N1 élite

Une troisième division qui ne dit pas son nom

Vernouillet (crédits photo : COVHB)

La nouvelle formule de Nationale 1 fait beaucoup parler. Aide à la structuration des clubs ? Prémices d’une nouvelle troisième division ? Retour sur ce nouveau championnat avec les pensionnaires de la poule 1, dite “élite”.

Depuis cette saison, le championnat de N1 masculine a changé et, s’il se tient toujours sous la forme de 4 poules, elles sont maintenant composées de 12 équipes, contre 8 précédemment. Mais la réelle nouveauté tient de la composition de ces poules, avec une poule 1, souvent appelée “poule élite”, qui comporte les meilleurs équipes du niveau. Toutes les équipes bénéficiant du statut VAP y sont automatiquement transférées, ainsi que d’autres des meilleures équipes de N1 qui acceptent d’y figurer. L’accession à la Proligue de ne joue donc que par cette poule et les autres groupes sont formés sur des critères géographiques.

La majeure partie de la saison se joue sous la forme d’un championnat avec matchs aller-retour, soit 22 journées. La saison se termine avec des play-offs, où les deux premiers de chaque poule affrontent les qualifiés des autres groupes dans des quarts de finale (avec match retour chez le mieux classé). La vainqueur de la finale décroche le titre de champion de France de Nationale 1, et les deux équipes, hors poule 1, les mieux classées dans cette phase finale sont promus dans la poule élite. A l’inverse, les équipes classées onzième et douzième de la poule 1 sont “reléguées” dans les poules géographiques.

La dernière phase n’a pas pu être jouée et la première n’est pas allée à son terme mais, après 6 mois de compétition, il est déjà possible d’arrêter un premier jugement sur cette nouvelle formule, ses avancées et quels points sont encore à améliorer selon les différents acteurs ayant participé à cette poule 1.

Une concurrence sportive exceptionnelle à ce niveau

Evaris Muyembo, Vernouillet (crédits photo : CO Vernouillet).

Il est un point pour lequel tous les coachs et observateurs sont unanimes : cette formule apporte un championnat d’un excellent niveau. Les entraîneurs du haut comme du bas de tableau s’en félicitent, à commencer par le Palois Michel Laborde : “C’est un championnat de très haut niveau, très homogène, et où aucune équipe n’est larguée.” Commentaire sur lequel rebondit son homologue boulonnais Olivier Le Bail. “Il n’y a pas de petites équipes contre lesquelles vous pouvez être sûrs de gagner de 10 buts et de faire tourner votre effectif.” Et cette densité est bénéfique à de bien nombreux égards, continue-t-il : “ça permet à chacun d’entre nous; les dirigeants, le staff, les joueurs, d’élever notre niveau pour pouvoir exister dans ce contexte.” Le public fait également et logiquement partie des gagnants de cette formule. “Les matchs sont très  serrés, chaque match se joue sur des détails, explique l’entraîneur amiénois Yuriy Petrenko. Donc pour les supporters, pour le spectacle, c’est beaucoup plus intéressant.” Et, enfin, la densité de ce championnat aide aussi les entraîneurs à maintenir leur effectif mobilisé tout au long d’une saison qui a vu disparaître le système de play-offs, qui scindait les saisons précédentes.

Le fait que ce soit un championnat sans play-offs/play-downs rend le tout beaucoup plus lisible, et donc beaucoup plus plaisant pour tout le monde” témoigne le coach de Pau. “Et ça permet d’avoir un championnat complet, en s’épargnant les comptes des points que l’on garde ou que l’on perd en passant en play-offs” ajoute Ibrahima Diallo (Gonfreville).

Benjamin Curabet, Frontignan (crédits photo : Brice Mesnard)

En somme, la formule sportive a plus que convaincu à bien des égards. Pour l’entraîneur de Caen Roch Bedos, elle est “la compétition la plus révélatrice du niveau de la nationale 1.” Et s’il faut y trouver à redire, certains parleront des distances plus importantes à parcourir, notamment pour les équipes du Sud. “On pourrait aider les clubs qui viennent de loin, explique le Frontignanais Benjamin Curabet. J’ai des mecs qui ont du poser des jours de congé pour du handball” nous raconte-t-il pour le cas d’un match joué à Caen un dimanche soir. Mais la fédération est à l’écoute de cette difficulté et devrait poser des créneaux horaires précis pour les matchs en fonction des distances entre les clubs.

Les VAP au coeur du projet

Fernando Garcia (Source : Ⓒ SMV Handball)

Cette poule, logiquement, est construite pour acclimater les clubs au haut niveau, et les aider à se structurer pour pouvoir rejoindre le professionnalisme. C’est ce qui explique l’importance du statut VAP, qui permet d’accéder directement à la poule. Mais pour autant, l’entraîneur de Frontignan ne pense pas qu’il faille attendre ce fameux Graal avant de se lancer dans ce championnat : “attendre le VAP pour basculer en élite, je pense que c’est une erreur, il faut vraiment inciter les clubs qui finissent premiers ou deuxièmes des poules basses à monter, quitte à l’obliger. Passer de rien à 6 joueurs professionnels, on ne se rend pas compte de la marche que c’est.” Et, à l’inverse, une fois le statut VAP obtenu, il est compliqué de rester 2-3 ans sans monter alors que le club et les divers partenaires soutiennent un projet d’accession en LNH.

Depuis 2016 et l’instauration du statut VAP, 4 à 5 équipes entraient dans ses critères chaque saison. “Depuis qu’il a été créé, ça stagne un peu en nombre, déplore l’entraîneur du SMV Benoît Guillaume. Dans l’idéal, il vaudrait mieux qu’on ait 14 VAP qui s’adaptent à certaines contraintes structurelles, plutôt que 5 au départ et 3 à l’arrivée.” Un idéal probablement souhaitable, mais long à atteindre, comme l’ont illustré cette saison les échecs administratifs de Grenoble et Vernon. Des difficultés que l’entraîneur normand met en perspective : “la D2 a mis 10 ans à se professionnaliser. On ne peut pas aller aussi vite avec la N1, qui a des réalités encore plus compliquées.

Une poule ambitieuse mais encore imparfaite

Pau Nousty (crédits photo : Pau-Nousty Sports).

Si cette poule réjouit par son approche du haut niveau, il manque encore certaines pièces dans la machine. Notamment une appellation claire, qui distinguerait la poule élite des poules géographiques. “Il faudrait vraiment que ce championnat ait une appellation qui le mette vraiment en valeur parce que “Nationale 1 – Poule 1”, je regrette mais ça ne veut rien dire, s’agace le coach de Pau-Nousty Michel Laborde. Parce que pour communiquer auprès des partenaires publics et privés, c’est très compliqué pour le moment.” Ce défaut de nom complique la mise en lumière de l’évolution du club auprès des acteurs extérieurs, mais peut également troubler les supporters comme le fait remarquer Benjamin Curabet. “Le supporter lambda, il ne va pas comprendre pourquoi d’une année à l’autre on est toujours en N1 mais on passe de premier à dernier.

Un autre des points majeurs qui a pu être critiqué sur cette poule, c’est sa façon de réguler les accessions et relégations. “La fédé envisage la constitution de cette poule uniquement par rapport à des budgets, par rapport au statut VAP, s’exaspère Olivier Le Bail à Boulogne. Finalement, on a eu que 5 statuts VAP dont deux qui ont mis la clé sous la porte. Les autres n’étaient pas VAP et ça n’a pas empêché que le niveau soit très élevé.” Ce raisonnement par le statut VAP pourra en effet, à l’avenir, conduire à des situations qui pourront être perçues comme de réelles injustices sportives. Imaginons par exemple qu’un club relégué de poule élite obtienne le statut d’accession au professionnalisme, il réintègrera d’office la poule 1, au détriment de l’équipe de poule géographique qui s’y était qualifiée sur le terrain. D’un autre côté, une équipe qui se maintient en poule 1 en terminant 10ème pourra être reversée dans les autres poules si une équipe de ces poules obtient le VAP. “Il faudrait faire un cahier des charges plus léger pour permettre de jouer la N1 élite, et après ce serait purement sportif, propose Benjamin Curabet. Il faut que le sportif redevienne au-devant de la scène.

Les prochaines pièces du puzzle

Pierre Fitte-Duval, Gonfreville (crédits : Jérôme Déjardins)

Après ce premier exercice satisfaisant, des évolutions sont prévues petit à petit pour rendre cette formule plus pertinente. Mais au vu du contexte, beaucoup ont été reportées, et le flou actuel ne permet pas de dire quand elles pourront être appliquées.

Tout d’abord, un premier projet était de passer la poule élite de 12 à 14 équipes. “22 matchs, je trouve que c’est trop peu. La fin de championnat était prévue pour le 9 mai, habituellement on joue jusqu’à début juin.” relève Petrenko à Amiens. “Quand on a des joueurs pro, semi-pro, il faut qu’ils jouent, abonde son homologue palois Laborde. Et le championnat sera d’autant plus passionnant !

Aussi, un cahier des charges spécifique à la poule 1 était prévu. L’objectif : poser des restrictions plus légères que celles du statut VAP pour permettre aux clubs de se structurer petit à petit. Initialement prévu pour l’année prochaine, le cahier des charges aurait notamment imposé la présence d’un joueur pro par équipe, puis de deux l’année suivante. Au vu des événements, la première étape a été repoussée à la saison 2021-2022.

La saison prochaine bouleversée par la situation sanitaire

Dylan Grandjean, Sarrebourg (crédits : Martin Remigy)

Une fois de plus, la situation sanitaire apporte son lot d’incertitudes. Pour ce qui est d’un passage à 14 équipes, difficile de présager quoi que ce soit, sachant que la Nationale 1 masculine passera de 48 équipes à 60 la saison prochaine (soit 5 poules au lieu de 4). Pour construire la saison à venir, plus de 95% des clubs évoluant en Nationale ont été consultés et la proposition faite pour la Nationale 1 est appelée à s’adapter aux Nationales 2 et 3. Ladite proposition consisterait à un regroupement par poules, où les équipes seraient numérotées de 1 à 12. Dans une “première phase” de 10 matchs, les équipes numérotées de 1 à 6 et de 7 à 12 s’affronteraient entre-elles en matchs aller et retour (en poule élite, les équipes VAP seraient placées dans les équipes de 1 à 6). Si la situation sanitaire le permet, la compétition se poursuit ensuite en faisant s’affronter les équipes qui ne se sont pas rencontrées. Si le championnat est arrêté avant la 16ème journée, le classement à l’issue de la 10ème journée sera gardé. Si le championnat se déroule au-delà de la 16ème journée, chaque équipe se sera confrontée au minimum une fois à chaque adversaire, et un classement pourra être retenu.

Enfin, la question sur toutes les lèvres concerne évidemment la date de reprise. Et si des scénarios allant de septembre à décembre ont été travaillés,  l’annonce de la reprise des championnats de LNH en septembre et octobre pourrait laisser espérer un retour de la Nationale 1 autour de cette période. Quoi qu’il en soit, la saison prochaine permettra à tous les clubs de se construire ou se reconstruire sereinement tandis que, sur les terrains, nous attendrons encore un championnat dense et relevé en poule élite.

Antoine Piollat

5 CommentairesPoster un commentaire

  1. Keavenz - le 5 juin 2020 à 02h42

    Voilà pourquoi le hand ne sera jamais un sport qui intéresse ou un sport spectacle : comment peut on appeler cette poule 1 n1 alors que c’est une d3 : aucuns partenaires externes ne peut être intéressés par Ces projets …poule batarde qui a besoin de moyen mais qui fait pas rêver comme le Gand hand en général

    • rkj4 - le 5 juin 2020 à 10h52

      Tu as raison.
      Sportivement, la réorganisation de la N1 va dans le bon sens, qui rassemble les meilleurs clubs “amateurs” pour les préparer à devenir professionnels et viser l'excellence. Ça, c'est cohérent, organisé et prometteur, ça parait clair
      Par contre (patatras !), continuer à appeler ça la N1, c'est totalement contre-productif et c'est comme si la Fédé n'assumait pas complètement son idée et se préparait à revenir en arrière, au cas où… Ça maintient un flou vraiment inutile parce qu'entre Caen et Nogent-sur-Marne — par exemple — il y a certainement un écart de niveau et d'ambition qui, du coup, reste complètement masqué. Et oui, si on veut attirer l'intérêt des sponsors et de la population locale pour ce qui reste un sport confidentiel (j'exagère, mais c'est quand même un peu ça),on a intérêt à mettre les points sur les "i" sans se cacher. Telle quelle, la formule inventée est prometteuse mais bien trop tordue pour attirer l'attention au-delà du cercle des intimes.

      Ce qui me fait penser que les diverses organisations qui gèrent le handball ont vraiment le talent de compliquer les choses. Entre la N1 française dont on parle ici, le comptage des points dans les phases de poules des championnats internationaux, l'organisation de la LdC qui change tous les 3 ans, tout est fait pour éloigner les néophytes. Comme stratégie de recrutement, nos têtes pensantes seraient recalées de n'importe quelle école de commerce. Cerise sur le gâteau, le prochain F4 de la LdC 2020, joué en parallèle de la LdC 2021, avec des effectifs qui se mélangent en cours de compétition (ils ont du copier sur Koh-Lanta). On voudrait rester entre soi qu'on ne ferait pas mieux.

  2. cochonne - le 5 juin 2020 à 11h56

    Bonjour
    Je me réjouis évidemment de la création de cette antichambre du professionnalisme mais oui, pourquoi conserver l'appellation N1?
    Je rejoins rkj4, pour attirer de nouveaux investisseurs il faut commencer par attirer plus public ce qui passe par des néophytes et pour ce faire il faut leur donner des repères stables ainsi que des règles simples.
    Cette émulation permanente et ces décisions pourtant bonnes dans ce cas précis non abouties ou du moins non assumées jusqu'au bout sont un vrai repoussoir pour qui n'est pas un fervent amateur de handball… et même là, quand je discute avec des dirigeants de clubs quel que soit le niveau je perçois beaucoup trop souvent de l'incompréhension et du dépit..
    Effectivement on voudrait rester entre soi on ne ferait pas mieux.

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