijon en 2016)

… en révélant par exemple des pépites !

Les clubs suisses ont pris le tournant de la formation et de la post-formation. Au-delà des baroudeurs d’Europe de l’Est ou des Balkans, ils font de plus en plus de place aux jeunes joueurs. La Quickline Handball League offre ainsi un terrain de jeu aux jeunes pas forcément capables d’immédiatement percer dans des championnats plus huppés.

Tomas Piroch (US Creteil HB)

Les clubs français semblent avoir compris cela, si bien qu’ils regardent de plus en plus attentivement de l’autre côté de la frontière. Tremblay a ainsi recruté Adir Cohen, espoir israélien qui brillait au Pfadi Winterthur la saison dernière.  Créteil est allé chercher l’arrière droit tchèque Tomas Piroch (21 ans) à Lucerne. Dans le sens inverse, Montpellier a choisi de prêter Giorgi Tskhovrebadze à Winterthur, dans le but de lui permettre de se développer. “Si la Suisse peut servir d’endroit parfait pour une pré-retraite, réfléchit Baptiste Malfondet, elle devient de plus en plus un tremplin potentiel vers la Starligue ou la Bundesliga. Au Chênois, on essaie de travailler dans ce sens pour être attractif pour les jeunes prometteurs.”

Quel avenir pour la sélection suisse ?

Le handball suisse ne se résume pas qu’à Andy Schmid et Nikola Portner. Heureusement d’ailleurs, car le génial demi-centre se rapproche de plus en plus de la retraite. Dans les buts en revanche, Portner, bientôt 29 ans, est parti pour durer. Mais derrière ces porte-drapeaux, la Suisse regorge aussi de pépites qui devraient commencer à briller. Schaffhausen en est l’un des principaux viviers. Nîmes devra ainsi se méfier du remuant demi-centre Jonas Schelker (22 ans). A l’aile gauche, Samuel Zehnder (21 ans), déjà auteur de 39 buts cette saison en European League, sera à surveiller.

PORTNER Nikola (Chambéry Savoie Mt-Blanc Handball)

Avec en point de mire, l’Euro 2028 qu’elle co-organisera, la Suisse doit passer un cap à l’image de son gardien Nikola Portner. Lorsqu’on l’interroge au sujet de cette nouvelle génération, le portier chambérien fait un constat lucide. “On n’a jamais été nuls dans les sélections jeunes. Même ma génération (92-93), il y a déjà presque 10 ans, sur nos 4 compétitions (jeunes et juniors), on est à chaque fois en quart de finale.

Le problème pour la Suisse n’est donc pas d’avoir des jeunes de talent, mais de les développer ensuite ! “Le problème, c’est la mentalité. En Suisse, on est dans un pays confortable où en parallèle, beaucoup de très bons jeunes joueurs continuent leurs études. À la fin de leur cursus, ils préfèrent prendre un travail normal car ils vont gagner beaucoup plus. On se retrouve donc avec plein de bons joueurs qui ont leur job avec un super salaire et qui prennent un statut de semi-pro en jouant en D1 ou D2. Ils ont une vie sympa, mais on a “perdu” pas mal de bons jeunes comme ça.

Il faut se tourner à 100 % vers le handball

Heureusement pour les Suisses, les exploits des Schmid, Portner, Meister et leur bande font petit à petit changer les mentalités. “Cela doit passer clairement par les clubs et Schaffhausen est un très bon exemple. Le club met les moyens pour que les jeunes soient à fond dans le handball tout en faisant des études s’ils le veulent. Il faut se tourner à 100 % vers le handball si on veut progresser et ne pas rester juste bons en équipe de jeunes. La dernière fois, je discutais avec un ancien coéquipier de sélection jeune qui se souvenait d’avoir battu la Suède de Jim Gottfridsson. Et moi je lui ait dit : oui mais lui aujourd’hui il est le meilleur demi-centre du monde car il a continué à bosser alors que nous, une grosse partie de l’équipe n’a pas choisi le très haut niveau. On aurait peut-être pu faire de belles choses…

SCHELKER Jonas (SCHAFFHAUSEN)

La jeune génération d’aujourd’hui a, semble-t-il, intégré cet état d’esprit. “Dans le sérieux et l’investissement, ils sont meilleurs que nous à l’époque, juge PortnerAprès, c’est sûrement un peu grâce à nous aussi, car on leur a montré que c’était possible d’atteindre le très haut niveau. Que ce soit Andy Schmid, Lucas Meister, Lenny Rubin ou d’autres en Bundesliga, ou moi en France, ils ont des exemples qui leur permettent de voir à quoi peut ressembler le très haut niveau et qui peuvent témoigner.” Outre Schelker et Zehnder de Schaffhausen, la pépite de Zürich, Mehdi Ben Romdhane, présente de belles promesses pour la suite.

Ce subtil mélange de cadres expérimentés (Portner, Meister, Lier, Rubin) et de pépites prometteuses (Schelker, Zehnder, Ben Romdhane) permettra-t-il au handball suisse de tutoyer les sommets ? Ce sera notamment “une question de mentalité” selon Portner. Toujours est-il que côté français, et dès ce mardi soir pour Nîmes, il faudra se méfier de nos voisins !

LE programme de ce mardi soir d’European League (Eurosport Player)

Chekhov – Nantes | 18h45

Schaffhausen – Nîmes | 20h45

Aix – Velenje | 20h45

Toulouse – Plock | 20h45

 

Tristan Paloc

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