EHFCup – 1er tour

Il en est où le handball féminin au Portugal?

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Alavarium, club semi-professionnel, défie Nantes dès ce soir en Coupe EHF

Nantes comme Brest ouvriront leur saison par le premier tour de la Coupe EHF. Et Brest comme Nantes le disputeront face à une équipe portugaise. Du coup, on est allé parler un peu petite balle avec les deux techniciens portugais. On a nommé Carlos Neiva pour Alavarium/Love Tiles, adversaire du NLA et Sandra Fernandes pour Madeira Andebol.

La domination du Madeira Andebol

Pour faire simple et pour parler un peu d’historique, de la saison 1998/1999 à 2008/2009, le Madeira Andebol a tout gagné au Portugal. Tout. Championnat, coupe du Portugal, supercoupe. Aucun titre ne lui a échappé pendant 10 ans. Pour, enfin, voir un peu plus de compétition au sein de la première division féminine lusitanienne, il a donc fallu attendre le cru 2009/2010. Deux clubs pointent alors le bout de leur nez : Gil Eanes, qui remporte deux championnats de suite avant de subir de très sévères restrictions budgétaires puis Alavarium qui a remporté trois titres de suite (de 2013 à 2015). La saison dernière, c’est Madère qui a repris son bien mais le club s’est fait chiper sa coupe par l’autre club de l’île, le C.Sports Madeira, après dix-sept ans de succès. Mais

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Madeira

L’archipel de Madère est donc la région qui domine le handball féminin portugais. Région autonome du Portugal, Funchal, sa capitale, est située à 980 kilomètres de Lisbonne. Mais comment un territoire aussi lointain peut-il être aussi fort au handball? “Le handball est le second sport le plus pratiqué après le football sur l’archipel, explique Sandra Fernandes, l’entraîneur élue meilleure coach de la saison dernière. Notre sport a toujours été très populaire ici, c’est un peu une tradition. Et puis, notre gouvernement régional a toujours investi dans la promotion du sport et, forcément, le handball fait partie de leurs plans.” Plus connue pour être la terre d’origine de Cristiano Ronaldo, ce territoire serait donc aussi, un joyaux du handball portugais.

Un manque de professionnalisation

Loin, très loin d’être ridicule lors de la dernière campagne de qualification au championnat d’Europe 2016, la sélection féminine du Portugal avait tout de même terminé dernière de son groupe derrière la Russie, le Danemark et la Turquie. Mais, à domicile notamment, aucun de leur adversaire ne s’était baladé au Portugal : le Danemark, tout d’abord, s’était imposé (26-21), la Turquie s’était inclinée (23-24) et la Russie, en juin dernier, avait peiné à l’emporter (25-22). “Au Portugal, le handball est l’un des sports qui compte le plus d’athlètes, et encore plus dans les sections féminines, note Carlos Neiva, l’entraîneur d’Alavarium. Mais malgré ça, on ne peut pas dire que notre championnat est professionnel. Beaucoup de joueuses ne sont même pas payées. Du coup, c’est forcément difficile de tout combiner puisque certaines joueuses vont en cours, travaillent et jouent au handball en même temps.”

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Carlos Neiva (deuxième en partant de la gauche) et son staff technique

“Cependant, depuis deux ans, la fédération essaye de changer ça et quelques joueuses ont la chance de partir à l’étranger pour évoluer dans de meilleurs championnats, poursuit Carlos Neiva. Aujourd’hui, pour une handballeuse portugaise, c’est le seul moyen de devenir professionnelle. C’est vraiment une situation dommageable car beaucoup de bonnes joueuses sont obligées de quitter le monde du handball car elles doivent terminer leurs études, par exemple. A l’époque où le Portugal disputait les compétitions internationales jeunes et juniores, nous avions de bons résultats (ndlr : depuis 2003, aucun sélection portugaise n’a participé aux éliminations de compétitions internationales). Mais, lorsque les joueuses étaient censées travailler et progresser encore davantage pour alimenter notre équipe A, comme dans tous les autres pays, les nôtres n’y arrivaient pas car elles devaient penser à toute autre chose que le handball. La marche était alors trop haute pour tout réussir.”

Un constat amère partagé par Sandra Fernandez, coach de l’adversaire du Brest Bretagne Handball. “On a de bonnes joueuses dans notre championnat mais son fonctionnement n’est toujours pas idéales pour ces filles. Le chemin est encore très long pour arriver à atteindre le haut niveau. C’est pour ça que chaque match de coupe d’Europe que les clubs portugais jouent est une vraie chance pour, chaque année, continuer à progresser.”

Une inégalité homme-femme importante

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Le ABC/UMinho a arraché sa qualification en Ligue des Champions masculine

Pourtant, lorsqu’on regarde sur la scène masculine, le constat est tout autre. Si, comme en filles, quatre clubs sont engagés en Coupes d’Europe cette année, ces derniers réalisent depuis quelques années de vraies performances. Le ABC/UMinho, engagé en Ligue des Champions cette année après avoir éliminé Bregenz en finale de son tournoi de qualification, a également remporté la Challenge Cup l’an dernier. Contre qui? Le Benfica Lisbonne ! Porto est désormais un habitué des phases de poule de Coupe EHF ou de Ligue des Champions et le Sporting Portugal parvient toujours à passer plusieurs tours de Coupe EHF. En féminines, les quatre clubs engagés cette saison sur la scène continentale n’ont jamais brillé par leurs résultats. Alavarium, adversaire de Nantes, n’est jamais allé plus loin qu’un troisième tour de Challenge Cup ou deuxième tour de Coupe EHF (l’an dernier, éliminé par Siofok), Colegio de Gaia plafonne en huitième de finale de Challenge Cup, le CS Madère n’avait plus participé à une coupe d’Europe depuis 2008 et Madeira, adversaire de Brest donc, après des phases de qualification en Ligue des Champions et retombé en Coupe des Coupes.

“Au Portugal, le handball masculin est structuré comme une vraie ligue professionnelle, explique Carlos Neiva. Il y a également un vrai travail de formation auprès des jeunes. Et ça donne des résultats ! Des joueurs portugais sont courtisés par des formations européennes et des clubs jouent la Ligue des Champions. Mais, malheureusement, ça n’est pas la même musique pour le handball féminin. L’égalité n’est pas respectée et c’est un vrai préjudice pour le handball portugais. Cependant, depuis quelques années, on a remarqué que de plus en plus de jeunes filles souhaitaient apprendre à jouer donc on espère que d’ici 4 à 6 ans, l’égalité soit plus respectée. Aujourd’hui, le raisonnement d’un jeune handballeur et d’une jeune handbelleuse au Portugal est différent. Une fille doit être consciente qu’elle prend un vrai risque en se lançant pleinement dans le hand puisque notre fédération n’est pas professionnelle. Du coup, la plupart du temps, elles préfèrent jouer la sécurité et trouver un “vrai” travail à côté.”

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Alavarium prêt à en découdre après une belle préparation

Ce week-end, le Portugal défie la France

Hasard du tirage, deux des trois clubs français engagés en Coupe EHF défieront des formations portugaises pour leur entrée en lice. Dès ce soir puis demain, Alavarum tentera de faire trébucher Nantes à la Trocardière même si les Roses sont forcément favorites. “Nantes joue dans un très bon championnat, explique Carlos Neiva, le technicien lusitanien. Même s’ils n’ont terminé “que” cinquième la saison passée, on sait que la tâche va être difficile pour nous. Sur le papier, nous souhaiterions vraiment passer au tour suivant, pour que l’équipe progresse mais aussi pour montrer un beau visage du handball féminin portugais, mais la réalité est tout de même différente. Au Portugal, il n’y a qu’une équipe professionnelle (Madeira), toutes les autres sont semi-pro. Beaucoup de joueuses sont parties cet été mais mes deux nouvelles se sont bien intégrées. Nous avons souhaité ne pas trop recruter pour faire évoluer plus de jeunes joueuses formées chez nous en équipe première. Et je suis content car nous avons eu de très bons résultats en matchs de préparation. Contre Nantes, nous essayerons de faire au mieux mais je sens mon équipe capable de livrer deux belles performances.”

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Sandra Fernandes, l’entraîneur de Madeira

De son côté, Madeira, qui compte dans ses rangs Valeria Gorelova, ancienne gardienne de Lada, en Russie et Esma Muratovic, ex-arrière gauche de Danilovgrad au Monténégro, ira défier Brest demain, avec la spécificité de recevoir la formation bretonne sur son île, dans une semaine. “Brest a une équipe fantastique avec des joueuses de classe mondiale, analyse Sandra Fernandes, l’entraîneur insulaire. On va faire notre maximum mais on sait que Brest fait partie des équipes prétendantes au titre final, ce qui est également une chance pour nous. Nos dirigeants ont décidé d’organiser le match retour chez nous, une décision que je trouve excellente. Madère et nos supporters auront la chance de voir jouer, dans leur salle, des filles comme Allison Pineau, Marta Mangue ou Cléopatre Darleux.”

Coupe EHF – 1er tour

Nantes – Alavarium, vendredi 9 septembre à 21h à La Trocardière de Rezé
Alavarium – Nantes, samedi 10 septembre à 20h30 à La Trocardière de Rezé

Brest – Madeira, samedi 10 septembre à 20h30 à la Brest Arena
Madeira – Brest, samedi 17 septembre à 18h au Pavilhao Gimnodesportivo de Funchal

Propos recueillis et texte de Clément Domas

HandNews & CasalHand

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