EDF
Où en est la formation des jeunes ?

Entre professionnalisation précoce, double projet et nouveaux modèles de détection, la formation des jeunes handballeurs est à un tournant. Éclairage.
Si la Proligue fait office d'anti-chambre pour les jeunes joueurs qui sortent de centres de formations, ils peinent un peu plus à s'imposer et trouver du temps de jeu en Starligue. Et pour cause.
Nous l’avons bien vu lors du dernier Tiby en mars dernier, les jeunes Bleus ont encore du pain sur la planche pour espérer rivaliser avec les autres nations dominantes en catégories jeunes. Mais alors, comment expliquer ces retards et quelles solutions apporter pour faire briller la formation française ?
Des jeunes talents français qui peinent à trouver leur place
En 2025/2026, sur 267 joueurs évoluant dans les 16 clubs du championnat de France, on compte 43 % de joueurs étrangers (120). Espagnols, Danois, Norvégiens, Suédois, Portugais, mais aussi Serbes, Argentins ou Brésiliens, la Starligue est un véritable melting-pot de nationalité. Là où les plus positifs y verraient certainement une preuve d’attractivité du championnat, les plus tatillons d’entre nous pourraient parler d’un manque de place pour les jeunes pépites et d’une simple rampe de lancement pour ces joueurs qui, à terme, quitteraient le championnat.
Avec près d’un joueur sur deux d’origine étrangère, les jeunes pousses restent souvent dans l’ombre, attendant une blessure pour espérer gratter une feuille de match ou deux pour les plus chanceux. Le reste du temps, ces joueurs oscillent entre la Nationale 1 Fédérale (Paris, Tremblay et Saran) et la Nationale 2 (Limoges, Cesson ou Dunkerque).
Une fois sortis de centres, très peu d’entre eux signent un contrat professionnel et encore moins dans un club de Starligue. Et les chiffres le montrent.
Bien que les contrats en temps partiel restent minoritaires, on constate bien une évolution entre les contrats pros en D1 et en D2. En 5 ans, le nombre de contrats pros D1 est passé de 17 à 5. À l’inverse, pour les contrats en D2, on passe de 10 à 17, alors même qu’on forme de plus en plus de joueurs (60 en 2021, contre 67 en 2025).
« Il faut faire attention à ces chiffres, car nous sommes sur des touts petits effectifs, donc le moindre changement fait bouger les chiffres. Pour ce qui est du nombre de jeunes en Proligue, c’est assez simple à comprendre. Ces derniers ont tout simplement accès à plus de temps de jeu à ce niveau-là, et souvent tôt, en sortie de centre de formation, ce qui leur amène aussi plus de responsabilités. » (Jacky Bertholet — responsable de la filière masculine FFHB)
Également interrogé sur le peu de joueurs en Starligue, là encore, il y a une explication : « En Starligue, ça devient plus complexe, notamment parce qu’on a un championnat plus relevé, plus attractif et donc plus concurrentiel. Ajoutez à cela des clubs qui jouent l’Europe (Ligue des Champions et Ligue Européenne) donc tout cela bloque un peu le système. Enfin, vous avez des joueurs qui sont professionnels de plus en plus longtemps, ce qui bloque encore un peu plus l’accès des jeunes ».
Toujours sur le même nombre de joueurs (60 en 2021 contre 67 en 2025), la baisse est bien visible : 36 jeunes étaient encore pros à N+1 en 2021, contre 28 en 2025. À l’inverse, 24 jeunes ne l’étaient plus en 2021, contre 39 en 2025.
On observe donc moins d’opportunités au plus haut niveau, puisque seuls quelques joueurs parviennent à signer en Starligue, et ceux qui parviennent malgré tout à signer n’ont plus de contrats pros un an après. Sur les dernières saisons, on peut souligner quelques signatures comme Wallem Konrad Peleka au PSG, Eliott Desblancs et Mouhamadou Sidibé au PAUC, Téo Jarry au FENIX ou encore Emilien Peyronnet à Chambéry.
La filière de formation en plein doute
Les derniers résultats des équipes jeunes, masculines comme féminines, si elles ne permettent pas de tirer la sonnette d’alarme, posent de nombreuses questions dans les instances.
S’il y a toute une histoire de la formation, héritée des grands noms du handball français, comme Daniel Constantini, comme le dit Jacky Bertholet, « les derniers résultats des EDF seniors et jeunes, même s’il y a encore de très bons résultats, nous obligent à nous interroger sur notre formation, et ce, en permanence ». De son propre aveu, la FFHB est « dans une phase de questionnement, afin de savoir si notre regard sur la détection de jeunes talents correspond toujours aux besoins de l’avenir du handball français, si notre organisation structurelle est toujours adaptée à la formation des jeunes joueurs, si les contenus et les volumes d’entraînements proposés sont toujours cohérents par rapport à notre objectif de renouveler les élites de l’EDF, mais aussi de continuer d’alimenter le secteur pro en bons joueurs à tous les postes. »
Des questionnements, les instances du handball français semblent s’en poser sur de nombreux aspects de la formation, mais n’ont, pour l’instant, pas l’ambition de tout chambouler non plus, mais bien
« d’identifier ce qui fonctionne encore, qui doit rester dans le socle et ce qu’il faut absolument faire évoluer, et ce, dans tous les champs de la performance, y compris, celui de la performance mentale. »
Selon le responsable, la filière de formation des jeunes talents est actuellement « en phase de transition, en espérant assez vite faire évoluer certains curseurs qui nous semblent essentiels, que ce soit dans nos entraînements, notre relation aux entraînés, dans les niveaux de jeu proposés, l’individualisation un peu plus forte des parcours pour les meilleurs ». Des ébauches sont actuellement à l’étude, mais pour l’heure, rien de concret.
Rattraper son retard sur les autres pays
Si l’on prend uniquement les résultats des dernières années, dans les compétitions jeunes, les équipes masculines et féminines, par rapport à des nations comme le Danemark, la Norvège ou encore l’Espagne, il y a un retard, que reconnaît Jacky Bertholet. Cependant, ce dernier ne souhaite pas voir le verre à moitié vide : « Ce n’est pas le même contexte, déjà ce n’est pas la même histoire, pas la même densité, pas la même structuration, pas les mêmes écoles. En France, ce qui fait le point fort de notre handball, ce sont les approches, avec un grand S. On sait très bien que la culture du Sud, n’est pas celle du Nord, ni celle des territoires ultra-marins ou encore celle en Île-de-France. On peut le retrouver un peu en Espagne, mais pas au Danemark et donc il faut toujours faire des comparaisons et aller chercher des idées, éclairer des réflexions. Il faut le remettre dans un contexte. Oui, on peut penser ça, qu’il y a un retard en se basant uniquement sur les résultats, mais il faut aussi que l’on regarde quels atouts on a, sur quoi on peut s’appuyer pour reprendre un coup d’avance. »
Dix années de disette ?
Dans un article paru dans Ouest-France, Sylvain Nouet, ancien adjoint de Claude Onesta, expliquait que « l’Équipe de France allait vivre 10 années de disette ». Selon lui, « des choses n’ont pas été anticipées. On est en train de vivre comme un navire qui met du temps à s’arrêter. Il a été lancé à pleine vitesse, puis on a éteint les machines. On continue, bon an, mal an, à avoir des résultats, à figurer mais je pense qu’assez rapidement, cela va s’arrêter. »
Une alerte qui inquiète tout de même la FFHB : « Oui, cette menace de disette fait réfléchir. On peut avoir peur des 10 ans qui viennent, mais attention, vous évoquez les résultats, plus que les résultats, c’est surtout le nombre de jeunes talents qu’on peut voir émerger qui inquiète. Hormis 2013/2017 où les jeunes ont pris beaucoup de médailles, avant ça, pas beaucoup de médailles. Depuis 1992, 20 ans sans médailles ou presque. Donc il ne faut pas prendre en référence les résultats. Aujourd’hui, c’est l’émergence de jeunes talents qui pose problème. Les jeunes talents, je ne parle pas que des joueurs de 15/16/17 ans, mais bien des jeunes de 21/22/23/24 ans. Ces joueurs-là, on ne les a pas. Donc oui, ça peut durer une dizaine d’années, il faudrait que notre système, l’évolution de notre système, puisse faire émerger des jeunes dominants, donc c’est le chemin sur lequel nous allons évoluer. Effectivement, les 10 ans qui vont venir risquent d’être un petit peu compliqués », détaille Jacky Bertholet, sans langue de bois.
L’avenir, ce sont les jeunes, mais quelle place et quel rôle auront-ils à jouer dans les prochaines années ? Avec un accès à l’élite de plus en plus fermé, de nombreux éléments vont être amenés à changer. Le monde du handball français risque de connaître de grands bouleversements.
Théo Alleaume