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Strasbourg, un repêché qui a de l’ambition

Lucien Auffret (Strasbourg)

Après une relégation sportive et une intersaison compliquée, l’ESSAHB revient sur le devant de la scène en Proligue avec un projet ambitieux. Avec Denis Lathoud à la barre, le collectif alsacien entame un nouveau cycle pour asseoir durablement Strasbourg comme place forte du handball alsacien.

En juin dernier, lors du tirage au sort du premier tour de la Coupe de la Ligue, Cesson avait tiré Grenoble comme adversaire. Ce vendredi soir, l’adversaire des Bretons ne sera pourtant pas isérois, mais alsacien. En infraction par rapport aux règlements financiers la saison passée, Grenoble (comme Vernon) a été rétrogradé en N1 et Strasbourg a été repêché à sa place, en compagnie de Valence. Les Strasbourgeois savaient qu’ils avaient une chance de rester en Proligue, après avoir manqué la possibilité de se maintenir sportivement. Mais entre la relégation officielle lors de la dernière journée, et l’officialisation du maintien sur tapis vert le 2 août, 3 longs mois se sont écoulés pour un club qui a eu de grandes difficultés à construire dans ce climat d’incertitude, auquel s’est ajoutée le retour de la possibilité de fusion avec Sélestat dès la reprise. « Personne ne savait rien, témoigne Lucien Auffret, nouvel ailier droit de l’ESSAHB. Il y a eu les soucis de descente en N1, pas descente en N1 … Personne ne savait si j’allais jouer en violet ou en bleu ou en je ne sais quelle couleur, c’était vraiment compliqué. »

Associer jeunesse et expérience

Romain Mathias (Strasbourg)

Dans cette tourmente, seul le nouvel entraîneur, Denis Lathoud, cadre des Barjots dorés en 1995, avait donné la garantie de rester à Strasbourg en cas de descente. Le retour du “Grand” sur un banc français n’est pas passé inaperçu, d’autant qu’il succède à Bruno Boesch, qui était en poste depuis dix ans. L’aura de l’ancien Barjot a permis de convaincre des recrues de qualité qui ont l’expérience de la 1ère division. Les dirigeants ont même dû refuser plusieurs propositions car plus d’une dizaine de joueurs de Starligue étaient prêts à poser leurs valises sur les bords du Rhin. Toujours est-il qu’Yvan Gérard et l’arrière Xavier Moreau sont venus renforcer le côté gauche tandis que Lucien Auffret, le gardien Romain Mathias, le pivot ex-cherbourgeois Fabien David ou encore l’arrière droit de Plobsheim Lucas Fritz sont autant de jeunes talents qui formeront l’ossature de l’équipe ces prochaines années. Ils auront la lourde tâche de remplacer les importantes pertes des arrières Arthur Muller et Tom Robyns vers Massy et du pivot italien Andrea Parisini vers Istres, auteurs à eux trois de l’écrasante majorité des buts de l’ESSAHB la saison dernière.

Denis Lathoud (Strasbourg)

« Je prône un projet de jeu homogène sur tous les secteurs de jeu, offensifs comme défensifs, pose Lathoud. C’est-à-dire qu’on n’ait pas comme sur l’année passée 80% des buts marqués par 3 joueurs. Le handball se joue à 7 et je veux que tout le monde soit investi totalement, remplaçants y compris. » Avec l’arrivée de nouveaux joueurs d’expérience et de plus grandes responsabilités données aux jeunes locaux, Denis Lathoud compte créer une équipe qui se tire vers le haut et propose un handball collectif. Avec « un tiers de joueurs confirmés, un tiers de jeunes et un tiers de recrues » sur chaque poste, l’entraîneur alsacien dispose d’un collectif équilibré sur les différents secteurs de jeu. Cependant, cet effectif n’a pas pu vraiment s’exprimer en préparation, avec une programmation compliquée par l’incertitude liée au futur du club (surtout des adversaires suisses et belges), ainsi que par les blessures qui ont touché l’effectif. « Les blessés devraient normalement être rétablis fin août donc on aura 15 jours pour travailler en commun, disait-il lors du week-end de l’Eurotournoi. Ce n’est pas suffisant mais on n’a pas le choix. »

Un projet ambitieux

Denis Lathoud incarne ce qui doit être une nouvelle ère pour l’ESSAHB, mais l’intéressé rappelle qu’il est avant tout question d’un projet « qui englobe tout le monde : le monde associatif, le monde professionnel, le monde politique, le monde des supporters. » En effet, les élus alsaciens, conscients de l’intérêt de leurs administrés pour le handball et soucieux de briller sportivement en vue des JO 2024, poussent pour avoir, au plus vite, une présence alsacienne en première division. La fusion entre Strasbourg et Sélestat est fortement encouragée à ces fins, tandis que la salle du Rhénus prévoit de s’agrandir pour 2021 (8000 places) et aura besoin d’un second club résident avec le basket.

Joffrey Bonnemberger (Strasbourg)

Ces objectifs impliquent pour l’ESSAHB la construction d’un projet très ambitieux : l’accession à la Starligue d’ici quatre ans. « Quand les dirigeants et les élus ont décidé de faire un vrai projet pour rejoindre la Lidl Starligue, ils m’ont convaincu et je l’ai dit aux joueurs : c’est un projet viable, » affirme Denis Lathoud. Pour ce faire, l’entraîneur rappelle le rôle central des dirigeants qui devront réunir des fonds importants dès l’année prochaine. « Si on veut atteindre cet objectif de Lidl Starligue, il nous faudra 4 millions d’euros pour exister. Et même si sportivement on était très bons et qu’on montait avec 1,5 millions, comment, en 3 mois, on pourrait arriver à 4 millions ? » Le potentiel financier est présent à Strasbourg mais, pour l’instant, l’ESSAHB sera le second plus petit budget de Proligue avec 1,1 millions. Le tableau des opérations vise alors, pour cette saison, « le maintien le plus tôt possible puis travailler pour l’année suivante » en créant un collectif qui joue bien ensemble et intègre les jeunes. « La 10ème place ou plus si affinités, » ose même le champion du monde 1995. La suite ne manque pas d’ambition : dès la saison suivante, l’objectif sera de jouer les phases finales de Proligue.

Et la fusion avec Sélestat dans tout ça ?

Ce beau projet ne doit pas occulter un autre élément, resté à l’esprit des élus alsaciens : à la fin de la saison dernière, les dirigeants de Sélestat et de l’ESSAHB se sont rapprochés et ont fait ressurgir l’idée d’une fusion entre les deux sections professionnelles. Ce projet de fusion entre Strasbourg et Sélestat est le serpent de mer du handball alsacien depuis maintenant plusieurs années. Cette fois, les deux clubs ont communiqué, annonçant avoir statué sur un regroupement dès le début de saison 2020-2021. Mais dans les faits, rien n’est sûr. Les présidents du club de Strasbourg, Cédric Bald pour la société (monde professionnel) et Sébastien Bender pour l’association, ont pu nous expliquer plus en détail les tenants et les aboutissants de cette question.

Le premier, ancien de la Robertsau, et le second, ancien du club de Schiltigheim, ont déjà fait l’expérience d’une fusion compliquée entre leurs deux clubs lors de la création de l’ESSAHB en 2014. Les guerres de clocher, la perte de partenaires, l’organisation des entraînements des jeunes… Pour la fusion entre Strasbourg et Sélestat, ces problèmes se poseraient d’autant plus avec les 50 kilomètres qui séparent les deux clubs. De plus, « au-delà d’un rapprochement des structures, il faut que les mentalités soient prêtes à ce rapprochement. Aujourd’hui, on discute avec certains supporters sélestadiens ou strasbourgeois pour qui il est hors de question d’une fusion. Des deux côtés, » déclare Sébastien Bender.

Dès lors, dans ces conditions, les dirigeants de l’ESSAHB travaillent comme s’ils étaient seuls. « On a entrepris des discussions avec les dirigeants de Sélestat et on n’a pas fermé les portes, tempère néanmoins Cédric Bald. On ne peut pas dire aujourd’hui que ça se fera en fin de saison, il faut qu’on soit d’accord sur tous les points et aujourd’hui ça n’est pas le cas. Alors on va travailler de notre côté, faire avancer les choses et puis on verra. » Également sollicités par l’ASPTT de Strasbourg pour un rapprochement de leurs équipes féminines en vue de jouer en seconde division, les histoires de fusions vont encore travailler les dirigeants alsaciens pendant un bon moment.

Une année qui s’annonce compliquée

Denis Lathoud (Strasbourg)

En attendant, les Strasbourgeois travaillent de leur côté, tant sportivement que structurellement : « On est à la première marche d’un bon projet, dit Lucien Auffret. C’est le début donc il faut que ça se lance, et il faut voir au-delà de l’année. Les joueurs engagés sur le projet sont tous des bons mecs et sont là pour au moins 2 ans et il faudra voir à ce moment-là, voire au-delà. » Le calendrier n’est pas forcément favorable aux Strasbourgeois avec des matchs face à des concurrents directs dès le début de saison (Cherbourg, Billière, Sélestat, Besançon et Valence lors des 6 premiers matchs), mais le coach relativise : « Il n’y a pas de gros matchs, il n’y a qu’une grosse saison. En Proligue, ce ne sont que des matchs au couteau, serrés et il faudra être prêt dès le départ quels que soient nos adversaires. » Et ce même en Coupe, face à Cesson, un adversaire de beau calibre, dès ce vendredi soir. Histoire de partir du bon pied dans ce nouveau projet.

Le programme du premier tour de la Coupe de la Ligue

Vendredi 6 septembre :
20h : Limoges – Massy
20h30 :Cesson – Strasbourg
20h30 : Dijon – Besançon
Samedi 7 septembre :
20h : Chartres (Starligue) – Valence
20h : Billère – Créteil (Starligue)
20h : Pontault-Combault – Sélestat
20h : Nancy – Nice
20h : Cherbourg – Saran

Antoine Piollat

6 CommentairesPoster un commentaire

  1. Bramse a besel - le 6 septembre 2019 à 12h41

    Salut bisame
    Les guerres de clochers, la perte de partenaires, les problemes d’ entrainement des jeunes.
    Qu’est ce qu’ il faut pas entendre.
    Il y a que les coqs qui entretiennent les guerres, on en fait une soupe et on en parle plus.
    Le pole est a Strasbourg, je vois pas ce que ca change a moins qu’on veuille faire s’entrainer les -11 departrmentqux avec les pros ?
    4 millions dans 4 ans, il faudra etre bien sage avec le pere noel.
    La ou je suis d’accord, c’est les mentalites mais ca arrange bien du monde qu’elles soient ce qu’elles sont.
    Mais bon, s’esch e so…

  2. cochonne - le 6 septembre 2019 à 15h46

    J'ai fait un rêve.
    Hoffmann entré au relais de Meyer pour ce dernier 7m parisien sort une parade monumentale et lance Lenne qui sentant qu'il serait repris par keita renverse pour Richert qui vient crucifier Corrales a la dernière seconde.
    Les 8000 supporters alsaciens parés de rouge et de blanc exultent et chantent "jetzt geht's los, jetzt geht's los" pendant que, Bjarte Myrhol, Rudi Séri, Rassmus lauge, Dika Mem et toute l'équipe communient avec leur public.
    Les co-présidents Bald et Omeyer se congratulent, ils l'ont fait, ils ont permis à l'Alsace de remporter leur premier titre en LSL
    L'an prochain Maik Machulla et ses joueurs disputeront la LDC avec pour objectif le final four et moi j'irais manger une currywurst et boire une bière avec Kieler… enfin si le THW se qualifie.

    • Kieler - le 6 septembre 2019 à 18h23

      Maik Machulla ? Flensburg donc ? Non merci !
      (C'est Filip Jicha notre coach 😉

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