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Valérie Nicolas : “Brest a l’avantage sur Metz”

Valérie NICOLAS

Alors que les compétitions européennes s’approchent des finalités, Eurosport a décidé de compléter son équipe handball. Ancienne gardienne de l’Equipe de France et vainqueur de la Ligue des Champions, Valérie Nicolas a rejoint le navire Discovery. La championne du monde 2003, qui sera aux commentaires dès ce week-end, nous a livré ses impressions sur la saison en cours.

Elle sera donc la nouvelle voix qui accompagnera le handball féminin sur Eurosport. Valérie Nicolas prendra place dans la cabine commentateur dès ce week-end pour faire vivre notamment le quart de finale franco-français entre Metz et Brest. Sous le beau temps de ce début avril, l’ancienne joueuse vainqueur de la Ligue des Champions et Championne du Monde entre autres, a profité de l’avant-match pour donner son ressenti sur l’année du handball féminin dans son ensemble.

Handnews : Bonjour Valérie Nicolas, tout d’abord qu’est-ce qui vous a motivé dans l’aventure Eurosport ?

Valérie Nicolas : Bonjour ! Eh bien déjà parce qu’ils me l’ont proposé comme ils ont obtenu les droits des Coupes d’Europe. Et c’est vrai que pour avoir joué et gagné, c’est un objectif top à préparer, surtout pour chaque entraineur, c’est un moment fort. En France, on vise souvent les quarts, demies, sans forcément l’ambition de les gagner. Maintenant, quelques équipes ont déjà gagné des Coupes, plutôt celles du bas, mais si on pouvait gagner celle du haut ça serait bien. Avec Brest et Metz, la France a des représentants bien placés. Les Coupes d’Europe c’est également le moment où on retrouve les meilleures joueuses avec de belles confrontations. Donc vraiment un niveau encore supérieur à celui des championnats nationaux.

HN : L’un de vos premiers matchs sera le quart entre Brest et Metz (match aller dimanche à 16h à Brest), quel est votre ressenti sur cette affiche ?

V.N. : Ça m’emmerde quelque part, parce que ça veut dire que les deux ne seront pas en demi-finale donc on va forcément en perdre un… Mais il y en aura forcément un au Final4 donc aussi contente. Si les deux avaient pu atteindre le Final4, ça m’aurait plus plu. Donc finalement un sentiment partagé. Après ça veut surtout dire que le niveau des clubs français en Ligue des Champions est bien réel avec 2 clubs. Je trouve que c’est costaud parce que c’est LA compétition suprême et qu’on y retrouve les meilleurs et les meilleures joueuses de chaque clubs. Ça reste malgré tout une belle affiche franco-française avec un heureux et un déçu. Moi qui suis neutre, de manière optimiste, il y aura un club français au Final4.

HN : Celui qui l’emportera aura une chance de soulever le trophée ?

V.N. : Comme d’habitude, il y a du lourd avec Gyor, Rostov, mais aussi le CSKA ou Bucarest. Mais le Final4 c’est 4 équipes. Quatre équipes qui ont mérité d’être là et quasiment au même niveau. Peut-être juste un avantage d’expérience pour Gyor. Mais le format avec un match sec, personne n’est imbattable. Donc même si le club qui passera entre Metz et Brest ne sera pas favori, honnêtement, si le match est bien préparé que les joueuses ont l’envie de bien faire tout en ayant bien étudié l’adversaire, ça peut passer. Après il y a le côté physique qui compte avec l’enchainement des deux matchs en deux jours. Mais oui, celui qui ira à Budapest aura une chance pour le titre.

HN : Sur ce quart de finale, Brest mène 2-0 au bilan des confrontations face à Metz. L’avantage est-il du côté breton ?

V.N. : L’avantage psychologique oui. Après est-ce que c’est pour ça qu’elles auront l’avantage ? Pas forcément. On connait Metz aussi, l’expérience qu’elles ont. C’est sûr qu’il y a des joueuses qui sont parties l’année dernière, mais elles sont encore là, en quart. donc faudra comment elle termine la saison, comment elles seront physiquement. Mais de l’extérieur, Brest a l’avantage. Après, les joueuses arriveront, il y a 0-0, et ça sera parti pour deux matchs. Ces deux rencontres n’auront rien à voir avec le championnat. Avec mon passé de joueuse, je sais qu’une fois que les arbitres donneront le coup d’envoi, cet avantage n’aura plus de valeur.

HN : Un pronostic sur ce match aller ?

V.N. : Non, non, non, pas de pronostic (rires). Moi, je cherche juste à analyser ce qui se passe, parce que je ne sais pas ce que les entraîneurs pourraient faire, je ne sais pas ce qu’ils vont préparer. Je ne sais pas comment vont être les joueurs. Et je ne me considère pas dans la caste des journalistes, même si j’aurai mon avis d’expert. Donc pas de pronostic, je vous laisse faire.

HN : Vous allez aussi être aux commentaires du 1/4 de finale retour de Nantes en European League, dimanche à 14h. Le NAHB a-t-il les armes ?

V.N. : J’ai regardé le match aller. Sur ce match, Nantes a les capacités pour passer en étant sérieuse et appliquée. Elles pourront aller au Final4, ce serait une première pour le club. Je pense qu’elles en seraient contentes aussi par rapport à ça. Et comme pour la Ligue des Champions, le format en match sec, avec des équipes qui auront mérité d’être là. Pourquoi pas pour les Nantaises ? La préparation, l’état de forme c’est important. Après si tu vas au Final4 parce que t’es juste content d’y aller, autant ne pas venir. Pour le club ça fait une belle image, mais pour les joueuses il ne faut pas avoir de complexes. Sinon il pourrait y avoir des regrets.

“La logique n’est pas tout le temps là où on l’attend”

HN : On parlait des matchs de championnat avec la victoire de Brest à Metz. Votre avis sur cette saison de Ligue Butagaz Energie ?

V.N. : Il y a des luttes un peu partout, c’est intéressant. La LBE, elle est riche. Beaucoup de joueuses internationales françaises évoluent dans le championnat, mais aussi des internationales étrangères. Les deux apportent une plus-value. Donc le championnat est dense, et on aime ça quand ça rivalise en haut, en bas mais aussi dans le ventre mou. Chaque semaine, les clubs doivent se battre pour l’emporter sans être certain de connaitre à 100% du vainqueur. C’est plaisant, mais stressant pour les entraineurs. Même s’il n’y a pas les supporters présents dans les salles, ils suivent leurs équipes. Ça donne quand même un côté palpitant.

HN : Avec votre expérience d’ancienne joueuse, le changement de formule du championnat en cours de saison a-t-il un impact ?

V.N. : Ce n’est jamais simple de changer les règles en cours de partie. Après, avec la pandémie en ce moment qui nous tombe dessus, est-ce que quelqu’un pouvait prévoir tout ça ? Je ne pense pas. Faut savoir l’accepter. Les aléas du sport de haut niveau font qu’il faut savoir s’adapter. Il y a des nouvelles règles en cours qui ont été décidées au-dessus. S’adapter, avancer, et puis, essayer d’en tirer le meilleur. Celui qui saura gérer ces aléas soit vainqueur, ou ne descende pas et atteigne ses objectifs fixés.

HN : Le quart de Ligue des Champions peut-il avoir un impact sur le résultat de la Ligue Butagaz Energie ?

V.N. : Le perdant devra rebondir pour se remotiver et aller gagner le championnat. Pareil pour le vainqueur, il aura gagné la confrontation donc il se motivera en voulant remporter également le championnat. En plus les différentes finales auront lieu avant le Final4 de la Ligue des Champions. Que le club soit perdant ou gagnant, il devra s’appuyer sur le résultat pour soit rebondir s’il a perdu, soit afficher des ambitions plus hautes. Les joueuses professionnelles savent qu’au cours d’une saison il y a des hauts, des bas, des victoires, des défaites. C’est le jeu. Après rien est écrit ! Pour avoir fait pas mal de saison, plus on joue de compétitions sur la fin d’année, moins c’est facile de gérer les déplacements, les retours de l’étranger. D’autant plus cette saison avec les autres paramètres comme les quarantaines, les restrictions des gouvernements, l’aspect mental aura son importance. Mais dans le sport, et c’est pour cela qu’on l’aime, la logique n’est pas tout le temps là où on l’attend.

“Je serai aussi là à Tokyo”

HN : Un dernier sur les Bleues. Vous avez notamment commenté les derniers Jeux Olympiques à Rio, est-ce que les Bleues peuvent viser le titre olympique ?

V.N. : Je n’en sais rien. Je serai là aussi à Tokyo donc je suivrai ça. Est-ce qu’elles peuvent aller au bout ? Oui, sur le papier, elles peuvent. Les sélectionneurs vont récupérer les joueuses après cette saison particulière. Il faudra gérer le groupe, avec une bonne préparation physique, gérer le contexte avec les bulles, les tests, gérer l’absence de spectateurs. Tout ça c’est des aspects mentaux supplémentaires par rapport à d’habitude. La Norvège a notamment eu chaud dans son TQO, la Russie sera à surveiller. Mais les Jeux, c’est tellement aléatoire une fois qu’on a passé les quarts de finale que c’est dur de prédire tant que la préparation n’a pas été effectuée. Egalement, le choix des joueuses sera un vrai casse-tête. Un choix peut-être dicté par des blessures jusqu’à la préparation. Mais il est trop tôt pour s’avancer totalement sur ce terrain des JO.

HN : La France a d’ailleurs découvert son groupe des JO hier avec le Brésil, l’Espagne, la Hongrie, la Russie et la Suède. Vous en pensez quoi de ce tirage au sort ?

V.N. : Un tirage sans “petites” équipes, le groupe des Françaises est assez homogène. L’avantage pour Olivier Krumbholz, c’est qu’il n’y a pas d’équipe asiatique, donc plutôt une bonne nouvelle. Car on sait qu’elles ont un jeu différent des équipes européennes. Il faut analyser et préparer un peu plus ce genre de rencontres. Et comme on ne les joue pas souvent, s’adapter à leur timing et leur système rend l’avant-match plus compliqué. Mais il faudra rester sérieux pour passer cette phase de groupe.

HN : On va terminer avec un poste que vous connaissez bien, le poste des gardiennes. Trois gardiennes tiennent la dragée haute sur ce poste pour l’Equipe de France …

V.N. : Et c’est chouette ! De mon époque, on n’était pas légion. En ce moment, il y en a trois là, même si derrière d’autres gardiennes méritent, donc c’est un poste fort en France et ça fait plaisir. Doudou [Amandine Leynaud, NDLR] est en place, mais jusqu’à quand ? Est-ce que ça sera la fin pour elle là ou non ? Elle n’a encore rien déclaré, donc on ne sait pas. En tout cas, si elle n’est pas embêtée avec les blessures, elle semble titulaire sur le poste. Ce poste marche en duo… même en trio, avec Olivier [Krumbholz] qui a fait des changements pendant l’Euro. Mais là, pour les JO, je ne sais pas comment il va faire. Certainement qu’il en prendra deux et est-ce qu’il prendra une troisième ? Forcément, il y en a une qui sera déçue. Cléopâtre [Darleux] et Laura [Glauser] sont bien revenues après leur grossesse, et ont envie d’en être à ces Jeux. Donc ça sera un casse-tête. Est-ce que les blessures aideront ? Est-ce qu’Olivier a déjà son idée en tête ? Je ne pense pas, il se laissera sans doute guider avec la forme de la préparation et les certitudes qu’elles apporteront. En tout cas, moi, je suis bien contente de voir des gardiennes à ce niveau là. Elles échangent entre elles, c’est plaisant de voir ça. Moi, je suis ravie et j’adore à ces trois gardiennes.

HN : Sans vous fâcher avec l’une d’elles, si vous étiez le sélectionneur, vous prendriez qui …

V.N. (rires) : … Non je ne peux pas. Me mettre dans la peau d’Olivier, je ne peux pas me mettre à sa place. On ne fonctionnerait pas de la même façon, on n’est pas du tout pareil. Je ne m’imagine même pas deux secondes à sa place. Mais plus l’entraineur doit se faire un casse-tête chinois pour faire sa sélection, mieux c’est. Cela veut dire qu’il y a de la richesse, je trouve ça bien. Aujourd’hui, si le sélectionneur a déjà son idée en tête, ce serait dommage. Ça veut dire que la préparation est tronquée, or la préparation sert à ça, se faire une idée. Moi je me laisserai plus guider par la préparation. Après je ne sais pas comme lui fonctionne, mais la préparation me donnerait des certitudes certainement.

Propos recueillis par Nolann Rock

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