LFH – Paris 92

A. Gandais : « Très fier du début de saison »

Arnaud Gandais (Paris)

Paris 92 et Arnaud Gandais ont réalisé un gros début de saison, avec un effectif revu à la baisse (10 joueuses professionnelles contre 13 la saison passée). Si le nombre de joueuses professionnelles a diminué, les ambitions elles, sont restées élevées. A l’heure de la trêve hivernale, Paris pointe à la cinquième place du classement devant Nantes et Chambray notamment et, malgré sa défaite face à Esbjerg en Coupe EHF, le bilan de cette première partie de saison apparaît comme très positif. Entretien avec le tacticien parisien.

Quel était l’objectif que vous vous étiez fixé en début de saison en Coupe d’Europe ? 

C’est toujours particulier la coupe d’Europe. C’est difficile de se fixer un objectif quand on ne sait pas contre qui on va jouer. Quand on se fait éliminer par une équipe moins forte c’est un échec, quand c’est par un des favoris pour la victoire finale, il faut relativiser. On a fait un parcours plus qu’honorable. Je pense qu’au mois d’aout, pas grand monde nous voyait battre Nantes. Je suis très fier d’avoir réussi cet exploit-là. Le fait d’avoir joué cette équipe ne nous a pas aidé en préparation, elles ont été très vite à un gros niveau cet été. Une fois les premiers matchs arrivés, les prestations de Nantes n’étant pas exceptionnelles, on s’est mis à y croire. On était assez frustré de notre premier match là-bas. On a estimé qu’on n’avait pas fait un grand match mais on n’était pas mort. En plus on n’avait pas Tamara (Horacek) au retour, on a réussi à bien défendre et à jouer notre jeu. Après, il y a toujours une part de chance, quand tu gagnes ce genre de match, d’un but, il y a toujours un facteur chance qui joue et c’est tombé du bon côté ce jour-là.

A Esbjerg, vous vous déplaciez sans Tamara, vous ne perdez que d’un but là-bas, est-ce que vous vous attendiez à mieux sur le match retour ? 

Je pense qu’au match aller elles nous ont un peu pris de haut. Elles nous ont vu arriver à dix, elles étaient deuxièmes de leur championnat. Il y a des joueuses qui ont déjà joué en France, qui nous connaissent, il y avait un contexte qui a fait qu’elles ont été surprises chez elles, on a fait le match qu’il fallait, décomplexé, ce qui est toujours plus facile à l’extérieur. Après la pression s’est un peu retournée contre nous, il était mathématiquement possible de se qualifier. On savait aussi que notre marge de manoeuvre était relativement faible, on savait que si des joueuses passaient au travers de leur match cela aurait été difficile de passer. On n’a pas fait le match qu’il fallait pour se qualifier, il aurait fallu que ce soir parfait, ça ne l’a pas été, on a dépensé beaucoup d’énergie dans ce match au Danemark et Esbjerg n’avait plus d’effet de surprise. Elles étaient dans une phase pas très bonne en championnat et on leur a servi de bouc-émissaire.

Le rouge pris par Crina Pintea en début de rencontre vous fait beaucoup de mal…

Bien sûr, on perd Crina au bout d’un quart d’heure et on joue avec un seul pivot… On a quand même joué tout le match avec quatre joueuses de moins de vingt ans sur le terrain, c’est sûr que ce n’est pas simple à gérer. Encore une fois, je suis fier du travail de mes joueuses, je ne peux pas leur en vouloir de ne pas avoir réussi à se sublimer sur l’ensemble de la double confrontation. Sur Crina, c’est un fait de jeu, ce n’était peut-être pas le bon moment pour se passer d’elle.

 « Laisser la place aux jeunes »

Crina Pintea (Paris)

Le groupe a beaucoup évolué depuis deux saisons, Crina fait partie des cadres de l’équipe, comment appréhende-t-elle ce rôle ? 

Je pense que c’est une suite logique, c’est une fille qui arrive à “l’apogée” de sa carrière, elle a 29 ans. Elle a commencé tard mais aujourd’hui elle a une belle maturité sportive. Elle a envie de prendre des responsabilités qui étaient peut-être plus étouffées la saison dernière. Elle se révèle dans ce rôle de leader depuis cette saison. Sportivement c’est incontestablement et vraisemblablement le meilleur pivot de notre championnat et une des meilleures pivots du monde aujourd’hui.

C’était important de la conserver comme point d’appui principal dans les défenses adverses…

Oui on essaie d’adapter notre jeu aux joueuses qu’on a sur le terrain. Quand on a une joueuse comme elle, c’est dommage de ne pas organiser son jeu autour d’elle. C’est sûr qu’elle a un rôle important, autant offensivement que défensivement. Il est évident qu’on a eu des départs mais on a tendance à oublier que Paris est une équipe qui forme. Il faut donc laisser de la place aux jeunes sinon elles partent ailleurs. Nous, dans notre stratégie, on a envie de mettre ces filles en avant et si on avait gardé les étrangères et les pros sur tous les postes, on serait passé au travers de certaines joueuses comme Alice Mazens sur l’aile gauche, Melvine Debba sur l’aile droite, Océane Sercien-Ugolin, Mabana Fofana. Notre recrutement est fait aussi par rapport à notre formation.

Est-ce qu’elle a un rôle de transmission par rapport à ces jeunes qui sont intégrées au groupe ? 

Oui c’est un modèle. C’est une fille exemplaire, une fille travailleuse, elle contribue, elle comme d’autres, comme Sonja (Frey) ou Lucie (Satrapova) dans le but, à l’exemplarité qu’on cherche à donner à tout le monde et au professionnalisme de nos jeunes athlètes. Je ne suis pas foncièrement inquiet là-dessus, nos jeunes sont dans ce moule, elles ont une vraie volonté de progresser et d’être rigoureuses. Elles y contribuent bien entendu mais ce n’est pas un point bloquant pour moi.

« Faire du mieux qu’on peut avec les moyens mis à notre dispostition »

En tant que coach, cela n’a pas été trop difficile de s’adapter à ce changement d’effectif important sur ces dernières saisons ? 

Encore une fois, le rôle du coach c’est de s’adapter à son effectif et de construire un effectif cohérent. C’est sûr que quand on jouait avec Stine (Oftedal) sur le terrain, on lui laissait les clés du camion et on organisait le jeu autour d’elle. Aujourd’hui on a Crina dans l’équipe qui est un vrai ciment et on essaie d’organiser le jeu autour d’elle. Je ne me pose pas trop la question en termes de niveau de jeu. Je me pose toujours la question en termes d’optimisation des collaborateurs. On essaie de faire du mieux qu’on peut avec les moyens mis à notre disposition. C’est pour cela que je suis très content de notre début de saison. Mathématiquement on a plus de points que l’année dernière au même moment avec trois pros de moins et avec un effectif qui, sur le papier, paraissait un peu moins séduisant.

Quand on regarde le classement de LFH, vous être devant des équipes qui n’avaient pas les mêmes ambitions que vous en début de saison, cela doit être encourageant pour la suite…

Nous sommes très contents du début de saison. Il est au-delà de nos attentes, les joueuses y sont pour beaucoup, c’est leur implication. On a laissé de la place aux jeunes, elles avaient une responsabilité,  celle de prendre le costume qu’on leur a donné et dans l’esprit, dans l’engagement et dans l’investissement elles s’y sont retrouvées. On est vraiment très fier de cela. Après, on ne se leurre pas non plus sur le fait qu’on a un effectif très juste et que quand ça casse un peu, c’est plus compliqué, on le sait aussi. On fait avec, on a pour ambition d’optimiser chaque rencontre et chaque joueuse dans le dispositif.

« Je ne suis pas là pour empiler les joueuses »

Tamara Horacek (Paris)

Comment allez-vous gérer le fait que Tamara soit indisponible jusqu’à la fin de la saison ? 

Tout d’abord, je voudrais dire que c’est une perte importante pour nous parce que c’est un pilier de notre jeu, offensif et défensif. Maintenant j’aime regarder le positif. Cela lui permettra à elle de revenir plus forte dans quelques mois et je crois aussi que cela permet l’avènement de Déborah Lassource qui fait un mois de novembre vraiment exceptionnel. Je suis vraiment très content pour elle, je suis dans la droite ligne de ce que j’expliquais avant, il faut laisser de la place aux jeunes. Prendre un joker aujourd’hui, parce que j’entends dire partout qu’il faut en prendre un… Je ne suis pas là pour empiler les joueuses. Tout d’abord il faudrait voir laquelle on pourrait récupérer dans le marché actuel. Aujourd’hui on a des joueuses de niveau intermédiaire qui n’ont pas de club, ou elles sont prêtées parce que les situations économiques sont difficiles. Je n’en vois pas à un niveau suffisant pour se dire qu’il faut la prendre parce qu’elle va avoir un apport sportif indéniable. Si je prends quelqu’un d’un niveau intermédiaire et qui n’apporte pas de plus-value sportive, d’abord, je ne vais pas améliorer le niveau général de l’équipe et après je suis convaincu de mettre en difficulté Déborah (Lassource) parce qu’elle va se retrouver dans des situations où elle n’aura pas la confiance de l’équipe et je ne pense pas que cela soit favorable. J’ai aussi une autre jeune derrière qui s’appelle Soralie Moore en qui je crois beaucoup et je crois qu’il faut lui donner sa chance et voir ce qu’elle est capable d’apporter à l’équipe. Il y a aussi d’autres paramètres qui entrent en ligne de compte, Hanna Oftedal va bientôt reprendre l’entrainement avec nous et Melissa Deladande va revenir en janvier de ses croisés. On aurait encore été en course en coupe d’Europe, je me serais posé la question différemment. Objectivement, avec le nombre de matchs qu’on va jouer sur la deuxième partie de saison, on va autant en jouer en cinq mois que ce qu’on a joué en trois, il faut faire confiance aux jeunes .

Comment avez-vous réussi à mobiliser tout le monde autour ce projet ambitieux ? 

Je ne suis pas un magicien, je pense que la joueuse fait de son mieux pour essayer de gagner. Cela a surtout été de discuter ensemble de ce qu’on voulait faire cette saison et très vite l’équipe s’est mobilisée. On a certes eu des belles générations avec des beaux effectifs qui n’ont pas toujours été équilibrés. Je suis convaincu d’une chose dans le sport de haut niveau et encore plus dans le sport de haut niveau féminin, c’est qu’il faut que chaque joueuse ait une utilité et se sente investie. Sur les effectifs des années passées, certaines n’étaient pas forcément investies et n’ont pas forcément tiré le groupe vers le haut alors que là, j’ai le sentiment que chacune se sent investie. Nos bons résultats naissent aussi de ça parce que chaque joueuse fait de son mieux et est investie pour faire avancer l’équipe.

Est-ce aussi pour cela que vous avez fait le choix de ne prendre qu’une seule joueuse à l’intersaison ? 

Cela rejoint ce que je disais avant. Si Silje (Solberg) souhaitait partir, c’était pour Györ et il y a eu des histoires qui la regardent. On s’était mis en quête d’une gardienne de but qui avait du caractère, avec de l’expérience et qui allait insuffler une énergie à sa défense, Lucie (Satrapova) était intéressante pour moi. Sur la base arrière j’étais vraiment confronté à une problématique avec deux demi-centres de très grande qualité, dans deux registres différents, Tamara Horacek et Sonja Frey. Je souffrais un peu de ne pas suffisamment leur faire confiance. Quand on met deux joueuses sur le même poste, indirectement on les met en concurrence. J’ai trouvé qu’elles n’étaient pas en confiance et j’avais vraiment envie de les associer sur la base arrière. Si je décidais de les associer, il fallait trouver quelqu’un pour mettre derrière. Si je ne donnais pas la chance à Déborah Lassource, je me mettais une balle dans le pied parce que je repoussais le problème et je mettais de la concurrence là où il n’y en avait pas.

Un choix qui s’est montré payant sur ce début de saison…

C’est vrai que je suis très heureux de ce qu’on a fait sur ce début de saison. Après, on n’a fait que trois mois et les timbales, on les récupère à la fin de l’année et pas dans le premiers mois. Il faut continuer de travailler, faire avancer l’équipe et surtout que ça nous serve maintenant, ou dans quelques mois ou quelques années.

Comment allez-vous gérer cette reprise avec ce match qui arrive très tôt pendant les fêtes de fin d’année ? 

C’est une bonne question… Je ne cache pas que je n’ai pas encore la réponse. En plus c’est à Nice, pour nous ça fait loin et c’est un déplacement qui coûte. Aller à Nice un 28 décembre, je vous laisse imaginer le prix des billets… C’est une vraie question qui se pose aujourd’hui, on essaie de trouver une solution avec le staff. Objectivement, on continue de s’entraîner jusqu’au 19 décembre, les filles sont au repos jusqu’au 26 au matin, on reprend le 26 décembre, je ne vais pas flinguer les jours de repos pendant les fêtes, juste pour un match de handball.

Propos recueillis par Maxime Cohen.

HandNews & CasalHand
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2 CommentairesPoster un commentaire

  1. Nantos - le 27 novembre 2018 à 06h17

    Il a écrit l’interview seul le coach.
    Comme pas mal d’articles.
    C’est flagrant.

  2. Lanonymuse - le 27 novembre 2018 à 09h00

    Cet article a l’air de montré leurs difficultés financières… comment est ce que possible qu’ils restent en LFH s’ils n’ont pas le budget pour Faire les déplacements ?

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