Perdu de vue

A la rencontre d’Heykel Megannem

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Pendant de nombreuses années, le demi centre tunisien Heykel Megannem a éclairé le championnat de France par sa classe et ses qualités techniques. Nous sommes allé à la rencontre du métronome tunisien disparu des parquets français depuis 2013 pour savoir ce qu’il est devenu.

HandNews: Bonjour Heykel, que deviens tu depuis ton départ de France ?
Heykel Megannem: Bonjour à tous, j’ ai quitté la France en mars 2013 pour le Qatar où j’ai joué pour le club de Lekhwiya avec qui j’ai gagné le championnat en 2013. J’ai ensuite joué avec le club d’El Jaish avec qui j’ai remporté la Champions League Asiatique en 2014.

HN: Es tu encore joueur à ce jour ?
H.M: J’ ai arrêté de jouer en janvier 2015 mais je n’ai pas encore annoncé la fin de ma carrière.

HN: Tu es arrivé en France et plus particulièrement à Sélestat en 2002. Quel fut ton parcours avant et après ?
H.M: Avant mon arrivée à Sélestat j’ ai joué dans deux clubs. Mon club formateur, Moknine, et le club de l’Espérance de Tunis. L’expérience à Sélestat restera le meilleur souvenir de mon passage en France, surtout humainement. Ce fut également mes débuts en tant que joueur professionnel.
Mais franchement, sur ces onze années passées en France, ,je ne regrette rien et j’ai gardé de très bonnes relations avec tous les clubs dont j’ai porté le maillot.

Je préfère être un leader dans une équipe ambitieuse que remplaçant dans un grand club.

HN: Tu es resté deux ans à Montpellier où tu as remporté cinq trophées. Pourquoi n’es tu pas resté plus longtemps dans l’Hérault ?
H.M: Avec l’arrivée de Nikola Karabatic à Montpellier, mon rôle dans l’équipe allait certainement changer, j’aurais eu un second rôle et peut être que j’aurais été amené à jouer 10-15 minutes par match, ce qui ne correspondait pas à mes ambitions. Je préfère être un leader dans une équipe ambitieuse que remplaçant dans un grand club.
D’ailleurs avec Saint Raphaël on a passé quatre années magnifiques sur le plan sportif et humain. Et je suis très fier d’avoir participé à la progression du club jusqu’à la troisième place du championnat, à la participation à deux finales de coupe de la Ligue et à un quart de finale de coupe d’Europe.

HN: Pourquoi es tu parti au Qatar ?
H.M: Je suis parti de France à 36 ans et après 11 années en D1, j’avais tout vu et je n’avait plus les mêmes ambitions qu’avant. J’étais certain que le Qatar allait m’offrir d’autres ouvertures pour bien préparer ma reconversion.

Le PSG doit aussi investir sur la formation

HN: Le PSG a des moyens colossaux mais n’arrive pas à écraser la concurrence en France et en Europe. Quelle en est la raison pour toi ?
H.M: Aujourd’hui avoir des moyens est nécessaire pour jouer les premiers rôles en France et en Europe mais l’argent ne fait pas tout. Il faut aussi une identité et une culture pour jouer les premiers rôles. L’équipe a été construite en urgence avec le recrutement des bons joueurs mais qui viennent d’horizons différents. Aujourd’hui, la stratégie est de recruter les meilleurs français et ça me semble plus judicieux mais l’équipe commence à être vieillissante avec Omeyer, Narcisse, Vori, Dugi…
Le PSG doit aussi investir sur la formation et peut être commencer à recruter les meilleurs jeunes d’Europe à haut potentiel. Il doivent prendre certains risques et miser sur des talents prometteurs qui évolueront au sein du club et auront un vrai sentiment d’appartenance et de reconnaissance vis à vis du club.

HN: La Tunisie a connu une génération de joueurs exceptionnels (Ben Aziza , Ayed , Hmam, Tej et toi entre autres). Pourquoi les résultats n’ont pas été à la hauteur du potentiel de cette équipe ?
H.M: C’ est vrai qu’on a eu une génération dorée avec laquelle on a réalisé des exploits, mais pour durer il aurait fallu:
– que la Fédération soit plus structurée pour le haut niveau et promouvoir plus le hand en Tunisie pour bien préparer l avenir après 2005,
– que les joueurs soit plus responsables et plus exigeants car nous n’avons la culture du très haut niveau comme la France, l’Espagne, le Danemark…

Haykel Megannem

HN: Sylvain Nouet vient de reprendre la sélection tunisienne. Selon toi que devra t-il modifier ?
H.M: Il faut qu’il ramène la culture du travail avant tout, mais surtout une vision d’un projet de jeu qui doit être pratiqué dans toutes les différentes équipes nationales. Pas forcément le même projet que la France mais un projet adapté aux Tunisiens.
D ailleurs, nous n’avons absolument pas les qualités de joueurs comme Karabatic, Abalo ou Narcisse pour appliquer le même projet de jeu que la France.
Il faut également qu’il forme des entraîneurs capables de prendre en main la sélection un jour et avoir des adjoints qui ont un premier rôle avec les sélections jeunes et non pas des adjoints qui collectent des stats sur le banc. Mais il lui faudra aussi des moyens pour atteindre ses objectifs, chose très compliquée aujourd’hui.

HN: Ne sera t-il pas attendu comme le messie ?
H.M: C’est normal que tout le monde attende de lui qu’il révolutionne le handball tunisien vu son parcours, mais c’est le rôle de la fédération de développer le hand et de le promouvoir. Et surtout lui donner le meilleur cadre de travail possible.

Pourquoi ne pas avoir l’objectif d’être dans le top 5 mondial dans quatre ans ?

HN: Que faudrait il à la sélection nationale tunisienne pour se rapprocher du Top 5 mondial ?
Aujourd’hui, on est loin de top 5 mondial. Nous n’avons ni l’équipe, ni la structure. Mais pourquoi ne pas avoir l’objectif d’y être dans quatre ans et surtout d’y rester le plus longtemps possible ?

HN: Qui sera le futur patron sur le terrain ?
H.M: Avec la retraite de Wissem (Hmam) et d’Issam (Tej), il n’y a plus de vrai patron sur le terrain mais ça peut être compensé par un collectif fort et un coach qui maîtrise tout. Il faut aussi miser sur un joueur qui a du potentiel et l’aider à devenir un patron sur le terrain et l’accompagner, ce qui est le rôle de l’entraîneur et des dirigeants.

HN: Pourquoi la nouvelle génération tunisienne composée de Toumi, Boughanmi, Chouiref et Jallouz a t’elle mal à s’imposer en Europe ?
H.M: Cette génération a beaucoup de potentiel sportif, mais ils ne sont pas forts mentalement. Pour durer dans un championnat européen, il faut un mental d’acier et franchir tous les obstacles sans se chercher des excuses.

HN: Un mot pour finir ?
H.M: La France m’a appris beaucoup de choses et ma carrière je la dois à mon passage en France. Mais surtout j’ai gardé des relations pour la vie a Séléstat, Nîmes, Montpellier et Saint Raphaël. Enfin, je souhaite une bonne chance à Sylvain (Nouet) dans sa nouvelle mission avec la Tunisie .

Interview réalisée par Christophe Corion

HandNews & CasalHand

1 CommentairePoster un commentaire

  1. cousin hugo - le 5 mai 2015 à 22h10

    Quel joueur et quel homme ! En plus d'être un patron il avait le don de bonifier ses coéquipiers. Un réel plaisir de le côtoyer sur et en dehors des terrains.

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