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L’or de Tokyo, meilleure manière de préparer 2024

crédits : FFHB – Icon Sports

Il y a dix jours, l’équipe de France masculine de handball a remporté sa troisième médaille d’or olympique. Un sésame inespéré il y a dix-huit mois, et acquis au prix d’une profonde remise en question. À l’heure du bilan, et à tête reposée, l’optimisme prévaut pour aborder le prochain cycle menant aux Jeux de 2024.

Il faut toujours se garder de construire une histoire téléologique. Lire le passé à l’aune du présent – celui, dans le cas de l’équipe de France masculine de handball, d’un champion olympique – peut conduire à une mauvaise interprétation des derniers mois écoulés. Et pourrait, in fine, mener à une minimisation de la performance des Bleus à Tokyo, habitués que nous sommes à leurs success stories : non, il faut l’avouer, peu d’éléments pouvaient laisser croire à une telle issue il y a dix-huit mois – du point de vue des observateurs extérieurs, bien sûr. Car il faut le rappeler, l’Euro 2020 devait être la compétition qui enclencherait la dynamique de la préparation aux Jeux, la dernière avant le Tournoi de qualification olympique. Et il fallait être alors bien téméraire pour penser que les Français attendraient à nouveau le sommet de l’Olympe.

La remobilisation par le nouveau staff a payé

Guillaume Gille, Erick Mathé, Pierre Sébastien, Sébastien Gauthier (France)

Si la France n’a rien gagné entre le Mondial 2017 et les JO 2021, elle n’avait pas pour autant démérité dans la plupart des compétitions internationales organisées entre ces deux succès, en en atteignant le dernier carré. Mais en janvier 2020, l’Euro en Norvège a été un fiasco. La compétition qui devait être un tremplin pour le Tournoi de qualification olympique a fini en grosse sortie de route. La mesure d’urgence d’alors – se séparer de Didier Dinart et offrir une promotion à Guillaume Gille, désormais accompagné d’Erick Mathé pour coacher les Bleus – avait semblé limitée, mais le report des compétitions a offert du temps au staff. Personne ne se satisfera de la situation et des reports de compétitions, évidemment, mais l’équipe de France a pu profiter de ce temps pour se rétablir mentalement, et se remettre dans un chemin plus positif en vue de l’objectif des Jeux de Tokyo.

Guillaume Gille avec Nedim Remili et Nikola Karabatic (France)

Nous éviterons d’utiliser trop souvent le mot “reconstruction”, déjà employé ad nauseam dans la communication des Bleus. Mais le leadership a évolué. Capitaine début 2020, Cédric Sorhaindo a vu ses rêves olympiques s’envoler. Nikola Karabatic, leader charismatique de l’équipe, est toujours là, mais il a été forcé de prendre du recul sur la dernière compétition mondiale en 2021 pour cause de blessure. D’autres joueurs certes déjà présents ont pu prendre un peu plus de place, en particulier Nedim Remili, très investi dans les temps-morts dits « participatifs » du staff de l’équipe de France. La méthode de co-construction tactique avec les joueurs via le conseil de jeu, soulignée avec emphase lors du championnat du monde égyptien en janvier dernier, n’a rien de révolutionnaire, mais elle a bien porté ses fruits avec ce groupe. Le Mondial 2021 avait apporté de premiers signes encourageants, confirmés de belle manière lors du TQO de Montpellier. Les Bleus sont encore montés en puissance lors de ces JO. Certes, ils ont été battus par la Norvège comme en janvier 2020, mais lors du dernier match de poule et alors que la première place avait été assurée par un large succès contre l’Espagne deux jours plus tôt. Les performances dans le dernier carré contre l’Égypte puis contre le Danemark ont montré que l’équipe de France était bel et bien revenu à son meilleur niveau. Le pari de l’hiver 2020 a été réussi.

L’ossature pour 2024 est déjà là

Dika Mem, Luka Karabatic, Nedim Remili, Hugo Descat (France) / Crédit photo : K. Domas / Panoramic

Philippe Bana, le président de la Fédération, l’a rappelé en fin de compétition : remporter les Jeux à domicile, au stade Pierre-Mauroy de Lille, serait la plus belle chose qui pourrait arriver à l’équipe de France. Préparer 2024 est un des objectifs de longue date de la FFHB, et il semble déjà bien engagé. La médaille acquise valorise le travail des derniers mois, et permet de se projeter au mieux vers les Jeux de 2024. Pour les trois années à venir, le terme “reconstruction” n’est toujours pas adapté, car si les Bleus perdent deux géants en la personne de Luc Abalo et de Michaël Guigou, l’ossature globale est, elle, partie pour durer encore un peu. Plusieurs cadres de l’équipe ont moins de 30 ans : Mem, Fabregas, Tournat, Remili ainsi que Richardson et Lagarde sont déjà bien installés dans le groupe. Descat, Porte, N’Guessan ou encore Mahé devraient, sauf blessure ou baisse de forme, également toujours être là en 2024. Absent aux JO, Elohim Prandi est l’autre récente arrivée dans le groupe et fait lui aussi déjà partie de la rotation. Même Luka Karabatic, qui aura 36 ans en 2024, semble en capacité de rester le chef de la défense des Bleus trois ans de plus. Et pour les ailes, les remplaçants de Guigou et Abalo sont d’ores et déjà prêts : Dylan Nahi sur l’aile gauche (avec Hugo Descat, dernier intégré au groupe), Yanis Lenne ou Benoît Kounkoud à droite, la succession a patiemment attendu mais son heure est désormais venue.

Wesley Pardin (France) / Crédit photo : K. Domas / Panoramic

Des questions restent bien sûr en suspens. Au poste de gardien, Vincent Gérard a apporté de sérieuses garanties lors de cette compétition. La réussite des Bleus à Tokyo doit beaucoup à ses performances. Wesley Pardin sera, on l’espère pour lui, de retour de blessure et pourrait s’installer dans les cages ; à voir si Gérard continuera de former la paire avec lui (il aura 37 ans en 2024), tandis que la présence de Yann Genty en 2024 paraît bien moins probable (il aura 42 ans). Nikola Karabatic aura 40 ans à la prochaine olympiade, mais ses ressources pour revenir d’une rupture des ligaments croisés à un très haut niveau à 36 ans rappellent qu’il est bien un joueur hors normes. Le voir tenter de briguer une quatrième médaille d’or olympique en 2024 est, pour lui, de l’ordre du possible. L’intégration probable du demi-centre de métier Aymeric Minne, présent lors des derniers stages de l’équipe de France, pourrait d’ici là apporter une solution supplémentaire pour l’animation du jeu. Pas de “reconstruction”, donc, mais quelques petits chantiers pour maintenir un haut niveau de performance en équipe de France. Elle est peut-être là, finalement, la principale réussite du staff de Guillaume Gille, quand on fait le bilan de son histoire à la tête des Bleus : en plus de réussir les échéances arrivant dans l’immédiat, celles du futur n’ont pas non plus été totalement oubliées.

Mickaël Georgeault

39 CommentairesPoster un commentaire

  1. ivano - le 17 août 2021 à 09h09

    NK a actuellement 37 ans. Donc aux prochaines olympiades de 2024 il en aura 40

  2. Danibar42 - le 17 août 2021 à 09h47

    Un nom oublié dans l'article, celui de Prandi comme artilleur côté gauche . Faut dire qu'il doit être "invisible" pour plus d'un car il ne faisait pas partie de la sélection olympique de Tokyo à mon grand regret.
    Une attente pour 2024 : l'émergence d'un jeune gardien ( ou deux) de top niveau et d' un tireur de 7 m supplémentaire.

    • jpf_hb - le 17 août 2021 à 10h03

      Clairement Prandi est le grand oublié de cet article, pour moi il ne faudra pas compter sur un NK de 40 ans en 2024 (et non 38 comme le dit l'article, mais outre l'âge il n'a pas été épargné par les blessures) mais bien sur Prandi et Minne.
      En gardien, j'espère que Gérard ne fera pas la compétition de trop et s'arrêtera également avant les JO 2024 pour laisser la place à un duo Pardin-Desbonnet

      Il serait bien que Karabatic, Gérard et Genty (et d'autres qu'on a déjà moins vu ces derniers temps – Claire, Dipanda notamment) arrêtent après l'euro 2022 pour laisser tout le reste de l'année de 2022,2023 et 2024 à la préparation des JO

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