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Clément Alcacer, la confirmation dijonnaise : « Cette équipe, c’est une famille »

En l’espace de deux saisons, la JDA Dijon Handball a changé de dimension. Qualifiée une nouvelle fois pour le Final 4 de l'European League, de retour à Bercy pour la finale de la Coupe de France et choisie par l’EHF pour accueillir l’événement au Palais des Sports, la formation dijonnaise poursuit sa montée en puissance sur la scène nationale et européenne. Arrivé à l’été 2024, Clément Alcacer voit dans cette nouvelle campagne continentale aboutie la confirmation progressive d’un projet qu’il juge aujourd’hui solide, structuré et crédible.
« Dans la vie, les mots et les discours c’est bien beau, mais ce sont les actes qui comptent », glisse l’entraîneur dijonnais. « Le fait qu’on arrive à atteindre deux fois d’affilée ce Final Four, ça corrobore bien les propos du président, ceux pour lesquels j’ai signé ici. On m’a vendu un projet qui se voulait aller tous les ans en Coupe d’Europe, ne surtout pas la galvauder et aller. Donc forcément, quand les actes rejoignent les paroles, c’est toujours mieux. »
Car au-delà du résultat brut, Dijon commence désormais à installer durablement son nom dans le paysage européen. « L’année dernière, on était un peu sorti à l’arrache des poules. Là, on a quand même été la meilleure équipe toutes poules confondues. Il y a une progression sur ça et je pense que ça nous donne du crédit pour la suite. »
Cette progression se lit aussi dans le regard extérieur porté sur le club. « Au ranking européen, on est passés de la 37e place à la 10e place. Et cette année, vu le parcours qu’on fait encore, les joueuses commencent à venir ici comme dans un vrai projet européen, comme Déborah Lassource l’année prochaine. Petit à petit, il y a plein d’indicateurs qui montrent qu’on avance dans le projet pour lequel j’ai signé ici. »
Une stabilité devenue une force
Dans un handball féminin français où beaucoup de clubs sont contraints de reconstruire régulièrement leurs effectifs, Dijon a fait le choix inverse : celui de la continuité. Seulement deux recrues sont venues compléter le groupe l’été dernier, avec Adriana Holejova et Laura Fauvarque.
Une stratégie pensée pour densifier l’effectif sans casser les équilibres créés la saison précédente.
« Je suis arrivé dans un club où il y avait déjà une base avec une belle équipe », rappelle Clément Alcacer. « L’année dernière on avait peut-être manqué de profondeur de banc, notamment sur la phase finale européenne. Mais on ne voulait pas retoucher toute l’équipe parce qu’on ne peut pas faire augmenter la masse salariale de manière exponentielle tous les ans. Il faut faire les choses dans l’ordre. »
Le technicien dijonnais insiste sur cette volonté d’homogénéiser le groupe plus que de le révolutionner. « On s’était dit qu’on allait essayer de rendre l’équipe un peu plus homogène. Très peu d’arrivées, mais des filles capables de rentrer dans la rotation et d’apporter une plus-value. »
Dans cette logique, Adriana Holejova s’est rapidement imposée comme une arme offensive précieuse. Explosive, imprévisible sur ses appuis, capable de casser les défenses dans le un contre un, l’ancienne Niçoise apporte une vraie alternative sur la base arrière.
« Adriana, elle rentre parfaitement dans ce cadre-là, je l’avais eu à l’entraînement à Nice. Et avec tout le respect que j’ai pour Manon (ndlr : Manon Gravelle partie à l’été 2025), on a une plus-value sur ce poste-là qui nous permet d’avoir une rotation supplémentaire. »
Même constat pour Laura Fauvarque, devenue au fil des mois une référence défensive importante dans le système dijonnais. « Laura, je la connaissais depuis le centre de formation à Metz. J’étais convaincu de ce qu’elle pouvait nous apporter. Peut-être même encore plus que ce que j’avais imaginé au départ. »
Les blessures, puis l’adaptation
Mais la saison dijonnaise n’a pas été un long fleuve tranquille. L’absence prolongée de Sarah Valéro a privé le collectif d’un élément central pendant une partie importante de la saison, notamment lors des derniers matchs de poules européennes et du quart de finale.
Revenue depuis le week-end dernier avec quelques minutes de jeu, la capitaine apporte déjà autre chose au groupe. « Perdre Sarah, ça nous a fait mal », reconnaît Clément Alcacer. « C’est forcément une joueuse importante dans l’équilibre du groupe, dans la défense, dans l’énergie qu’elle transmet. »
L’autre gros coup dur est la blessure de Nadia Mielke-Offendal. La demi-centre danoise ne reviendra pas et quittera Dijon sans pouvoir disputer un deuxième Final 4 européen avec le club. « C’est le vrai coup dur de la fin de saison. Au pire moment. Parce que c’était quasiment trop tard pour prendre un joker médical. On avait deux ou trois jours, c’était compliqué. On n’a pas réussi à faire ce qu’on aurait peut-être pu tenter. On avait cette habitude d’avoir Nadia comme chef d’orchestre et il faut qu’on se réinvente un petit peu. »
Dans cette adaptation permanente, plusieurs joueuses ont pris davantage de responsabilités. Et impossible de ne pas mettre en lumière l’énorme saison réalisée par Stine Lonborg. À 27 ans, la Danoise s’est imposée comme une leader offensive majeure, au point de découvrir récemment la sélection nationale.
« Stine fait une saison incroyable », souffle Clément Alcacer. « Mais on a aussi Claire, Adriana, plein de joueuses qui ont pris le relais. »
“Ces filles-là sont des soldats”
Ce qui revient constamment dans le discours du technicien dijonnais, c’est surtout la force mentale de son groupe. Une équipe qu’il décrit comme incapable de lâcher, même dans les scénarios compliqués. « J’ai vraiment eu une chance assez incroyable d’avoir ce groupe de filles-là », confie-t-il. « La valeur première de ces filles-là, c’est le don de soi. Ce sont des soldats. »
Le coach multiplie les exemples de cette mentalité qu’il juge essentielle dans les grands rendez-vous européens. Même les joueuses qui paraissent les plus discrètes incarnent cet état d’esprit. « Rosario, elle est discrète, mais c’est le genre de joueuse avec qui tu pars à la guerre. Elle a tout fait pour revenir après sa longue blessure. » Pour Clément Alcacer, cette identité collective dépasse presque le simple cadre sportif. « Cette équipe, c’est une famille. À partir du moment où tu as cet état d’esprit-là, cette équipe t’accueille. Quand tu ne l’as pas, c’est plus compliqué. »

Un statut à apprivoiser
Si Dijon rayonne sur la scène européenne, le championnat reste plus difficile. La JDA lutte encore pour sécuriser une qualification européenne la saison prochaine, au milieu d’une bataille dense avec Saint-Amand, Plan-de-Cuques, Nice ou encore Besançon.
Une situation frustrante pour un groupe ambitieux. « Concrètement, ça nous embête de nous voir lutter pour la cinquième place. On aurait aimé faire comme l’année dernière et être troisièmes du championnat. »
Le technicien estime aussi que Dijon a dû apprendre à gérer un nouveau statut cette saison. « Avant, on ne nous attendait pas. Maintenant, oui. Et ça change beaucoup de choses. On s’est peut-être un peu pris les pieds dans le tapis avec cette histoire de favori et on traîne les défaites du début de saison. »
Mais malgré les difficultés et les blessures, Clément Alcacer garde une confiance totale dans son groupe. « Ce sont des filles qui ne lâchent rien. Elles vont aller chercher les objectifs. »
Un Final 4 à Dijon
Cette saison, le Final 4 se disputera au Palais des Sports de Dijon. Une immense fierté pour le club, mais aussi une reconnaissance du travail global effectué en interne. « C’est une vraie récompense pour le club et pour tous les salariés qui bossent au quotidien : la communication, le commerce, l’événementiel, les bénévoles. Ça prouve que l’EHF voit d’un très bon œil le travail qui est fait ici. Si l’événementiel ne faisait pas son travail, l’EHF n’aurait jamais vu le Palais des Sports comme il l’a vu pendant les phases de poules. Si les commerciaux ne faisaient pas leur travail, on n’aurait pas autant de sponsors. Et la communication qu’on a autour du club, c’est aussi grâce à eux. »
Sportivement, l’entraîneur refuse de transformer l’événement en source de pression supplémentaire. « On connaît tout, on ne se déplace pas, on sera devant nos familles et nos supporters. Moi, j’ai entière confiance dans le fait que les filles auront un supplément d’âme. Je n’imagine pas une seule seconde qu’elles puissent passer au travers devant leur famille et leurs amis. »
Esztergom, un miroir de la JDA
En demi-finale, Dijon retrouvera Esztergom KC, la surprise hongroise portée notamment par Emma Jacques. Clément Alcacer voit dans cette équipe plusieurs ressemblances avec sa propre formation il y a un an. « Elles nous ressemblent un peu à ce qu’on était l’année dernière. Une équipe qui découvre la compétition, avec beaucoup de jeunes joueuses, mais qui joue crânement sa chance. »
Le technicien apprécie particulièrement la qualité collective du jeu hongrois et l’intelligence de leur base arrière autour de Léa Farago. « Elles connaissent leurs forces. Quand tu sors sur Léa Farago ou Emma Jacques pour éviter les tirs de loin, derrière il y a Fanni Horváth ou Borbála Ballai qui prennent les espaces. C’est bien construit, ça joue juste. Il y a du danger partout, même sur les ailes avec Natalie Schatzl. »
Et dans une compétition aussi homogène, Clément Alcacer refuse toute certitude. « C’est ouvert. C’est une équipe qu’on peut battre, mais c’est aussi une équipe qui peut nous battre. »
À quelques jours du grand rendez-vous européen, Dijon avance donc avec ses certitudes et ses cicatrices. Entre blessures, montée en puissance collective et ambition assumée, la JDA semble surtout portée par une identité forte, forgée dans le don de soi et la stabilité. Et devant son public, dans un Palais des Sports qui s’annonce incandescent, le club bourguignon espère désormais transformer cette dynamique en véritable exploit.
Thomas Mathiot