Coupes d’Europe

Les déplacements européens, toute une histoire !

La Coupe d’Europe, ce sont les voyages. Des voyages parfois courts. Mais des voyages souvent longs. Pour sa première en Champions League féminine, Brest a droit à un premier déplacement corsé tant sur le plan sportif que logistique : à Rostov-Don, au sud de la Russie. A vol d’oiseau, les deux villes sont séparées par 3260 kilomètres (voir carte ci-dessous). C’est donc la quatrième plus longue distance séparant deux clubs engagés en Coupe d’Europe, masculine et féminine confondu, cette saison. Rien que ça… Handnews a en profité pour prendre sa carte et faire un peu de géographie… et discuter aussi avec de grands voyageurs. On vous prévient, c’est un peu long, mais terriblement savoureux.

Le cas des clubs russes

C’est une évidence mais il faut le rappeler : tirer un club russe en Coupe d’Europe est toujours synonyme d’un voyage un peu plus long qu’à l’accoutumée. Cette saison, neuf clubs du plus grand pays du monde (17 125 191 km2, le deuxième étant le Canada avec “seulement” 9 984 670 km2) batailleront sur la scène européenne. Il y a ceux plutôt facile d’accès comme Chekhov (LdC M), Zvezda Zvenigorod (Coupe EHF F) en – très – grande banlieue de Moscou ou Saint Pétersbourg (Coupe EHF M) et il y a les autres… Rostov Don (LdC F), Kuban Krasnodar (Coupe EHF F) SKIF Krasnodar, Dynamo-Victor Stavropol (Challenge Cup M), tous situés dans le sud du pays non loin de la mer Noire, Astrakhanochka (Coupe EHF F), à la frontière russo-kazakhe et le Lada Togliatti (Coupe EHF F) à 800 kilomètres au sud-est de Moscou.

La carte ci-dessous montre l’emplacement des différentes formations russes engagées cette année dans toutes les coupes d’Europe.

Manon Houette, ailière de Metz, évoluait à Thüringer l’an dernier et avait hérité du groupe des championnes de France. Une poule où figurait aussi… Astrakhanochka. “Quand j’étais en Allemagne, on était à 2H30 de l’aéroport le plus proche, on prenait au moins deux avions, c’était du grand délire. Je me souviens quand nous sommes allées à Astrakhan. Nous étions arrivées à deux heures du matin et on jouait le lendemain à 15 heures. Je sais que beaucoup de filles avaient eu du mal à dormir. Surtout que lorsqu’on va là-bas, il faut faire avec le décalage horaire et c’est ce qui est le plus compliqué à gérer, ça peut être vraiment perturbant dans les préparations de match. Cependant, on a toutes les mêmes conditions et il ne faut pas croire que c’est plus simple pour les Russes quand elles viennent jouer ici.” 

Pas de Russie, pour le moment, pour Metz mais Brest va de nouveau y goûter. Comme l’année passée, la bande de Laurent Bezeau posera ses valises à Rostov ce week-end. Avant de prendre l’avion jeudi pour un match prévu aujourd’hui à 15h, Cléopatre Darleux, la gardienne bretonne explique : “Pendant le trajet j’en profite pour travailler la vidéo, pour étudier les joueuses contre qui je vais jouer. Et quand le voyage est plus long, on aime bien jouer aux cartes entre nous. Finalement, le temps passe vite généralement quand on est en déplacement et lorsqu’on a des correspondances, on prend un café et on repart. Le truc c’est qu’on n’a pas trop le temps de visiter les endroits où on va. Par exemple pour ce week-end, on prend d’abord l’avion pour Moscou jeudi où on va dormir avant les 3h d’avion à nouveau pour Rostov le lendemain. Donc on arrive vendredi à Rostov, on va s’entraîner et se reposer un peu pour jouer le samedi. Et, après le match, on repart samedi soir à Moscou pour dormir et rentrer dimanche à Brest en soirée.”

Depuis janvier dernier, Fred Bougeant est l’entraîneur de Rostov. Depuis le sud du pays, chaque match à l’extérieur ressemble à une aventure. Il détaille. “Pour nos matchs européens, nous partons systématiquement deux jours à l’avance car nous sommes au bout du monde. Nous avons deux séances d’entraînement sur place : une très light et une plus intense pour mieux se préparer avant le match.” 

Un peu de route en bus pour Rostov… Crédit : FB Fred Bougeant

Et pour les matchs du championnat local, ce n’est guère mieux… “Les déplacements en Russie sont terribles sur plusieurs points : premièrement par la distance, ensuite par l’intensité des matchs car il est courant de jouer des séries de trois ou quatre matchs à l’extérieur. Et, pour couronner le tout, nous avons un problème de décalage horaire. Tu peux dans la même semaine avoir un changement d’horaire variant de deux à trois heures !” Cette année, onze équipes composent en effet la première division russe. Depuis Rostov, le club le plus loin est localisé à Izhevsk, à 1411 kilomètres au nord-est. Mais il y a aussi Oufa moins loin… d’une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau. A titre de comparaison, le déplacement le plus long en LFH est pour les Brestoises et les Niçoises séparées par 1044 bornes. Faut-il également mentionner qu’un déplacement depuis Rostov, dont les températures varient entre -3 et 23 tout au long de l’année, est également sportif en termes de changement de température? En championnat, d’une ville à l’autre, le thermomètre peut prendre 15 degrés dans la vue sans problème.

“Mais les habitudes des joueuses russes sont vraiment impressionnantes, tu ne vois aucun écart de comportement, ni de nervosité, malgré la fatigue, les retards, et les aléas des voyages, poursuit Fred Bougeant. Ici, nous prenons l’avion toute les semaines, nous avons donc des protocoles très précis concernant l’alimentation, l’hydratation mais aussi le travail physiologique permettant d’accélérer la récupération et l’effet jambes lourdes. A côté de tout ça, il ne faut pas oublier le niveau des oppositions et l’intensité du défi physique du championnat russe qui est une compétition très hétérogène. D’autant plus que les cinq premières équipes jouent un handball très dur, avec un rythme beaucoup plus important qu’en France.”

Pour clore ce chapitre russe, saviez-vous que l’histoire entre Fred Bougeant et Rostov avait débuté il y a maintenant plusieurs années? Il s’explique. “J’ai des centaines d’anecdotes de déplacement car au centre de notre activité, il y a toujours l’aventure humaine. Je pourrais écrire un livre là-dessus ! Et dans ses déplacements, il est évidemment fréquent de voir parmi nos joueuses et nos accompagnateurs certains troubles du comportement. Je ne pourrais jamais oublier l’image d’un de nos kinés havrais à Rostov en retard à l’heure de quitter l’hôtel sautant sur sa valise, en essayant par tous les moyens d’installer son cadenas alors que ses affaires débordaient de partout. À sa décharge, il avait connu une troisième mi-temps très agitée…. (ndlr : en 2010, le Havre avait décroché sa qualification pour les demi-finales de Coupe EHF, son plus beau parcours européen jusqu’à aujourd’hui, en battant Rostov 20-19 en Russie.)” On attend la défense du kiné désormais !

Moins loin, moins fatiguant ? Pas si sûr…

Mais il n’y a pas que la Russie dans la vie. Il y a les autres pays aussi. Alors on s’est demandé s’il valait mieux tirer une équipe d’un pays plus proche. La réponse est sans appel.

Arnaud Siffert, c’est quinze coupes d’Europe au compteur de la Challenge Cup à ses débuts avec Paris jusqu’à la Champions League avec Dunkerque, Nantes ou Montpellier. Il explique : “Je crois que le plus long déplacement que j’ai fait, c’est Volgograd, et j’ai eu le privilège de le faire deux fois. Mais la distance n’est pas forcément le plus compliqué à gérer, on a parfois des déplacements courts mais qui nécessitent deux ou trois correspondances en avion.”

Avant d’ajouter : “Le retour ça peut être compliqué, surtout quand tu as pris une valise à l’extérieur. Mais c’est pareil en championnat, quand tu as perdu t’as pas envie de faire les trois heures de TGV pour revenir de Toulouse ou je ne sais pas où. Mais quand tu dois revenir de Skopje, avec 12h de vol et trois correspondances, et qu’en plus tu t’es levé à pas d’heure et que tu en as pris dix, t’es content quand tu arrives chez toi !

Alors vraiment, plus c’est loin, mieux c’est ? “L’an dernier on a eu un beau truc aussi, on jouait à La Rioja en barrage de la Champions League, se rappelle Siffert. L’aller se passe bien, pas de problèmes sauf qu’au retour, trop de vent et tous les avions sont annulés. Donc le club de La Rioja nous a prêté son bus et on est revenu de Logrono en bus (ndlr : à la frontière avec le Pays Basque espagnol, à 742 kilomètres de Nantes). Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait autant de bus ! Mais dans ces cas là, tout le monde est dans la même galère, alors tu en profites pour papoter avec les copains de choses dont tu as pas le temps habituellement, c’est clair que ce genre de déplacement ça soude.”

Fred Bougeant, qui a disputé toutes les coupes d’Europe aux commandes du Havre, Fleury ou Rostov, nous livre là une anecdote plus que savoureuse. Nous sommes en février 2004. Le Havre dispute la première campagne européenne de son histoire et joue son deuxième match de Challenge Cup à Vestmannaeyjar… îles Vestmann en Français. Un archipel au sud de l’Islande dont la plupart des îles sont inhabitées. Population? 4000 habitants environ. Distance du Havre? 1976 kilomètres. Pourtant, au premier abord, pas de raison de s’inquiéter : l’accueil des Islandais est reconnu, les vols à destination de l’île sont fiables, et pourtant… “Nous devions donc jouer dans ce village de pêcheurs que nous n’avons pas pu rejoindre par avion pour des raisons météorologiques. Nous avons atterri à Reykjavík puis avons ensuite effectué un trajet en bus en pleine tempête de glace avant de monter sur un ferry et d’effectuer la traversée pour rejoindre l’île en pleine tempête. J’avais pourtant mis en garde l’ensemble du staff sur le fait que, manger une entrecôte frites arrosé d’une bière , au démarrage du navire était une bien mauvaise idée… Mais l’appel du large leur avait ouvert l’appétit ! Je peux vous dire que la tempête qui a suivi a facilité leur digestion (rires) ! Si ma mémoire est bonne, je pense être un des rares membres de la délégation à avoir eu le pied marin sur ce déplacement. Il nous a même fallu secourir le délégué anglais de l’époque allongé sur le ponton, malade et complètement paniqué par la tempête au large des côtes !”

La réponse est donc non : ce n’est pas parce qu’on joue dans un pays plus proche et à priori plus développé en termes d’infrastructures que le déplacement est forcément plus reposant !

Les clubs français cette année

Chez les hommes, Chambéry n’a pas été gâté au tirage de Coupe EHF puisqu’il a tiré pour le deuxième tour Maccabi Srugo Rishon Lezion, club de Tel Aviv, en Israël. Un déplacement long de 2894 kilomètres. Facile. Nantes et le PSG sont plutôt bien lotis. Nouvelle formule de la Ligue des Champions oblige, ce sont souvent les mêmes destinations qui ressortent d’une année sur l’autre.
Arnaud Siffert, portier du H, confirme : “A la longue, les déplacements sont de moins en moins excitants, surtout qu’on retourne toujours un peu aux mêmes endroits. J’ai fait pas mal de contrées, Chypre, la Russie ou l’Ukraine mais ces dernières années ça a souvent été moins exotiques. Mais plus que le déplacement en lui même, c’est l’enchainement qui est compliqué. Il n’est pas rare qu’on ne rentre pas à la maison entre les matchs et quand tu avances dans ta carrière, ça devient un peu barbant. Le déplacement n’est pas toujours un problème, si on prend l’exemple du weekend prochain. On joue à Barcelone, on a un vol direct depuis Nantes, parfait ! Sauf qu’on joue samedi après-midi et que le vol du retour est prévu à…5h30 dimanche matin ! Donc pour la récupération, merci !”

Chez les femmes, Dijon se déplace à Copenhague, Besançon à Silkeborg, Issy-Paris à Dramen (Glassverket). Rien à plus de 1400 kilomètres finalement. Tandis qu’en Ligue des Champions, outre Rostov, Brest devra s’enquiller 1263 bornes pour Ikast (Midjtylland) et 1642 kilomètres pour Györ. Metz, enfin, cumulera les 1012 kilomètres pour Kristiansand, 1256 pour Buducnost et les… 222 kilomètres pour Ludwigsbourg (Bietigheim). Presque trop facile !

Le Sporting Lisbonne et l’avion, une belle histoire d’amour

Pour finir, vous vous demandez sans doute encore quels sont les deux clubs les plus éloignés qui s’affronteront cette saison en Coupe d’Europe : il s’agit des Portugais du Sporting Portugal et des Russes de Chekhov, éloignés de 3891 kilomètres mais qui évoluent ensemble dans le groupe D de Champions League masculine. Le Sporting qui, haut la main, sera le club qui avalera le plus de kilomètres cette saison puisqu’il affrontera également Zaporozhye, à Kharkov, à l’est de l’Ukraine à la frontière avec la Russie, ce qui en fait le deuxième déplacement le plus long cette saison avec 3758 kilomètres… mais également le Besiktas Istanbul, un voyage un poil moins loin que celui de Brest à Rostov avec “seulement” 3238 kilomètres à avaler.

Combien de kilomètres, au minium, les Portugais parcourront-ils en Champions League? 29416, aller-retour. (Cliquez ci-dessous pour avoir le détail de ces périples).

Et la première place est pour…

Il faut chercher loin, très loin dans les premiers tours de Challenge Cup féminine pour trouver le déplacement le plus improbable et probablement le plus long de cette saison. Le Parnassos Strovolou, club de la banlieue de Nicosie à Chypre, a tiré le méga jackpot pour aller jouer contre Madeira Funchal, formation portugaise de Madère, au large du Maroc. Les deux rencontres se joueront d’ailleurs là-bas. La distance ? 4603 kilomètres. Et, on a cherché, pour aller de l’un à l’autre c’est au minimum 12h d’avion et 2 escales. Bon voyage !

En bonus, les pires déplacement en Coupe d’Europe vus par…

Arnaud Siffert : Si je devais en retenir un dans la catégorie des pires, ça serait Bitola en Macédoine je crois (ndlr : Coupe EHF 2002/2003 avec Dunkerque). On était arrivé là-bas avec trente centimètres de neige, il y avait un transfert qu’on a fait dans un bus sans chauffage, je crois j’ai jamais eu aussi froid de toute ma vie !”

Cléopatre Darleux : “A l’époque où je jouais à Viborg, on avait loupé un avion de correspondance en raison d’un problème. De mémoire, on avait du aller dans un autre aéroport en Allemagne et on avait du dormir sur des lits de camp. C’était assez horrible d’ailleurs (rires)”Voir ici.

Fred Bougeant : “Mon pire souvenir ne concerne pas un déplacement mais un match. Il s’agit d’une rencontre de coupe d’Europe disputée avec le Havre. Nous avions fait le déplacement en avion privé, mais c’est surtout dans l’accueil des dirigeants Roumains,  que nous avons connu le pire….. la journaliste havraise de l’époque avait titrée son papier « enfant de zalau » …. ça suffit à résumer le traquenard local ! Pour le reste, les petites coupes d’Europe sont parfois folklorique alors qu’en ligue des champions, le niveau d’accueil des équipes est toujours remarquable.” (ndlr : il s’agit du huitième de finale de Coupe EHF contre Zalau en 2005).

* Toutes les distances sont à vol d’oiseau. Elles ne comprennent pas les transferts en bus qui, en plus, rajoutent du temps de parcours entre les aéroports, hôtels et salles.

Clément Domas (avec Kevin Domas, Maxime Cohen)

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2 CommentairesPoster un commentaire

  1. bombjack4M - le 7 octobre 2017 à 13h57

    Les voyages forment la jeunesse 🙂

  2. Aquitaine 64 - le 7 octobre 2017 à 15h13

    Bon en même temps on va pas verser une larmes ,ces madeleines,dames et messieurs sont quand même des privilégiés.

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