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Ludovic Fabregas : « On arrive avec de l’ambition et l’envie de bien faire ».
Au lendemain de la première et large victoire des Bleus au championnat d’Europe 2026, le capitaine des Bleus, Ludovic Fabregas, revient sur ses objectifs, son retour à Barcelone et l’état d’esprit de la sélection nationale. Un échange clair et posé avec le pivot international français.
Personnellement t’es-tu fixé des objectifs pour 2026 ?
Des objectifs je m’en fixe chaque année ou chaque saison. Sportivement, l’envie est toujours de performer au plus haut niveau possible et d’essayer de remporter des trophées, quelle que soit la compétition. Sur le plan personnel, ça va être de profiter, de se faire plaisir et de partager des émotions avec mes coéquipiers, mais aussi avec mes proches et ma famille. Tout simplement être heureux aux côtés des miens.
Après le relatif échec collectif du dernier mondial, quelles sont les ambitions pour le championnat d’Europe ?
Personnellement je ne trouve pas que le dernier mondial était un échec, même relatif. C’est davantage un motif d’espoir. Avec la (re)construction de l’effectif, aller chercher une médaille (3ème place – victoire 34-33 face au Portugal) pour cette nouvelle génération, c’est quelque chose de fondateur, en tout cas j’espère que ça le sera pour nos échéances à venir. Pour ce championnat d’Europe nos ambitions sont très fortes, très élevées. Comme à notre habitude quand on porte le maillot de la sélection nationale nous avons un devoir collectif de résultat permanent. L’objectif est clair : être champion d’Europe. On sait que ce sera très difficile, c’est peut-être la compétition la plus dure. En fonction du déroulement de la compétition on adaptera peut-être nos ambitions, mais l’idée première reste de se battre pour une médaille, avec la volonté d’aller chercher la plus belle.
Si on se replonge dans le passé, tu évolues depuis tes débuts en tant que pivot. Te souviens-tu du jour où tu as disputé ton premier match dans ce rôle ?
Oui, je m’en souviens. Mais ce qui m’a vraiment marqué, c’est mon entrée (à 15 ans) au Pôle Espoirs de Montpellier. Je m’étais présenté comme pivot… alors que je n’avais jamais joué à ce poste ! À Banyuls-sur-Mer (son premier club, dans les Pyrénées-Orientales), j’évoluais plutôt sur la base arrière, arrière gauche ou demi-centre. En faisant les tests du Pôle, je me suis présenté comme pivot, sur les conseils de mon frère, qui m’avait dit que ce serait plus réaliste par rapport aux joueurs de mon âge et mon profil athlétique. Il m’avait alors coaché et entraîné individuellement pour que j’assimile quelques techniques. Au final, j’ai découvert le poste là-bas : je me suis entraîné, j’ai disputé mes premières rencontres comme pivot sans y avoir vraiment joué auparavant. C’est une anecdote qui me fait sourire, et j’en garde de très bons souvenirs.
Quelles sont les qualités essentielles pour évoluer à ce poste ?
Pour moi, il faut accepter d’aider les autres et de réaliser un travail de l’ombre par moments. Il y a des matchs où on peut ne pas toucher le ballon, et d’autres où on peut être énormément servi : ça dépend des adversaires et de ce que le jeu demande. Il faut être patient, travailler, être fort techniquement pour prendre des positions, jouer dos au but - c’est le seul poste où le joueur évolue autant dans cette position - et être capable de se retourner dans différentes situations. Le handball évolue, donc le poste aussi. Il faut être capable de se déplacer à 6 mètres, côté ballon comme à l’opposé. Ça demande une adaptation permanente, et plus le temps passe, plus il faut s’adapter à ce que demande le jeu.
Quels conseils peux-tu donner aux jeunes pour atteindre le haut niveau ?
Pour moi, c’est difficile de donner des conseils. Une partie dépend du travail que l’on fournit - pas seulement dans le handball, mais aussi dans le double projet quand on est jeune, pour s’assurer quelque chose à côté en cas de non-réussite. Quoiqu’il se passe il faut faire preuve d’humilité. On n’est pas les seuls à vouloir vivre de sa passion. Il y a aussi une part de chance, des opportunités qu’il faut savoir saisir. Il y a néanmoins un point essentiel, c’est de prendre du plaisir, de partager, de créer des liens. Ce sont des choses fortes, qui restent et qui accompagnent une carrière. Sur la partie technique et tactique, ce sont les éducateurs et entraîneurs - en club ou en équipes jeunes - qui donnent le meilleur bagage possible pour permettre aux plus jeunes de croire en leurs rêves.
Tu évolues depuis 2021 avec des chaussures Mizuno et cette saison avec la Wave Stealth 6. Que t’apporte ce modèle ?
Mizuno est une marque que j’apprécie énormément. Je joue avec leurs modèles depuis plusieurs saisons et j’en suis très satisfait. La Stealth 6 est une chaussure vraiment top : confortable, légère, technique et réactive. Cette chaussure m’est précieuse sur les changements d’appuis, les prises de position, le changement de distance en défense. C’est une marque de confiance, avec un produit durable, de très grande qualité. Je prends beaucoup de plaisir à jouer avec.
Après deux saisons en Hongrie (2023-2025), pourquoi revenir aujourd’hui à Barcelone ?
Après avoir quitté Veszprém (à l’été 2025), j’ai eu l’opportunité de revenir à Barcelone, et c’est un vrai honneur. À ma connaissance, il n’y a pas beaucoup de joueurs qui ont eu cette possibilité : y jouer, partir, puis revenir. J’ai énormément valorisé ce geste du club. J’avais aussi cette envie interne, et en même temps familiale, de rentrer “à la maison”. Le Barça est un club à part, par ce qu’il représente dans le monde et dans le handball (club le plus titré en Ligue des Champions avec 12 titres – le dernier en 2024). Il y a aussi un cadre de vie dans lequel, avec ma compagne et notre fils, on se sent vraiment épanouis. Il n’y a pas de meilleures conditions pour être performants et heureux au quotidien.
Tu as débuté ta carrière professionnelle à 17 ans. Tu en auras 30 cette année. Te vois-tu encore évoluer sur la durée au plus haut niveau ?
Honnêtement, je ne me fixe pas de limites. J’ai un contrat avec le Barça jusqu’en 2030, donc jusqu’à mes 34 ans environ. Je ne sais pas dans quelle optique je serai à ce moment-là : si je serai capable de continuer ou si je devrai m’arrêter. Aujourd’hui j’essaie de profiter de chaque instant et on verra quelles opportunités se présenteront. J’aimerais finir ma carrière à Barcelone, mais ça dépendra du club et de ma volonté. On verra à l’issue de mon contrat si l’aventure se poursuit ou s’il faudra s’orienter vers autre chose. Mais pour le moment je me sens bien donc ce n’est pas un sujet.