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Rubens Pierre : "Je ne suis pas encore à 100 % de ce que je peux faire"

Arrivé cet été au HC Erlangen, après six années tremblaysiennes, Rubens Pierre prend ses marques au sein de sa nouvelle formation, qui réalise, grâce au français, l'un de ses meilleurs débuts de saison.
7 matchs, 61 arrêts, 28.24 % de réussite. Un début de saison, qui n'est peut-être pas celui espéré à titre personnel, mais petit à petit, l'ancien gardien de Tremblay, Rubens Pierre, se fait sa place dans la "NBA" du handball : la Bundesliga. Arrivé cet été dans son nouveau club, le HC Erlangen réalise un début de saison canon, actuellement sixième devant des équipes comme Berlin ou Gummersbach. Le portier français n'y est pas pour rien.
- Comment est venue la décision de rejoindre le HC Erlangen, parce que tu étais assez courtisé ?
J'avais encore deux ans de contrat avec Tremblay, et j'ai pris cette décision car j'avais besoin de voir autre chose. Ca faisait six ans que j'étais là-bas, personnellement, je pense que j'avais fait le tour. J'avais un certain statut, je connaissais la maison, mais je voulais voir si en partant ailleurs, j'allais continuer d'être performant. D'où ma décision de partir.
- Tu voulais forcément aller en Allemagne ?
Non, du tout. Je ne me suis jamais dit que mon but, c'était absolument d'aller jouer là-bas. Mais quand j'ai eu l'opportunité d'aller jouer dans ce qui est, pour moi, le meilleur championnat du monde, j'ai sauté sur l'occasion.
- Qu'est-ce qui t'as plu dans le projet d'Erlangen ?
Déjà, j'avais eu de bons échos du championnat allemand, en me disant que c'était vraiment ouf. Ne serait-ce que voir l'engouement dans les salles, c'est quasiment plein tous les week-ends. Les gens vivent pour le handball ici, comparé à la France où c'est un peu moins le cas.
Oui, quand j'ai signé, ils étaient en zone rouge, on m'a dit "tu vas aller jouer en deuxième division et tout". Mais le directeur sportif, Ole Rahmel, m'a rassuré, en m'expliquant leur volonté de construire un projet sur 2/3 ans, d'aller jouer l'Europe, d'avoir un effectif jeune et essayer d'aller gratter le haut de tableau. Donc ça m'a paru sincère, et puis on m'a aussi poussé dans mon entourage en me disant que j'allais me régaler, et effectivement, je me régale tous les week-ends.
- Comment est l'ambiance au club ?
On a un staff qui gère super bien. Le coach est top, il est à l'écoute, si on a problème ou quoi que ce soit, on peut tout de suite venir lui parler.
J'avais un peu peur, car on m'avait dit "tu verras, l'Allemagne, ils sont dans leur bulle, assez bornés, avec leurs idées et rien d'autre". Mais au final, pas du tout. Tout le monde est cool, à l'écoute. S'il y a un pépin, de la fatigue, il va bien le gérer, donc franchement, c'est top.

- A ton poste, à quel point c'est différent de la Starligue ?
Ca n'a rien à voir. Pourtant, j'ai joué un certain temps dans les deux divisions françaises, mais ça n'a rien à voir. Les impacts de tirs sont différents, la vitesse de balle est différente. C'est beaucoup plus rapide, ça va beaucoup plus vite. Il suffit que tu sois un peu en retard et tu le payes cash.
En France, ça reste par contre un peu plus précis, même si tu as des gros tireurs comme Elohim Prandi. Mais ici, les tirs allemands sont très lourds. Si t'as pas bien pris la balle, tu te fais traverser. Mes tous premiers entraînements, je venais à peine d'arriver, je me disais que j'avais fait le mauvais choix. Je commençais à me remettre en question, je me disais que j'étais devenu nul. Mais en discutant avec le coach des gardiens, on m'a expliqué que c'était normal et que j'allais m'y habituer.
Ici, il y a beaucoup plus de tirs à six mètres qu'en France, où ça va être plus des tirs à neuf mètres, sauf quand tu joues des grosses équipes comme Kiel ou Magdeburg, mais la plupart des équipes, c'est des petits tirs.
- Comment tu travailles dans ce cas ?
Là, je fais pas mal de musculation pour encaisser les impacts. On bosse aussi beaucoup sur l'anticipation.
Depuis mon arrivée, je me suis bien adapté, même si je ne suis pas encore à 100 % de mes capacités, mais je ne suis pas en retard.
- Tu t'es fixé des objectifs ?
Oui, complètement. Comme c'est ma première saison, j'aimerais me rapprocher du top 10/top 5 à mon poste, et je viserais plus haut l'année prochaine. Et en terme de pourcentage, j'aimerais être aux alentours des 30 %. Je pense que c'est bien pour une première saison.
Au niveau de l'équipe, on va essayer de gratter une place européenne. Sachant qu'en plus, si tu joues la finale du Final Four (de la coupe d'Allemagne, NDLR), tu es qualifié pour la Ligue Européenne. Des objectifs, ce n'est pas ça qui manque.
- Depuis là-bas, comment tu vois l'exode des nombreux internationaux français vers l'Allemagne ?
Bah déjà, comme je te l'ai dit je pense que c'est le meilleur championnat au monde, selon moi, qui est le plus relevé. Chaque année, ou presque, tu as un champion différent. C'est un championnat qui attire les grands noms et les grands joueurs, on le voit avec Théo Monar ou Thibaud Briet qui vont arriver.
Tous les week-ends, tu ne sais jamais ce qui va se passer, tu peux jouer le premier contre le dernier, et c'est le dernier qui l'emporte. Là où en France, quasiment chaque année, c'est le même champion. Quand tu vois que Paris, ils sont champions depuis 2015, il y a un gouffre entre le PSG et les autres équipes. Alors que là, on a battu Melsungen, alors que sur le papier on est un plus petit club.
- Ce samedi, vous recevez Kiel, tu as hâte de ce match ?
Très hâte oui, crois moi que ce match là, je ne vais pas le louper (blessé et opéré des dents, il avait manqué Melsungen et Magdeburg, NDLR). En plus, Andreas Wolff c'est un gardien que je regarde pas mal, Perez de Vargas c'est un peu moins mon style de jeu, même si j'aime tout autant. Ce sera mon premier vrai test à domicile contre une grosse équipe.
- Tu as un peu la pression ?
Non pas du tout. C'est pas que je n'ai pas de pression, le handball, je prends ça comme un jeu. C'est comme si je faisais un foot avec mes amis ou que je jouais à la console. On gagne, tant mieux. On perd, bah on se remet au boulot et on avance. Evidemment, j'ai déjà été stressé sur certains matchs à enjeu, mais là, j'ai pas tellement la pression. J'ai juste hâte que je sais que la soirée va être folle et que la salle sera pleine.
- Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite de la saison ?
La réussite et pas de blessure, en tout cas, pas de grosse blessure. Que je sois performant, que mes objectifs se réalisent. Bref, que tout se passe bien, et on verra pour les autres saisons. En tout cas, je suis très bien là où je suis et tout se passe au mieux.
J'avais un peu de crainte, tu quittes ton cadre de vie, mais au final, je me sens super bien.
Théo Alleaume