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La Bundesliga a perdu son accent français

La saison allemande, qui reprend ce mercredi soir avec la Supercoupe opposant Flensburg, le champion en titre, et Rhein-Neckar Löwen, comptera un absent, comparé aux 22 dernières années : le joueur français. Un fait qui éclaire aussi sur l’évolution inversée de la Bundesliga et de la LNH.

La Bundesliga reprend ses droits cette semaine, mais l’événement semble perdre de plus en plus en épaisseur. « La ligue la plus forte du monde » ? Vraiment ? Le haut de tableau de Bundesliga est très dense, le suspense pour le titre semble fort, on devrait donc vivre une saison intéressante. Mais de là à être « la ligue la plus forte du monde »… La preuve, le championnat allemand intéresse moins hors de ses frontières. Pour la deuxième saison consécutive, il ne sera pas diffusé en France où il touchait dernièrement une audience chaque année de plus en plus confidentielle. Le championnat semble même moins intéresser les joueurs, notamment français. D’ailleurs, pour cette rentrée 2018, pour la première fois depuis 22 ans, aucun joueur français ne foulera les parquets de Bundesliga.

Au commencement était l’arrêt Bosman

Quand on jette un coup d’œil dans le rétroviseur, on remarque que les joueurs hexagonaux n’ont pas hésité à tenter sa chance outre-Rhin. Les premiers à passer la frontière s’appellent entre autres Frédéric Volle, Marc Wiltberger, Stéphane Stoecklin ou encore Jackson Richardson. Ils rejoignent des villes qui ne font pas forcément rêver, comme Wallau-Massenheim, Minden ou Großwallstadt, mais qui ont une certaine renommée sur la planète handball. Christian Gaudin, à l’époque gardien à Istres, saute le pas l’année suivante, en 1997, à Hameln, une ville qu’il ne connaît alors pas, à part pour le conte des frères Grimm, Le Joueur de flûte de Hameln. « A l’époque, il était compliqué pour un club français de pouvoir prétendre à jouer et gagner une Coupe d’Europe. J’avais eu des échecs à Nîmes notamment en Ligue des champions où on était passé très près d’aller en finale. Mon ambition était donc de gagner une Coupe d’Europe avec un club allemand, parce qu’ils se battaient souvent avec les Espagnols pour gagner ces titres-là », explique-t-il aujourd’hui. Il a pu se servir de Hameln comme un tremplin pour rejoindre Magdebourg (photo) et atteindre son objectif, en allant chercher la Ligue des champions avec Guéric Kervadec et Joël Abati en 2002.

Si cette vague de Français en Allemagne a pu se produire, c’est en grande partie grâce à l’arrêt Bosman, qui n’a pas révolutionné que le football. Les meilleurs joueurs européens vont alors dans des clubs plus structurés où ils peuvent atteindre leurs objectifs. Les meilleurs Français n’hésitent donc pas à passer en Allemagne ou en Espagne. « A l’époque, pour un joueur français, jouer en Bundesliga permettait de franchir un cap », déclare Christian Gaudin, qui insiste sur la statut des joueurs étrangers dans un club allemand. « En tant qu’étranger, tu prends la place de locaux, donc il te faut être performant, argumente l’actuel entraîneur de Cesson. Au quotidien, on se rend compte qu’il faut beaucoup travailler et maintenir une exigence pour pouvoir assumer le statut que l’on a, c’est-à-dire celui de joueur étranger. A partir du moment où tu viens dans un championnat autre que le tien, tu dois apporter un plus. » Et certains l’ont effectivement apporté, ce plus : Stéphane Stoecklin a fini meilleur buteur de Bundesliga en 1998, Joël Abati et Guéric Kervadec font partie du cercle très fermé des membres du Hall of Fame de Magdebourg, et d’autres ont marqué de leur empreinte leur passage en Allemagne comme Thierry Omeyer et Nikola Karabatic à Kiel ou les frères Bertrand et Guillaume Gille à Hambourg.

Un « épi-phénomène » qui reflète un appauvrissement du championnat

Avec le départ de Kentin Mahé (photo de tête) de Flensburg pour Veszprém, c’est donc la fin d’une série de 22 ans de joueurs français en Allemagne. « La non-présence de Français en Bundesliga la saison prochaine est un épi-phénomène », déclare cependant François-Xavier Houlet (photo), consultant à beIN Sports qui a lui aussi passé plusieurs années en Allemagne, surtout à Gummersbach où il a hérité du brassard de capitaine dans les années 2000, avant d’en devenir le manager général. On peut d’ailleurs noter que la nouvelle n’a ému absolument personne, et il est difficile de parler de la fin d’une ère tant la chose était prévisible. Ces cinq dernières années, à part les frères Nyokas et Guillaume Joli, rares ont été ceux tentés par l’aventure allemande. Le cas de Kentin Mahé est d’ailleurs exceptionnel : l’international français a grandi en Allemagne, y a fait sa formation et découvre pour la première fois cette année un autre championnat.

Le cas des Français n’est pas isolé. « On peut aussi prendre l’exemple des Slovènes, par exemple, remarque Houlet. Les bons Croates ne sont pas non plus en Bundesliga, à quelques exceptions. » Plus généralement, « désormais, les grands joueurs étrangers ne font plus de l’Allemagne leur premier choix, poursuit Houlet. Un joueur, à 23 ou 24 ans, ne va plus aller en Allemagne mais en France, ou dans les grands clubs européens. Les scandinaves font encore exception, même si certains se perdent encore en route. Mais là où un joueur comme Anders Eggert ou Michael Knudsen ont fait dix ans ou plus en Bundesliga, désormais, Rasmus Lauge Schmidt s’en va à 28 ans. » Le grand hebdomadaire allemand Handballwoche ne s’y est pas trompé quand, dans son bilan de la saison dernière, il réserve une page au « départ des superstars ». Sont notamment cités les noms de Kim Ekdahl du Rietz et Henrik Toft Hansen (à Paris), Rene Toft Hansen et Kentin Mahé qui retrouvent Petar Nenadic, parti de Berlin à l’hiver dernier pour Veszprém, ou encore Casper Mortensen et Kevin Møller, à Barcelone. « Le temps où d’absolues stars mondiales comme Jackson Richardson, Talant Dujshebaev, Daniel Narcisse, Nikola Karabatic, Momir Ilic, Filip Jicha ainsi que les frères Bertrand et Guillaume Gille défilaient sans discontinuer en Bundesliga est révolu », écrit le journaliste Stefan Flomm.

Bravo la LNH !

La raison principale est simple : comme Christian Gaudin à l’époque, les grands joueurs veulent gagner des titres européens. Cela semble de plus en plus compliqué avec un club allemand, dans un championnat composé de 18 équipes. « De plus en plus, les joueurs sont dans la gestion de leur carrière, et à salaire égal, ils préféreront rester en France ou aller à Kielce ou Barcelone, où physiquement ils pourront quand même plus se reposer, tout en étant performants en Champions League », déclare François-Xavier Houlet, qui confirme au passage que cette absence de Français en Allemagne n’est pas une question de désintérêt des clubs allemands : « Avant, si un joueur voulait évoluer au meilleur niveau, il allait en Bundesliga. Désormais, sur les très gros dossiers, les Allemands n’ont plus la main, mis à part peut-être le THW Kiel, de par son prestige. » L’Allemagne n’est donc plus en haut de la liste des clubs rêvés par les joueurs, « parce que financièrement c’est moins intéressant et qu’en terme de charge de travail, c’est supérieur au reste. » Un argument auquel adhère Christian Gaudin : « Aujourd’hui, les joueurs français, et notamment ceux qui jouent à Paris évoluent dans une structure qui offre le plus gros budget européen », rappelle-t-il.

Car dire que le championnat allemand s’appauvrit ne doit pas faire oublier que le niveau du championnat de France, lui, a considérablement augmenté, et que les arguments pour les clubs français pour retenir leurs joueurs se sont en même temps renforcés. « Il faut souligner et féliciter tout le travail qui a été fait au niveau de la LNH, soutient Christian Gaudin. Il y a un pari un peu fou qui a été annoncé il y a quelques temps en souhaitant devenir la meilleure ligue du monde, sachant que c’était la Bundesliga qui dominait. Je ne sais pas si on peut dire que la LNH est la meilleure ligue du monde, mais en tout cas, au niveau du ranking européen, elle est passée devant la Bundesliga. Il y a 20 ans, jamais on aurait pu imaginer être dans cette position. » Le fait que le trio de tête du championnat de France soit aussi le top 3 de la dernière Ligue des champions est significatif. On peut aussi remarquer que la star de la sélection allemande, Uwe Gensheimer, débutera sa troisième saison en France en septembre. S’il ne faut pas enterrer définitivement la capacité de la Bundesliga à attirer des talents français (Romain Lagarde, photo, est annoncé à Rhein-Neckar à partir de 2020), il n’empêche qu’aujourd’hui, il vaut peut-être mieux s’appeler « ligue des stars » que « ligue la plus forte du monde »…

Mickaël Georgeault (avec Kevin Domas)

HandNews & CasalHand
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22 CommentairesPoster un commentaire

  1. cochonne - le 22 août 2018 à 08h53

    Bonjour
    Il aura été productif en matière d'articles ce passage chez Christian Gaudin a Cesson .
    ✌🏻️deux minutes ? Ok je sors…

  2. jpf_hb - le 22 août 2018 à 09h09

    Très bon résumé de la situation.

    En fait des fois j'ai l'impression qu'il n'y a pas de championnat plus fort ou autre entre la France et l'Allemagne : j'ai l'impression que les deux ne jouent pas au même sport…

    En tout cas il n'y a quelque chose qu'on enlèvera jamais à l'Allemagne, c'est l'ambiance dans les salles à chaque match. Je rêve du jour où l'on verra ça en France

  3. cochonne - le 22 août 2018 à 09h42

    Moi ce qui m'inquiete c'est que le handball en général soit sur le déclin et que la bulle risque bien d'eclater dans les prochaines années.
    Championnats "en bois" pour reprendre l'expression souvent utilisee, club et endettes, retrait des mecenes sans compter que le handball a l'échelle mondiale ne représente qu'une niche et qu'à l'intérieur de celle-ci il n'y a qu'une poignée d'équipes qui prennent toute la place.
    Si la manne Qataris venait à se rarefier, il n'y aurait même plus de toit.
    Les Quataris ne sont pas fous, ce sont des investisseurs et si ça continue comme ça, la rentabilité pourrait ne plus valoir le coup et la…
    Pareil pour les JO, un sport de niche ne peut pas y prétendre ou alors il faudra les y Accepter tous et les JO dureront trois mois.
    Non, lorsque je me pose objectivement la question je m'inquiete

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