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Temps de jeu : ces hommes que l'on ne sort jamais

, par Balic

NEMANJA ILIC (FENIX Toulouse HB)

La saison de Starligue vient de refermer ses portes, et avec elle revient le temps des bilans. Plutôt que le titre ou la course au maintien, déjà décortiqués partout, on a creusé un indicateur plus discret, mais qui en dit long sur la saison d'un joueur et la confiance de son coach : le temps de jeu. Qui a tenu la baraque week-end après week-end, quand les autres récupéraient sur le banc ? On a ressorti les chronos, ceux de la saison comme des deux précédentes, pour dresser le palmarès des « forçats de la Starligue ».

Les chiffres utilisés ici sont basés sur les données rendues disponibles par la LNH sur son site internet.

ILIC ET PEYRONNET, DUEL D'AILIERS

Il y a, sur un terrain de handball, une poignée d'hommes qui ne connaissent pas le banc. On les remplace le temps d'une crampe, éventuellement, ou lorsqu'ils ont commis une petite coquinerie qui invite les arbitres à les faire se reposer deux minutes. Nemanja Ilic est de ceux-là. À 35 ans, l'ailier gauche de Toulouse a passé 1 544 minutes sur le parquet cette saison. Soit 53 par match, sur les 60 que compte une rencontre. À l'âge où d'autres gèrent leurs efforts, lui semble en redemander. Le capitaine du Fenix est le joueur de champ qui a le plus joué cette saison.

Derrière l'ancien, on trouve un gamin. Émilien Peyronnet, 21 ans, l'ailier droit de Chambéry, ne talonne le redoutable Ilic que de 14 petites minutes. La Team Chambé' a su faire confiance au jeune Peyronnet qui s'est épanoui cette saison sur son aile et a sans doute appris à vitesse Grand V. Il est le seul joueur de moins de 23 ans dans ce top 15, où six éléments ont déjà dépassé la trentaine. Mais sans doute avec lui, vaut-il mieux "ne pas lui parler d'âge" !

Ayhan ALEXANDRE (Dijon) - Crédit : Maréva Fontaine

Le reste dessine les hiérarchies dans chaque club avec les tauliers. Nathy Camara (Istres) et Ayhan Alexandre (Dijon) ont ainsi beaucoup donné pour lutter pour le maintien de leur club respectif, en vain malheureusement pour eux. Les infatigables Valentin Porte (Montpellier) et Pierre Paturel (Chambéry) ont encore usé leurs souliers cette saison sur les parquets français. Le meilleur arrière droit du championnat ne s'est même pas octroyé de repos après son nez cassé !

L'ÉPREUVE DE LA DURÉE

Mais au plus haut niveau, le plus dur n'est pas d'arriver : c'est de durer. Tenir le rythme trois années de suite, sans que le corps ne lâche ni qu'un plus jeune ne vienne vous pousser vers la sortie, c'est une autre paire de manches. Alors on a élargi la focale : qu'en est-il sur les trois dernières saisons ? Qui sont les joueurs qui ont le plus joué en championnat de France depuis la saison 2023-2024 (la première saison où la LNH a comptabilisé les temps de jeu) ?

Et là, surprise… ou pas. C'est encore Nemanja Ilic en tête, et de loin : 3 942 minutes cumulées depuis 2023, le seul à passer la barre des 3 900. Le Toulousain devance le meneur parisien Luc Steins (3 666) et un autre cadre qu'on a déjà croisé plus haut, Valentin Porte (3 572), son nez cassé et tout le reste.

Dans ce tableau, même si on retrouve des trentenaires rôdés, certains plus jeunes ont "fait leur trou", comme on dit. Pour certains, ils l'ont même très bien creusé (faut dire que leur carrure les aide bien) : les plus jeunes Kempf, Nyembo, Briet et Jund n'ont pas compté leurs efforts et se sont installés comme cadre dans leurs équipes, même pour l'ancien chartrain qui a toutefois un peu moins joué cette saison sous le maillot toulousain (794 minutes contre environ 1200 en moyenne à Chartres).

CHEZ LES GARDIENS ?

Et dans les cages, alors ? On a mis de côté nos amis gardiens car le poste a ses propres lois. Le temps de jeu d'un gardien raconte surtout une histoire de confiance : celle que son coach lui accorde, ou pas.

Alexandre DEMAILLE [Saint-Raphaël Var Handball] - Crédit : Nicolas HERMITTE

Le plus indéboulonnable de la bande, c'est Alexandre Demaille. À Saint-Raphaël, le portier a tenu la boutique 1 469 minutes cette saison, 49 en moyenne par match. Autrement dit, Benjamin Braux ne l'a quasiment jamais sorti (88 % du temps de jeu des gardiens varois, rien que ça). Derrière, Jože Baznik (Aix) et Rubens Pierre (Tremblay) tiennent eux aussi leur zone d'une main de fer. Notons toutefois que ces temps de jeu conséquents s'expliquent dans certains cas par la blessure du deuxième gardien, sur la Côte d'Azur ou en Seine-Saint-Denis par exemple.

À l'inverse, dans d'autres clubs, on a misé sur l'alternance et la complémentarité. À Paris, Nantes, Limoges ou Cesson, les deux gardiens se sont relayés quasiment à 50-50. Enfin, difficile de ne pas citer le cas nîmois où, du fait des blessures de Wesley Pardin et Harun Hodzic, les jeunes Grosjean (19 ans), Del Blanco (20 ans) et Draussin (17 ans) ont eu la chance (si on peut vraiment appeler ça de la chance) de défendre les buts de l'USAM.

 

Au bout du compte, le temps de jeu ne désigne pas les meilleurs, ça, les buteurs et les trophées s'en chargent très bien. Il désigne les indispensables. Ceux qu'un entraîneur n'imagine pas sortir : un cadre de 35 ans qui en redemande, un gamin qui a brûlé les étapes, un gardien qu'on ne lâche jamais. Et parfois, à l'inverse, ceux qu'on est bien obligé de jeter dans le grand bain quand l'infirmerie déborde...

On se donne rendez-vous l'an prochain, pour voir si Ilic tient encore la distance, si Peyronnet a continué de grimper, et quels nouveaux noms se seront glissés dans la liste. Des forçats, il y en aura toujours. Reste à savoir lesquels.

Tristan Paloc

   
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