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Comment la France a-t-elle renversé la Norvège ?

Certains pourront bien entendu le nier, mais les supporters confiants avant le début de ce France-Norvège étaient surement bien peu nombreux. Après deux matchs plus que poussifs face à la Serbie, la Norvège semblait être un obstacle trop imposant pour des Bleus en mal de repères. Il n’en a rien été et les coéquipiers du capitaine Guigou ont pris le dessus sur de bien pâles Norvégiens. Mais comment expliquer cela ? Quelles sont les clés du succès français ? Analyse.
UN GARDIEN AU NIVEAU "MONDIAL"
A priori, si vous avez regardé le match hier, ceci n’est pas un scoop pour vous : Wesley Pardin a fait un match énorme, au point d’être élu MVP de la rencontre. 19 arrêts sur 41 tirs reçus, soit une efficacité qui frôle les 50 %, le gardien aixois a livré une prestation XXL, base solide pour construire le succès français.
Au-delà de ces statistiques de base, l’analyse plus poussée de son match permet de récolter quelques enseignements supplémentaires sur la partie du portier bleu. Tout d’abord, la répartition dans le temps de ses arrêts permet de montrer que Wesley Pardin a eu quelques périodes de « chaleur » bienvenues pour son équipe.

Il enchaîne ainsi 3 arrêts en tout début de rencontre puis 4 entre la 14e et la 18e minute. Enfin, en 2e mi-temps, il ferme ses buts du retour des vestiaires jusqu’à la 37e minute (4 arrêts consécutifs) puis au début des 10 dernières minutes (3 arrêts). Chacune de ces 4 périodes d’invincibilité durable correspondent bien entendu avec des temps forts pour l’équipe de France. La dernière permet ainsi aux Bleus de se détacher en infligeant un 4-0 aux Norvégiens (20-22 à 20-26).
Quant à la localisation de ses arrêts, on peut constater à quel point Wesley Pardin a été impérial à longue distance, sur les tirs venant de 9 mètres ou plus loin. Principalement dans le secteur central, il termine à 75 % de réussite (9 arrêts sur 12 tirs subis), en ayant dégoûté notamment Johannessen et Reinkind qui finissent tous les deux à 2/8 aux tirs. Il est également spectaculairement efficace à 6 mètres, dans le secteur central (38 %) et encore plus sur les tirs à droite, hors ailier (75 %) !
Secteur | Arrêts | Tirs cadrés subis | % de réussite |
6MC | 3 | 8 | 38% |
6MD | 3 | 4 | 75% |
6MG | 0 | 5 | 0% |
7M | 0 | 2 | 0% |
9MC | 9 | 12 | 75% |
9MD | 1 | 3 | 33% |
9MG | 1 | 1 | 100% |
AD | 1 | 1 | 100% |
AG | 1 | 4 | 25% |
MAHE ET REMILI EN PATRONS
Joueur | Buts |
dt 7M |
Tirs | Pa. D. | 7m obt. | 2mn obt. | BP | Neutr. réus | 2mn conc. | 7m conc. |
ABALO | 2 | 2 | ||||||||
DESCAT | 4 | 2 | 4 | |||||||
FABREGAS | 2 | 4 | 5 | 1 | ||||||
GUIGOU | 0 | 1 | 1 | 1 | ||||||
KARABATIC | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | |||||
LAGARDE | 0 | 2 | 2 | 1 | 1 | |||||
MAHE | 9 | 3 | 11 | 5 | 1 | 1 | 4 | 1 | 1 | 1 |
MEM | 0 | 4 | 2 | 3 | 2 | 1 | 1 | 2 | 1 | |
NGUESSAN | 4 | 9 | 3 | 1 | 1 | |||||
PORTE | 2 | 2 | 1 | 2 | 1 | |||||
REMILI | 4 | 5 | 7 | 1 | 2 | 1 | 1 | |||
RICHARDSON | 0 | 1 | 1 | |||||||
TOTAL | 28 | 5 | 46 | 22 | 5 | 5 | 10 | 12 | 5 | 4 |
Comme le montre leur feuille de statistiques, Kentin Mahé et Nedim Remili ont été les artisans majeurs offensivement. Meilleur buteur de l’équipe et surtout détonateur en début de match, Kentin Mahé s’est affirmé en meneur sur la rencontre. Il a ainsi également su distribuer le jeu avec 5 passes décisives. S’il a semblé parfois un peu "piocher" et perdre en lucidité durant la rencontre, son retour en grâce vers la 50e minute où il enchaîne, en moins de 5 minutes, 2 buts et une passe décisive, a été plus que précieux.
De son côté, Remili a été utilisé en relais de Dika Mem. Et c’est principalement en 2e mi-temps que le Parisien va faire la différence avec notamment 7 passes décisives, dont 4 entre la 47e et la 52e minute.
A eux deux, Mahé et Remili sont impliqués directement sur 24 des 28 buts français de la soirée. Ainsi, sur presque 9 buts sur 10, l’un des deux était soit dernier passeur, soit buteur, soit avait obtenu le jet de 7 mètres. Impressionnant.
LE PHYSIQUE A FAIT LA DIFFERENCE
La France n’a jamais été menée dans ce match. Pour autant, on ne peut pas dire qu’on sentait, avant la 45e minute, que les Bleus seraient capables de faire la différence. Comme le montre le schéma du score, les Norvégiens ont toujours réussi à revenir après des périodes plus difficiles. C’est donc dans le dernier quart d’heure que les hommes de Guillaume Gille ont fait la différence. Les Bleus, qui se sont donnés sans compter, ont même réussi à pratiquer quelques transitions et montées de balle pour s’offrir des buts plus faciles (6 au total).
Les rotations sur tous les postes (hormis en pivot et très peu en demi-centre) ont permis aux Bleus de conserver de la fraîcheur et ainsi de crucifier dans le dernier quart d’heure des Norvégiens plus touchés physiquement. Ainsi, les entrées aux postes d’ailiers d’Hugo Descat et Valentin Porte ont été couronnées de succès. L’ancien Cristolien a rendu une copie parfaite au tir (4/4 dont 2/2 à 7m), tandis que le capitaine héraultais a, comme presque toujours, été ultra généreux et propre en attaque (2/2 à l’aile).
ON N’OUBLIERA PAS NON PLUS…
Comme souvent, quand le gardien brille, il faut toujours remercier la défense. En l’occurrence, la défense centrale Fabregas-Karabatic a été au rendez-vous. Le prodige barcelonais, au-delà d’une partie courageuse en attaque (2/4), s’est appliqué à soigneusement découper tout Norvégien s’approchant trop près des 9 mètres. Ses 5 neutralisations (le 2e meilleur total derrière Overby), témoignent de l’intensité mise par le Catalan dans sa défense, souvent isolée face à Sagosen ou Johannessen. De son côté, le cadet Karabatic, exclusivement dédié à la défense hier, a également répondu présent, avec notamment quelques contres bien sentis. Il déclarait ainsi à l’issue du match : « On a été performants ce soir [en défense] avec un grand Wesley derrière, on a été capable de l’aider un maximum. On est resté compact, on a été fort dans nos duels, dans l’entraide et c’est la première chose qu’il faut faire quand on est en défense. Ce soir on a réussi à le faire ». Les Bleus ont ainsi pu compter sur une défense centrale sereine et solidaire.
Enfin, nous ne pouvions terminer sans parler de la performance des Norvégiens. L’absence de dernière minute de Christian O’Sullivan a, semble-t-il, fait très mal aux coéquipiers de Sander Sagosen. Sans leur demi-centre, également très bon défenseur, la Norvège s’est beaucoup reposée sur le récent champion d’Europe avec Kiel. Si Sagosen a été très bon (10/15, 8 passes décisives), tout a trop reposé sur lui car les arrières Johannessen et Reinkind ont été mis en échec par la défense française (2/8 chacun). Leur défense centrale a aussi paru parfois un peu lourde face à la vivacité de Kentin Mahé notamment
Dans les buts, Bergerud a été plutôt bon (12/36). Mais contrairement à Wesley Pardin, le gardien Norvégien n’a pas eu de période d’invincibilité remarquable, hormis juste avant la 20e minute. Enfin, il a surtout un peu disparu des radars en 2e mi-temps, au point d’être remplacé par Saeveras pour les dernières minutes.
CONCLUSION : UNE SOLIDE COLONNE VERTEBRALE
La victoire française s'est donc bâtie autour d'un axe solide composé d'un gardien décisif et d'une défense solide. En attaque, les Bleus ont pu compter sur un demi-centre inspiré au tir comme à la passe et sur l'aide de Nedim Remili, qui semble aspirer à de plus amples responsabilités. Ce beau succès français, au cours duquel tous les Bleus ont présenté un beau visage, ne doit pour autant pas faire oublier les limites norvégiennes hier soir. Mais il nous offre le droit de rêver.
Tristan Paloc