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Dernier tour de piste (1/3) : Valero Rivera, le Catalan au cœur violet

Le temps finit toujours par rattraper les sportifs, même les plus grands. Cette saison, quatre figures du handball s'apprêtent à refermer le chapitre le plus important de leur vie : celui de joueur professionnel. Dans notre série « Dernier tour de piste », ils reviennent sur leur parcours, leurs sacrifices et les souvenirs qu'ils emporteront avec eux. Premier arrêt avec Valero Rivera, l'ailier devenu l'un des visages de l'histoire nantaise.
Le plus Français des Espagnols foulera pour la dernière fois le parquet de la H Arena ce samedi face à Limoges. Lui Valero Rivera, le gamin de Barcelone, a élu domicile à Vertou (Loire-Atlantique), où il aime se promener avec sa famille et son chien.
Fils de la légende espagnole Valero Rivera López, six fois vainqueur de la Ligue des champions en tant qu’entraîneur, le sport était avant tout pour lui un moyen de s’amuser entre copains. « Je faisais du multisport à l'école avec mon meilleur ami. Un jour, il n'était plus là. J'ai demandé où il était passé et on m'a répondu qu'il s'était inscrit au handball. J'ai alors demandé à être inscrit moi aussi », raconte l'ailier gauche.
Dans l'ombre d'un nom
C'est donc à l'école qu'est née la « leyenda ». À 14 ans, il rejoint le Palau Blaugrana et fait ses classes au sein du FC Barcelone. Mais porter le nom Rivera n'est pas une mince affaire. Biberonné au handball depuis son plus jeune âge, le capitaine a longtemps subi le poids de son patronyme. « Il y a eu des endroits où on m'insultait. Ce n'était pas évident pour un gamin. »
Après deux saisons en professionnel avec les Catalans, il passe par quatre autres clubs espagnols -Aragón, Algeciras, Guadalajara et Vigo - avant de rejoindre le HBC Nantes à 25 ans. « À Vigo, j'ai vécu une saison très compliquée. Je jouais peu, le club connaissait des difficultés financières. J'avais le sentiment de ne pas pouvoir m'épanouir comme je le souhaitais. Quand l'opportunité de Nantes s'est présentée, je n'ai pas hésité longtemps. » Une opportunité offerte par un entraîneur qui l'a marqué, tant sur le plan sportif qu'humain : Thierry Anti.
« Lorsque j'étais à Paris, j'avais disputé des matchs amicaux contre des équipes espagnoles. J'avais noté son nom pour suivre sa progression. Une fois à Nantes, j'avais demandé à ma fille, qui jouait en Espagne, de se renseigner sur lui. Mais il se trouvait qu'elle le connaissait déjà très bien puisqu'ils se fréquentaient », raconte Thierry Anti en souriant.
Le futur entraîneur de Chartres hésite alors à le signer. Mais une discussion avec Gaël Pelletier finit de le convaincre et l'arrivée de Valero Rivera au HBC Nantes est actée.

Nantes, la terre de l'émancipation
C’est donc en 2010, dans la cité des Ducs de Bretagne, qu’il pose la première pierre de sa renommée. Arrivé libéré de l’ombre de son père, le joueur s’épanouit rapidement. « Je crois qu'en trois mois, je pouvais déjà parler un peu français et je comprenais tout », explique-t-il.
L’ascension est fulgurante. En 2012, il est élu meilleur joueur du championnat français. En 2013, il devient champion du monde avec l’Espagne, disputant la finale à Barcelone sous les ordres de son père, sélectionneur de la Roja. Trois fois meilleur ailier gauche du championnat français, meilleur ailier gauche du championnat du monde 2015, puis de la Ligue des champions en 2021...son palmarès est à la hauteur de l’homme.
Fils de deux clubs, Barcelone et le HBC Nantes, lorsque l’occasion se présente en 2016 de rentrer en Catalogne, difficile de refuser. « J'ai toujours pensé que si je quittais Nantes, ce serait pour rejoindre le Barça, et aucun autre club. Quand l'opportunité s'est présentée, je l'ai saisie naturellement. »
Quelques championnats et Coupes d’Espagne plus tard, le retour de l’enfant prodige est attendu. Le 9 mai 2018, à la Trocardière, lors d’un match face à Ivry, les supporters nantais découvrent la nouvelle sur l’écran géant. « Avec l'arrêt de Dominik Klein, une opportunité s'est présentée. J'en ai alors parlé à Gaël, car j'avais envie de revenir et de retrouver le plaisir d'évoluer dans cette salle et au sein de ce club. »
Une histoire franco-espagnole qui s’est achevée le 6 mai 2026 la où tout à commencé, au Palau Blaugrana, devant son père et ses amis. « Disputer mon dernier match de Ligue des champions là bas, pour moi, c’est magnifique. J’aurais pu rêver d’une meilleure fin si nous avions gagné, mais cela reste un souvenir exceptionnel », se remémore l’espagnol.

« Cette saison a sans doute été la plus compliquée de ma carrière »
Quatorze saisons sous le maillot violet, vingt-trois ans de carrière professionnelle, vingt-trois titres remportés avec Barcelone, Nantes et la sélection espagnole, et une place de deuxième meilleur buteur de l’histoire de la LNH : tout cela a eu un prix.
« En grandissant, j’ai compris qu’il fallait être très professionnel et que la famille passait souvent au second plan. C’est le principal sacrifice de cette carrière. Aujourd’hui, après toutes ces années, j’ai surtout envie de retrouver du temps avec ma famille. »
À 41 ans, sa dernière saison a été semée d’embûches, mais c’est toujours avec la grinta qui le caractérise qu’il l’a conclue : « Cette saison a sans doute été la plus compliquée de ma carrière. J’ai été arrêté un mois et demi à cause d’une blessure au genou, la plus longue absence que j’ai connue. À 41 ans, revenir en forme après autant de temps sans jouer n’a pas été facile, mais j’ai beaucoup travaillé physiquement après Noël et j’ai réussi à bien terminer la saison. C’est ce qui compte le plus pour moi. »
« J’ai tout fait pour rendre l’amour que les supporters m’ont apporté »
L’homme qui a toujours refusé de penser à la fin voit les heures tourner sans pouvoir arrêter leur course. Ses dernières foulées à la H Arena, il les savourera comme autant d’instants précieux. Un dernier tour de piste que ne manque pas de saluer Thierry Anti : « Il a eu une efficacité au tir exceptionnelle et a tellement marqué l’histoire du club que c’est aujourd’hui le bon moment pour s’arrêter. J’avais imaginé qu’il pouvait être un grand joueur, il l’est devenu », souffle l’entraîneur.
Et comme son père et Thierry Anti avant lui, Valero Rivera souhaite rester dans le handball. Dès la saison prochaine, il envisage de passer ses diplômes d’entraîneur afin de transmettre sa passion aux plus jeunes. Au HBC Nantes ? Rien n’est encore décidé, mais l’Espagnol n’est pas fermé à l’idée d’ouvrir un nouveau chapitre au sein de son club de cœur.
Le vainqueur de la Ligue des champions 2005 fera ses adieux au peuple violet ce soir avec un souhait simple : « Que l’on se souvienne que j’ai tout donné pour le H, que j’ai tout fait pour rendre l’amour que les supporters m’ont apporté et que j’ai toujours essayé d’être le plus professionnel possible. »
Le gamin de Barcelone est devenu une figure nantaise. Et lorsque ses dernières foulées s’effaceront du parquet de la H Arena, son empreinte, elle, continuera de marquer le HBC Nantes.
Ilann Thuel