Euro 2018 – Finale

La Russie, cette machine

La Russie modèle de réussite impressionnant depuis des années, n’a toujours pas décroché de titre européen… Comme les Françaises. Avec deux défaites qui comptent pour du beurre dans cet Euro, les Russes retrouvent les Bleues en finale, comme remake des JO de Rio en 2016 (17h30). 

Lorsque l’on parle de la Russie, l’expression de rouleau compresseur arrive souvent dans les premières qui servent à décrire cette équipe. Et il est vrai que depuis le début de la compétition, les Russes n’ont pas laissé beaucoup de marge à leurs adversaires. A commencer par les Françaises lors du match d’ouverture à Nancy (23-26). Depuis, la machine qui s’est mise en marche pour rejoindre la finale n’a pas dérogé à son plan. Assurée de terminer première après la phase de poules, elle avait lâché l’affaire contre la Slovénie (27-29), de même au tour principal face à la Suède (39-30), ce qui n’a pas forcément plu aux Françaises. A l’exception de ces deux rencontres, les Russes de Trefilov n’ont jamais été vraiment inquiétées. Des larges victoires, comme face au Danemark (32-21), un jeu en attaque bien rodé autour d’un sept majeur très solide qui se connait par cœur. Sur les six joueuses de champ de l’équipe-type, seule Daria Dmitrieva, la demi-centre ne joue pas à Rostov. Une facilité de travail sur laquelle le sélectionneur russe s’appuie forcément et qui lui permet de bâtir son équipe sur de solides fondations, qui en Ligue des Champions leur permettent d’être invaincues (seul un match nul face à Brest (29-29).

Malgré cette facilité déconcertante face à ses adversaires, Fred Bougeant, qui a entrainé Rostov durant une saison et demie se refuse à penser que les Russes déroulent. « Les Russes jouent sur un mode, sur une manière de faire. Je n’ai pas le sentiment qu’elles déroulent, c’est une équipe qui joue bien, qui a des grandes joueuses, la différence se fait au niveau physique et psychologique » explique-t-il. Dans ce 7 majeur, surexploité par Trefilov, deux joueuses ont joué plus de 300 minutes depuis le début de la compétition. 318 pour Daria Dmitrieva et 312 pour Ana Sen. Une chose qu’on ne verra pas chez les Françaises, tant Olivier Krumbholz s’évertue à faire tourner et à exploiter l’intégralité de son collectif, même dans les matchs importants.

Vyakhireva « anarchiste révolutionnaire »

Dans ce 7 majeur, même si on retrouve Daria Dmitrieva, la meneuse de Lada et Anna Sen l’artilleuse de Rostov, le danger principal vient évidemment du côté droit, avec cette arrière petit format de 23 ans (1m68), Anna Vyakhireva. Olivier Krumbholz nous expliquait qu’elle mettait “à genou l’Europe”. Ses statistiques parlent pour elle. Avec son club déjà, 46 buts en Ligue des Champions, ce qui la place juste derrière Cristina Neagu qui domine le classement (49 buts). Avec sa sélection aussi. La gauchère règle tout. Quand il a fallu accélérer face à la Roumanie parce que son équipe avait du mal à prendre le dessus, c’est elle qui a pris les choses en mains. 13 buts, comme le numéro qu’elle porte dans son dos. Pas de quoi lui porter malheur jusqu’à présent.

Son physique, hors norme pour une arrière, ne pouvait pas laisser penser qu’elle serait à ce niveau là, à ce poste. Fred Bougeant peut en témoigner. “Lors des premières réunions que j’ai eues avec Trefilov quand je suis arrivé en Russie il me disait qu’elle ne pourrait pas marquer sur le poste d’arrière et moi je lui ai dit que de toute manière elle jouerait dans ce registre avec moi”Choix payant, la gauchère fait la pluie et le beau-temps de partout où elle passe. Impitoyable sur ses duels, capable d’apporter du tir de loin, mais aussi une valeur sûre quand Trefilov la fait défendre sur le poste 2. A l’heure où les joueuses à profil sont recherchés par les fédérations, Anna Vyakhireva casse les codes avec une simplicité sans pareille. “C’est une force d’avoir des gens différents dans une équipe. Sur la base arrière, la relation qu’elle a avec Mekeeva est très importante. C’est elle qui lui crée des espaces et qui la sert, ce n’est pas Dmitrieva. De la même manière qu’Estelle Nze-Minko n’a pas un jeu conventionnel” reconnait Bougeant.

Il en est de même  en dehors du terrain, dans un système russe très particulier. Il est facile de le comprendre lorsqu’on voit qu’elle fait partie des trois joueuses à faire l’effort de parler anglais à la presse internationale. ” Vyakhi est une fille fantastique ! C’est une anarchiste, une révolutionnaire. Elle n’hésite pas à dire les choses, ce qu’elle pense sur le système russe, elle en rigole même. C’est une star sur le terrain mais qui découvre le monde en dehors, elle n’a pas les mauvais côtés de la star” dévoile son ancien entraineur. Même quand son sélectionneur n’a pas toujours été tendre avec elle. “Il (Trefilov) a eu des mots durs avec elle, elle n’en avait rien à faire ! C’est une petite anarchiste, une fille sur qui les événements glissent. C’est vrai que de temps en temps elle rate mais sur le terrain elle s’amuse, elle prend du plaisir, dans la vie elle est pareille”. Le duel entre “Vyakhi” et Estelle Nze-Minko ce soir sera certainement le plus regardé, passionnera les foules. Lors du premier acte entre les deux équipes, c’est la Française qui l’avait remporté, bloquant totalement le champ d’action de la gauchère. Mais les Russes étaient parvenues à s’adapter, sortant du banc Malashenko à la place d’Anna Sen, pas forcément attendue par les Tricolores.

“Estelle et Anna sont sur un nuage, il va y avoir du spectacle et du suspens, c’est ça que les gens attendent” annonce Fred, qui donne l’avantage aux Françaises avant la rencontre. “Je pense que les Françaises partent avec un avantage. Elles montent en charge au niveau physique dans la compétition, elles peuvent jouer sur grand espace, faire tourner, ce que ne peuvent pas faire les Russes. Elles ont des rotations énergétiques, pas des rotations sanction. Elles ont marché sur les Néerlandaises” Un avantage aussi dans la préparation, chère aux Françaises, très différente “Trefilov n’est pas un fan de la vidéo dans la préparation. Avec moi et puis avec Ambros (Martin, actuel entraineur de Rostov-Don et de la Roumanie) les filles ont pris cette habitude et le font d’elles-même. Il n’y a pas le même staff, pas le même contrôle de la charge de travail”. Une différence qui selon peut faire la différence ce soir, dans l’approche de cette finale de rêve entre la France et la Russie qui se retrouvent pour jouer le titre européen.

Depuis Paris, Maxime Cohen.

 

HandNews & CasalHand

5 CommentairesPoster un commentaire

  1. ANues - le 16 décembre 2018 à 12h48

    "deux joueuses ont joué plus de 300 minutes depuis le début de la compétition. 318 pour Daria Dmitrieva et 312 pour Ana Sen. Une chose qu’on ne verra pas chez les Françaises," o_Ô

    Le top des joueuses françaises les plus utilisées

    Beatrice Edwige: 315 minutes, 8 buts 🙁
    Graace Zaadi : 278 minutes, 20 buts
    Estelle Nze Minko : 258 minutes, 34 buts
    Laura Flippes: 245 minutes, 20 buts
    Amandine Laynaud: 237 minutes, 14 buts
    Siraba Dembele: 221 minutes, 16 buts

  2. Richie - le 16 décembre 2018 à 14h34

    Leynaud à 14 buts ?

    • ANues - le 16 décembre 2018 à 14h57

      c'était juste pour voir si le commentaire serait vraiment lu en entier 8-D

Afficher tous les commentaires

Laisser un commentaire

Champs requis *

En direct Voir toutes les brèves
HandNews utilise des cookies sur ce site. Avec votre consentement, nous les exploitons pour mesurer et analyser l'utilisation du site (cookies analytiques) et pour l'adapter à vos intérêts et usages (cookies de personnalisation en fonction de votre navigation et de votre navigateur).