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Interrogations et suspense pour la reprise de la Bundesliga

Après la Supercoupe remportée par Rhein-Neckar devant Flensburg hier (33-26), le championnat allemand reprend officiellement ce jeudi. Un championnat dont l’affaiblissement est constaté par de nombreux observateurs, et qui s’annonce cette année encore plein de surprises.

La période de sevrage de matchs officiels de handball prend fin, enfin, avec le retour de la Bundesliga. Si son appellation de « meilleure ligue du monde » semble de plus en plus galvaudée, l’absence de joueurs français en étant un indice, elle n’en demeure pas moins le championnat le plus dense du monde, avec pas moins de 34 matchs pour les 18 équipes participantes. C’est peut-être le championnat le plus difficile du monde de par son intensité et sa longueur. C’est peut-être cette difficulté qui le rend moins attractif.

Un niveau qui stagne, voire régresse

Pour se rendre compte de la densité notamment dans la première partie de tableau, il suffit de voir que les trois équipes allemandes engagées en Coupe EHF l’an dernier se sont qualifiées sans trop de problème au Final Four, Saint-Raphaël étant la seule équipe capable de s’opposer à cette hégémonie dans une compétition finalement remportée par Berlin. Par contre, pour en voir les limites, il faut regarder en Ligue des champions, où aucune équipe allemande ne s’est qualifiée pour le Final Four pour la deuxième saison consécutive. Ce n’est pas passé loin pour Kiel, alors que Flensburg, qui a sombré à Montpellier, et Rhein-Neckar, qui a choisi d’envoyer l’équipe B pour jouer à Kielce en huitièmes de finale alors qu’il jouait le même jour en championnat contre Kiel, sont sortis sans les honneurs.

Plus globalement, et ce fut très visible l’an dernier, la Bundesliga se scinde en deux : d’un côté, sept, voire huit équipes qui se mêlent à la course à l’Europe, de l’autre, le reste, qui se bat pour le maintien. Certaines équipes réalisent un début de championnat satisfaisant mais pas au point de jouer l’Europe, et se retrouvent sans objectif à deux mois de la fin de la compétition, comme Wetzlar, Lemgo et Minden la saison dernière. « Globalement, on a l’impression que le niveau baisse, juge François-Xavier Houlet, consultant sur beIN Sports et ancien joueur de Gummersbach. Il y a une grande densité, mais de plus en plus, le niveau baisse. Une des explications est que les stars préfèrent aller jouer autre part. »

Un passage à 16 de plus en plus évoqué

La raison principale de cette fuite des cerveaux (Petar Nenadic l’hiver dernier ; Casper Mortensen, Kim Ekdahl du Rietz ou les frères Toft Hansen cet été ; Rasmus Lauge la saison prochaine) semble résider dans ce rythme trop soutenu. Des voix, comme celles de Stefan Kretzschmar (photo) ou de Martin Schwalb, se sont récemment élevées pour appeler à la réduction du championnat à 16 équipes. François-Xavier Houlet adhère à ces revendications. « Je suis évidemment de l’avis qu’il faille réduire le nombre de clubs en Bundesliga, dit-il. Au départ, l’idée était de permettre au maximum de joueurs allemands de jouer au plus haut niveau. Pourquoi pas. Mais avec la nouvelle formule de la Champions League, pour les clubs de haut de tableau, c’est devenu la folie. Et on voit que les équipes du bas de tableau, sans citer de nom, ont un niveau très, très faible et que l’objectif de départ n’est, finalement, pas vraiment rempli. »

Les droits TV avec le contrat de Sky ont offert une manne financière supplémentaire aux clubs allemands, mais sans conséquence sur le jeu pour l’instant. « Ne serait-ce que deux équipes en moins en Bundesliga, ce serait retirer quatre matchs, soit donner deux semaines de plus de vacances aux joueurs », ajoute Houlet, qui voit en la surcharge du calendrier une cause de la moindre réussite des Allemands en Ligue des champions : « Si les clubs allemands ne sont plus assez performants au moment clé pour aller au Final Four de Cologne, c’est surtout parce que les joueurs sont bien moins frais en avril que ceux du Vardar ou de Veszprem. » Si parler de crise peut paraître un peu fort, les dirigeants de la Bundesliga doivent néanmoins réagir pour redresser la barre d’une ligue pour l’instant sur le déclin. A la question du passage à 16, ceux-ci ont pour l’instant répondu par la négative.

Kiel et Rhein-Neckar favoris

La question de l’enchaînement des matchs et du risque de blessures pour les joueurs sera probablement un fil rouge de la saison, en espérant cette fois que les dirigeants sauront éviter de nouveaux conflits frontaux avec l’EHF, conflits dont Rhein-Neckar a pâti deux fois la saison dernière. Mais cela ne semble pas bien parti, comme le soulignait déjà leur entraineur Nikolaj Jakobsen pendant la préparation : “Jusqu’à Noël, à trois reprises nous allons jouer le jeudi en championnat et le samedi à l’extérieur en coupe d’Europe. Encore une fois, on va nous forcer à faire des choix…” Néanmoins, les Lions seront à nouveau favoris au titre la saison prochaine, alors que celui de la saison dernière lui a échappé à la surprise générale en fin de saison, au profit de Flensburg, pourtant peu attendu après la fin de l’ère Ljubomir Vranjes. « La saison dernière a été assez étrange, jusqu’à son dénouement, analyse Houlet. Paradoxalement, Flensburg est champion l’année où son jeu est le moins abouti. Et Rhein-Neckar s’est sans doute senti champion un peu trop tôt. » Difficile d’ailleurs de retirer Flensburg des favoris. Néanmoins, le SG a connu un sacré chambardement de son effectif avec six départs pour six arrivées. L’équipe est rajeunie, moins expérimentée (Thomas Mogensen et Matthias Andersson sont notamment partis) et semble moins disposée à remporter de nouveau le titre. La victoire assez large de Rhein-Neckar sur Flensburg en Supercoupe (33-26), même si l’écart a été définitivement creusé dans les dix dernières minutes, a donné quelques indices sur les possibilités des deux équipes cette saison, en confirmant que le tenant du titre devrait être un ton en-dessous de son dauphin cette saison.

A côté de Rhein-Neckar, c’est Kiel qui est cité comme l’autre grand favori. Sorti d’une saison décevante terminée à la cinquième place, le THW semble être cette année dans de meilleures conditions pour aller plus haut. « Kiel est mon favori pour la saison prochaine. Ce genre de clubs ne peut pas se permettre d’être un no name deux fois de suite », pronostique François-Xavier Houlet. Les Zèbres ont notamment pris le dessus sur Flensburg et Barcelone en préparation. « En plus, ils ont recruté de façon maline, ajoute-t-il encore. Pekeler va apporter beaucoup au poste de pivot, et si on compare Zeitz et Reinkind comme troisième arrière droit, ce n’est pas la même chose non plus. Et si on rajoute le fait qu’ils vont moins jouer que Flensburg et Rhein-Neckar (8 matchs en moins avant Noël, ndlr), il y aura une vraie différence de fraîcheur physique. » Pour la dernière année d’Alfred Gislason sur le banc des Zèbres, un titre serait beau. Berlin, sur le podium toute la saison dernière, a bien digéré l’après Petar Nenadic et devrait aussi être dans le coup. Ce qui permettrait de justifier les frais estivaux.

Des outsiders nombreux

« Dans la répartition du championnat, on voit qu’il y a toujours un Big Four, avec Kiel, Flensburg, Rhein-Neckar et Berlin, même si ils ont du mal à confirmer avec des titres », résume Houlet. On pourrait ajouter Magdebourg, toujours présent avec un effectif stable, mais renforcé à quelques postes. « Derrière, il y a des empêcheurs de tourner en rond, poursuit-il. Hannover a bien failli surprendre tout le monde la saison dernière, et on va voir cette année s’ils confirment. Melsungen, c’est le grand point d’interrogation, sur le papier leur équipe et même le projet est séduisant mais les résultats ne suivent pas. » On va suivre la saison du MT avec intérêt, pour voir si la patte Heiko Grimm prend et comment s’intègrent les recrues (Simon Birkefeldt, Domagoj Pavlovic, Yves Kunkel). Parmi les autres équipes qui pourraient se mêler à la course à l’Europe, on peut aussi citer Leipzig, dont l’effectif se solidifie année après année, et Göppingen. Le club souabe sort d’une saison très troublée avec deux changements d’entraîneur. Le nouveau coach, Hartmut Mayerhoffer, sacré meilleur entraîneur de D2 avec Bietigheim la saison dernière, a pour mission d’apporter un peu plus de sérénité au dernier demi-finaliste de la Coupe EHF. Du moins, certains cadres comme  Kresimir Kozina (photo) croient au projet sur la durée.

Compétition ouverte aussi en bas

Si le niveau demeure faible en bas, la lutte pour le maintien promet cependant d’être intéressante. Annoncé rétrogradé avant l’ouverture du championnat la saison dernière, Ludwigshafen a réussi l’exploit de se maintenir au détriment de Lübbecke. Cette année, le plus faible budget de Bundesliga (1,2 M€) est encore cité parmi les rétrogradés potentiels, avec un effectif encore rajeuni mais peut-être plus intéressant que l’an dernier. L’autre favori à la descente est Bietigheim, promu qui a dû reconstruire sa base arrière cet été, après le départ notamment de son buteur Gerdas Babarskas à Chambéry. Les experts annoncent un meilleur sort pour Bergischer, qui s’est promené en D2 la saison dernière et qui, avec son effectif solide, devrait assurer un maintien confortable.

On ne voit pas des équipes comme Wetzlar, Lemgo ou Minden souffrir pour le maintien, après leur saison très convenable l’an passé. De même, à Erlangen, la greffe Adalsteinn Eyjolfsson, coach arrivé en cours de saison dernière, a pris et le recrutement ambitieux peut même laisser croire à une place en première partie de tableau. Mais tout le monde ne peut pas tout gagner, et ces quatre équipes voudront avant tout se maintenir confortablement. En fait, si Bietigheim et Ludwigshafen veulent se maintenir, ce sont les matchs contre Gummersbach et Stuttgart qu’ils devront bien gérer. Ces deux équipes, maintenues de justesse ces deux dernières années, semblent un ton en-dessous des autres et devront probablement lutter jusqu’au bout pour sauver leur peau. Heureusement pour elles, il n’y a que deux descentes en Bundesliga depuis la saison dernière. Jusqu’à la remise en cause du format à 18 clubs ?

Le programme de la première journée est à retrouver à l’onglet résultats.

Pour voir tous les mouvements de joueurs en Bundesliga, consultez l’onglet transferts.

Mickaël Georgeault (avec Kevin Domas)

HandNews & CasalHand
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5 CommentairesPoster un commentaire

  1. Vardarian - le 23 août 2018 à 11h26

    Flensburg est plus faible que l'année dernière. Maintenant ils sont clairement en-dessous de Kiel et RNL

  2. cochonne - le 23 août 2018 à 11h55

    Juste pour revenir sur les calendriers surchargés, moi je connais des artisans qui bossent six jours sur sept, qui ne s'octroient que quinze jours.de vacances sans se plaindre et sans tout un staff qui gère jusqu'au repassage des maillots car comme les sportifs c'est simplement la vie qu'ils ont choisis.
    Sinon, je connais aussi des dirigeants qui aimeraient bien devoir gérer les calendriers de D1 et de LDC deleur équipe au lieu de passer leur temps à se casser la tête à boucler un budget serré… voir famélique.
    Et pour finir je connais des gens pour qui terniner le mois sans plomber leur compte en banque est à chaque fois un exploit.
    On peut toujours trouver une raison de se plaindre ça dépend de l'endroit ou on place le curseur et surtout le niveau zéro.
    Ah et ce matin j'ai croisé mon voisin en pleurs car sa femme hospitalisée depuis deux mois en oncologie a été transférée au service des soins palliatifs… juste une question de curseur et de point zéro disais-je.

    • Vardarian - le 23 août 2018 à 12h32

      Quel commentaire anxiogène.

      Ne parlons pas du cancer et des comptes en banque, parlons du handball!

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