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Nantes-Montpellier, Rock Feliho : “On a arrêté d’avoir peur d’eux”

Derrière le mastodonte parisien qui a (presque) tout gagné depuis 2012, une saine rivalité s’est développée entre ses deux plus proches concurrents : Nantes et Montpellier. Avant que le choc n’ait lieu ce dimanche, pour le compte de la 3e journée de championnat, revenons, en quelques dates fondatrices et avec un invité de renom, sur les événements qui ont forgé l’histoire des duels entre le H et le MHB.

Depuis l’accession de Nantes en première division en 2008, le club de Gaël Pelletier a croisé le fer 25 fois avec Montpellier en championnat. Le bilan est nettement à l’avantage du MHB : 15 victoires héraultaises, 4 matchs nuls et 6 défaites. Pour autant, cette statistique est un peu trompeuse car elle comprend les 7 premières confrontations entre 2008 et 2011, entre un MAHB surarmé et un H encore léger. A compter de 2012, le bilan s’est rééquilibré et les duels entre Nantes et Montpellier ont pris une toute autre saveur.

Il nous fallait donc une autre approche que les chiffres pour mieux saisir tout le sel de ces duels. Une sorte de voyage dans le temps. Encore nous fallait-il trouver un guide compétent. L’homme de la situation s’est révélé naturellement et n’importe qui serait rassuré de voyager en sa compagnie. C’est donc avec Rock Feliho, jeune retraité des terrains, que nous allons parcourir l’histoire des Nantes-Montpellier. Entre ses cours de Master en Management à la prestigieuse EM Lyon et sa future prise de poste dans l’administration du HBC Nantes, Rock a pris un peu de temps pour nous. Il s’est gentiment rendu disponible pour revivre avec nous, et avec passion, ces quelques matchs qui ont marqué sa carrière, sa vie et nos mémoires de supporters.

28 mars 2012 | Nantes 29 – Montpellier 29 : Nantes peut le faire

Pour la première fois en 8 confrontations, le HBC Nantes ne s’incline pas face à l’ogre montpelliérain. Emmenés (déjà) par Valero Rivera, auteur de 9 buts, ainsi que par les anciens Montpelliérains Frédéric Dole (6/6) et Marouène Maggaiez (8 arrêts), les Nantais réussissent à accrocher Montpellier. Pour relativiser un peu la performance, les hommes de Patrice Canayer viennent de se faire éliminer 3 jours plus tôt de la Ligue des Champions, s’inclinant très lourdement à Barcelone (36-20). C’est donc groggys qu’ils débarquent en Loire-Atlantique, dans un match sans trop d’enjeu puisqu’ils voguent tranquillement vers le titre de champion. Toujours est-il que ce premier match sans défaite marque finalement le début d’une période où le H va commencer à regarder dans les yeux son ancien bourreau montpelliérain.

De son côté, Rock garde un souvenir plutôt frustrant de ce premier match nul : « On n’aurait jamais dû faire match nul ! On a mené tout le match. C’était une déception. On aurait dû les battre, on menait au moins de 3 buts et on craque, tu peux vérifier mais je me souviens assez bien des matchs [NDLR : c’est vrai !! Le H mène de 5 buts à 10 minutes de la fin]. On commençait à vouloir plus que leur tenir tête car on faisait des bonnes performances depuis quelques temps. Il faut bien comprendre qu’à l’époque Montpellier c’était le plus grand club français, on avait énormément de respect pour eux et on cherchait à s’en inspirer. »

En effet, le H valide les promesses entrevues lors de ses premières saisons dans l’élite. Après une 5e place en 2011 puis une 4e place en 2012, l’équipe de Thierry Anti continue sa progression, atteint même une finale européenne en 2013 et se stabilise au pied du podium de Starligue. Dans le même temps, Montpellier rencontre ses déboires extra-sportifs connus de tous. L’écart se resserre et les matchs se tendent. Mais Nantes ne gagne toujours pas.

11 novembre 2015 | Montpellier 0 – Nantes 20 : Une première au goût amer

Après 14 matchs sans victoire face à Montpellier, Nantes tient enfin sa première… sur tapis vert ! Pas forcément la page la plus glorieuse de l’histoire des deux clubs et du championnat français, mais c’est ainsi. Pour une erreur d’inscription d’un joueur montpelliérain sur la feuille de match [NDLR : Allahkaram Esteki], Nantes porte réclamation et, après de longues semaines où le terrain de jeu devint judiciaire, la décision est finalement entérinée : Nantes s’impose sur tapis vert 20-0.

Cet événement ne doit pas faire oublier le scénario, totalement fou, d’un match qui avait bien été joué jusqu’au bout. Nettement devant à la mi-temps, les Nantais s’étaient fait rattraper dans les derniers instants, sur une réalisation de Dragan Gajic (28-28).

Rock n’est pas surpris qu’on lui évoque ce match : « Oui forcément ! C’est vrai qu’on ne les avait jamais battus et les battre sur tapis vert, c’est un peu spécial. Bon, mais effectivement, ils avaient fait une erreur avec Toumi et Esteki qui en plus avait marqué [NDLR : c’est toujours vrai, regardez le résumé]. Sur le match en lui-même, c’était vraiment bizarre. On menait largement à la mi-temps puis on craque un peu avec des décisions arbitrales assez louches sur la fin. C’était frustrant. »

Au retour, en février, les deux équipes s’étaient retrouvées et le H avait alors nettement dominé sur le terrain les Montpelliérains. Avec 10 buts de Rivera et 15 arrêts de Skof, Nantes avait même infligé une petite correction à ses visiteurs (29-22). Nouvelle ère ? Rock exulte : « C’était vraiment fou !! Skof avait été énorme. On les avait pris à la reprise et on avait vraiment bien bossé pendant la trève. On était un peu en galère sur la première partie de saison [NDLR : mauvais départ en septembre-octobre mais 3e place à l’arrivée] et on avait recruté Sime Ivic à l’intersaison qui fait un beau match. Je me souviens, j’avais défendu avec Uros Bundalo car Nico Tournat était blessé. Franchement, c’est une de nos plus belles victoires, bien comme il faut. Ça avait servi un peu de déclic car jusqu’ici, on progressait, on était là face à eux, mais on n’arrivait pas à concrétiser, un peu comme à l’aller. »

27 mai 2017 | Montpellier 32 – Nantes 37 : Triomphe du peuple violet à Bercy

C’est Rock qui évoque ce match spontanément : « Tu bats Montpellier à Bercy. Titre incroyable, inoubliable, historique ! Quand on parle de peuple violet aujourd’hui, je peux te dire que pour ce match-là, le terme avait pris tout son sens. Il y avait eu des trains entiers pour venir à Paris et puis derrière les buts à Bercy, c’était un mur violet ! C’est clairement un élément fondateur. Un moment exceptionnel. C’est une finale contre Montpellier qui conclut une année exceptionnelle. Les trains, c’était fou ! Et puis la fête derrière… »

Et Rock d’ajouter, sur cet exercice 2016-2017 pour le H : « Cette saison-là, un peu plus tôt, on les avait battus pour la première fois à Bougnol [NDLR : 25-26 le 15 décembre 2016]. Ce succès nous avait clairement fait du bien. Je me souviens d’Olivier Nyokas, Nico Claire… A partir de ce moment-là, on a vraiment arrêté d’avoir peur d’eux et on s’est mis à les affronter d’égal à égal, à la même hauteur. Même au niveau de l’arbitrage, où avant, tu savais qu’à Bougnol ça pouvait être compliqué, là on sentait que tout ça c’était fini. Et c’était super fort psychologiquement. Car pendant tellement longtemps, Montpellier c’était LE club le plus fort de France. On est obligé d’avoir du respect pour ce club historique. On avait l’ambition de leur ressembler et aujourd’hui je crois qu’on s’est affranchi de ça. C’est vraiment une réussite. » De là à devenir la bête noire du MHB ? « Non on ne peut pas dire « bête noire », surtout qu’ils ont eu la Ligue des Champions… ».

27 mai 2018 | Nantes 26 – Montpellier 32 : Duel sur le toit de l’Europe

Nul besoin de longs discours pour rappeler ce match historique. Dans un parcours héroïque où, sortant des poules basses, le MHB élimine successivement Barcelone, Flensburg puis le Vardar Skopje tenant du titre, les Héraultais retrouvent leurs rivaux de Nantes qui ont réalisé l’exploit de sortir le PSG en demi-finale, dans un autre match qui a marqué l’histoire. Malgré la perte in extremis du titre national quelques jours plus tôt, les coéquipiers de Michaël Guigou prennent le dessus sur ceux de Rock Feliho dans une finale d’anthologie (26-32).

Rock ne cache pas sa douleur face à ce mauvais souvenir : « ça fait toujours mal, forcément. Surtout qu’on était dans une saison, où en termes d’effectif on ne pouvait plus dire que Montpellier était mieux armé que nous, là on était vraiment à 50-50. Je l’ai revu, ce match, parce qu’il le fallait… C’est douloureux car je me souviens de faits de match pas en notre faveur. J’entends souvent dire qu’ils nous ont eu à l’expérience, peut-être. Mais par exemple, la blessure de Romain [NDLR : LAGARDE] qui avait pris le dessus alors que Vincent Gérard était en chaleur. Je me souviens aussi d’une balle d’égalisation en 2e mi-temps que Klein met au fond, mais le but nous est refusé pour un refus de jeu. J’ai recompté le nombre de passes et franchement, il y était ce but !!!  Il nous a fait mal ce match… si proche, si loin. »

5 juin 2021 | Nantes 36 – Montpellier 26 : Feu d’artifice final

Pour la 5e date, on aurait pu penser aux deux dernier déplacements nantais dans l’Hérault. En décembre 2019, le H s’impose d’un but (28-29) à Bougnol et gâche les fêtes à Montpellier, la faute notamment à Emil Nielsen impressionnant ce soir-là (11 arrêts). On aurait pu également parler du match nul de la saison dernière où Thibaud Briet (6 buts) et la jeune troupe du H avait résisté malgré un effectif décimé (27-27). Rock Feliho a choisi un autre match : « c’est vrai que sur ces matchs-là, on fait clairement des grosses performances. Mais pour moi c’est plus la concrétisation de toutes les années du passé. Tu vois, c’est la preuve qu’on a réussi à se mettre vraiment à leur niveau, qu’il n’y a plus de blocage psychologique. Même avec des absents, même diminués, on est en capacité de les battre chez eux. »

Alors forcément, Rock a choisi son dernier match en championnat. Sans enjeu, le H avait passé une fessée aux Héraultais (36-26) avant de s’envoler pour Cologne. « C’est vraiment symbolique. Finir ma carrière sur une telle victoire face à Montpellier, leur mettre une petite « raclée », c’était vraiment plaisant. D’autant plus que je me souviens très bien de celles qu’ils nous ont mises. Par exemple, un match de coupe de l’EHF où, à la mi-temps Titi Omeyer doit déjà presque être à 15 arrêts [NDLR : 33-24 en quart de finale de la Coupe EHF 2013-2014]. Du coup, pour moi c’était vraiment une marque de tout le chemin parcouru et de tous les progrès qu’on a pu réaliser. C’était un petit clin d’œil pour les supporters et un beau symbole pour moi ».

 

26 septembre 2021 | ??

C’est cette fois-ci Montpellier qui se présentera face à Nantes très affaibli. Sans ses champions olympiques Valentin Porte et Hugo Descat, mais également sans Duarte et Moscariello, que peut faire l’équipe de Patrice Canayer à Nantes ? Difficile de le savoir, d’autant que Nantes a présenté un état de forme disparate sur ses 2 premiers matchs de championnat. Espérons que le match de ce dimanche vienne alimenter la belle histoire entre les deux clubs et qu’on trouvera un guide aussi compétent et attachant que Rock Feliho pour nous raconter les prochains… Bon match à tous.

 

Tristan Paloc

3 CommentairesPoster un commentaire

  1. Sasori9 - le 25 septembre 2021 à 15h37

    La défaite de la finale de LdC face à MAHB, c'est du aux joueurs Nantais eux meme le fautif : Ils ont trop fait la fête contre PSG en demi. j'ai vu les photos de H sur facebook : champagne, bière, une danse…. dans le vestiaire…. A ce moment la, j'ai compris que c'est fini pour le H. On ne peut pas faire la fete juste pour passer en final dans le vestiaire avec des boissons à la volonté. C'est de gagner la coupe qu'on fait la fete, pas avant !!!! Et encore moins en demi…
    Les Joueurs de Bougnol ont été sérieux, ils ont joué, ils ont battu Vardar et ils rentrent au vestiaire tranquille en restant humble et le lendemain, ils sont prêt à détruire Nantes. Voila la différence !

  2. Akwel44 - le 25 septembre 2021 à 18h22

    Ridicule… j’étais à Cologne et à la mairie de Nantes en rentrant avec les joueurs professionnels du H. Ce qui a coûte la victoire, c’est d’avoir tout donné le samedi pour battre Paris. Jusqu’à la dernière minutes, ce sont les mêmes joueurs qui ont fait la victoire et le lendemain ils étaient cuits d’avoir tout donner sans compter la blessure de Lagarde Ui bmoque les rotations. Qui peut croire qu’une équipe dirigé par Anti et avec lazarov, Klein et Felhio se comporterait comme ca ?

  3. Mehdi - le 30 septembre 2021 à 23h08

    Pas mal les clubs français en coupe d Europe 😉

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