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K. Nyokas : “En paix avec ma décision”

A bientôt trente et un ans (il les aura dans quinze jours), Kevynn Nyokas a donc décidé de mettre un terme à sa carrière de handballeur professionnel. Passé par Paris, Chambéry, Göppingen et Gummersbach, le gaucher aux qualités physiques hors du commun a décidé de dire stop, laché par un corps qui ne l’aura jamais laissé tranquille ces trois dernières années. Pour nous, il revient sur sa décision.

– Qu’est-ce qui a motivé votre décision ?

– Il n’y a pas eu d’élément déclencheur. Ma carrière a été ponctuée de graves blessures et la dernière que j’ai subie en Allemagne a été plus difficile à surmonter que les autres. Aujourd’hui encore, je ne suis pas revenu à mon meilleur niveau et cela fait deux ans et demi, trois ans que je cours après ma forme. Quand je me suis fait opérer, le kiné m’avait dit que je devrais attendre un an pour retrouver le sommet de ma forme. Je n’ai pas cette patience là, dans le sens où ça fait très longtemps que je cours après ma forme. Je ne veux pas aller encore vers un nouveau challenge, une nouvelle préparation qui ressemblerait à une nouvelle traversée du désert.

– Pourtant, vous nous aviez habitués à être combatif et à passer au dessus de ce genre d’obstacles…

– Personne ne doute de la combativité et de l’abnégation que j’ai montrées tout au long de ma carrière. Grâce à ces qualités, je suis revenu cette saison et j’ai fait une saison honorable avec Gummersbach. Ca n’a pas été ma meilleure car, physiquement, même en mettant tout de mon côté, un super staff et des bonnes installations, je n’ai pas pu retrouver mon meilleur niveau. Ce n’est pas une panne d’espoir mais aujourd’hui, d’autres choses se sont présentées dans ma vie, d’autres projets très intéressants et pour moi, c’était le moment d’arrêter.

“Pour moi, ce n’est pas une fin de soi d’arrêter le handball”

– Le faire aussi tôt, cela laisse des regrets ?

– Avec mon frère, on est arrivés très tard dans le sport et j’ai déjà la chance d’avoir vécu une carrière magnifique malgré mes blessures. J’ai été champion d’Europe, champion du monde, j’ai gagné des titres donc non pas de regrets. Surtout que pour moi, ce n’est pas une fin en soi d’arrêter le handball, c’est un choix que j’ai fait en mon âme et conscience. Je suis heureux dans cette peau de jeune retraité, je suis en paix avec ma décision mais je peux comprendre que les gens soient surpris. Je n’ai jamais compté, j’ai donné beaucoup de ma personne et me voir arrêter aussi tôt, ça peut interpeller.

– Que ressentez-vous quand vous voyez qu’Olivier, votre frère, vit actuellement les plus belles heures de sa carrière ?

– Ca rend les choses encore plus belles. Quand moi je m’écarte, mon frère n’a jamais aussi été fort et régulier. Dans n’importe quelle équipe où il a joué, il n’a jamais été aussi important. Je suis fier de mon frère et le voir comme ça rend ma décision plus facile. On vit les choses ensemble. Ma décision ne date pas d’aujourd’hui et pendant deux ans, j’ai couru après tout. D’abord les Jeux, puis le début de la Bundesliga, après la coupe EHF, ça a été une course effrénée depuis 2015. Pour couronner le tout, contractuellement, ça a été compliqué en Allemagne. Il a fallu encaisser certaines choses, on a remis en cause la combativité dont j’ai fait preuve depuis le début de ma carrière.

– Les soucis avec votre club précédent, Göppingen, au moment de votre blessure au genou, ont-ils été un détonateur dans le processus de décision ?

– Oui, complétement. Je ne leur en veux pas, car cela m’a permis de découvrir des nouvelles choses dans ma vie. Auparavant, tout tournait autour du handball mais une fois que j’ai dû me gérer tout seul et que mon club n’a plus pris soin de moi, j’ai vu les choses différemment. J’ai dû ouvrir les yeux sur ce qu’il y avait autour et aujourd’hui, je suis vraiment heureux d’être passé par là.

“Quand le corps ne suit plus, il faut être réaliste”

– S’il fallait retenir trois moments de votre carrière ?

– Le premier serait quand on remporte la coupe de France en 2007 avec le Paris HB, avec Nicolas Claire et Olivier Nyokas. Di Salvo, Mongin, Papat Annonay, ce sont des mecs qui nous ont mis le pied à l’étrier. Ca me rend un peu nostalgique de repenser à ces moments là, ce qui faisait ma force avant n’est plus là. Je savais que quand je rentrais sur un terrain, on ne pouvait pas m’arrêter. Même si j’étais dans un mauvais jour, je n’avais peur de personne. Aujourd’hui, je ne suis plus dans le même état d’esprit, je sais que je n’ai plus les mêmes capacités. Les autres souvenirs marquants sont beaucoup liés à l’équipe de France. Ma première sélection en 2011, forcément, en est un et évidemment le championnat du monde au Qatar en 2015. Je pense que c’est ce que je devais atteindre pour ma carrière, une sorte de but ultime.

– Cette période, entre 2014 et avril 2015, vous la considérez comme votre apogée handballistique ?

– Ce championnat du monde est mon meilleur souvenir, de côtoyer des gens comme Thierry Omeyer et de gagner des trophées avec eux, c’est immense. Parler d’apogée, je ne sais pas. Je sors d’une bonne saison à Chambéry, mes débuts à Göppingen se passent comme dans un rêve. C’est le moment où, mon frère et moi, on se fait un nom en Allemagne. En sept mois, on ne perd quasiment aucun match, je suis sélectionné pour le All-Star Game allemand…Avant de me blesser, je me sentais au mieux de ma santé.

– Vous parliez de projets un peu plus tôt, qu’est-ce qui vous attend dans les semaines qui viennent ?

– Je ne pense pas que ce soit important d’en parler maintenant. Le plus important, c’est que j’ai pris cette décision. Je préfère que ça se passe de cette façon plutôt que mon sport me pousse vers la sortie car je ne pourrais plus suivre. Je sais ce que c’est de donner son corps pour son sport, je sais qu’il faut être à 100% car si tu ne l’es pas… Ce n’est pas dans ma mentalité de faire les choses à moitié, de me forcer à finir la saison parce que j’ai accepté un contrat. J’ai toujours voulu être le meilleur, le leader de mon équipe sur le terrain, tirer mon équipe vers le haut. Aujourd’hui, je n’ai plus les armes physiquement pour le faire. Mentalement, je me sens toujours aussi fort mais quand le corps ne suit plus, il faut être réaliste.

Propos recueillis par Kevin Domas

9 CommentairesPoster un commentaire

  1. KarabaticEnPlusFort - le 13 juin 2017 à 23h21

    Chapeau l’artiste!

  2. Mehdi - le 13 juin 2017 à 23h39

    Bravo monsieur, ûne sortir digne d un champion Et d un mec Avec La tete Sur les épaules chapeau bas 🙂

  3. Zandolizen - le 14 juin 2017 à 00h03

    Super interview ! Quelle belle conclusion même si l’on aurait voulu voir quelques un-contre-un cassage de reins dont il a le secret ;), très lucide, très réfléchi, c’est très appréciable de montrer qu’au delà des muscles et de ses capacités physiques il y a une tête bien faite, merci pour tout Sir Kevin

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