N1 élite

Une première édition tronquée mais exaltante (2/2)

Frontignan Thau Handball (crédits photo : Brice Mesnard)

Pour sa première édition, la poule élite a été, à de bien nombreux égards, une belle surprise. Suite et fin du tour d’horizon avec les coachs du haut de tableau.

Dans une poule si dense, la lutte pour le haut de tableau a fait rage tout au long de la saison. Avec la disparition de Vernon, deux autres équipes ont tiré leur épingle du jeu pour accéder à la Proligue : Angers, terminant 3ème et armé pour se lancer dans un nouveau projet, et Sarrebourg, 5ème, promu plus tôt que prévu, mais qui construit sérieusement pour se battre au niveau supérieur. Ce haut de tableau laisse aussi la place à des équipes non VAP, qui auront été plus que des faire-valoir dans ce championnat. Amiens, qui visait le maintien, a mis 2 VAP derrière lui et Vernouillet, au pied du top5, aurait pu espérer mieux. Quant à Frontignan et Gonfreville, les deux équipes ont impressionné, en s’imposant comme des cadors de cette poule.

7. Amiens

7V, 0N, 8D. 6ème attaque, 10ème défense.

Iurii Shamrylo, Amiens (crédits photo : ACBB HB). Deuxième meilleur gardien du championnat avec 150 arrêts.

Avec pour objectif initial le maintien, le collectif amiénois peut largement se satisfaire de sa belle 7ème place. “On peut diviser notre saison en 3 étapes, commence l’entraîneur Yuriy Petrenko. On commence plutôt pas mal en récupérant des points face aux équipes contre qui on devait le faire, puis on est arrivés à une période très difficile. 6 défaites de suite, en comptant le match de coupe où on perd aux tirs aux buts. A ce moment-là, on commence à perdre confiance et il a fallu attendre la reprise en février pour recommencer à gagner des matchs. C’est dommage que la saison se soit finie de telle façon parce qu’on était dans de bonnes dispositions et on aurait pu gratter quelques places d’ici la fin de saison.

Avec un effectif plus jeune que les saisons précédentes, les Pirates ont parfois souffert de pertes de balles en accélérant son rythme de jeu, mais ont haussé leur niveau au fur et à mesure de la saison et gardent une marge de progression. Avec 4 départs, le club compte s’appuyer principalement sur des jeunes de l’équipe B, mais reste potentiellement à la recherche d’un arrière gauche jeune.

Les projets à moyens terme ? Se structurer, lentement mais sûrement. “On avait fixé cet objectif il y a 3 ans, de structurer le club pour aller au plus haut niveau, raconte Petrenko. Aujourd’hui on est sur le chemin. On ne peut pas tout prévoir, mais dans tous les cas, dans la tête de chacun, on veut progresser.

6. Vernouillet

7V, 1N, 7D. 2ème meilleure attaque, 11ème défense.

Chris NKuingoua, Vernouillet. 4ème meilleur gardien du championnat avec 125 arrêts en 15 matchs (crédits photos : CO Vernouillet)

Vernouillet est l’une des équipes qui a le mieux attaqué ce championnat. Trois victoires d’entrée, dont Angers et Gonfreville, l’équipe était déjà sur de bons rails. Un succès que le capitaine Johan Kiangebeni explique par la solidité d’un effectif renforcé, mais pas que. “On avait fait une très bonne préparation, et je pense qu’on était plus prêts que les autres équipes.” Mais lorsque les premières blessures sont arrivées, le collectif vernolitain a été fortement déstabilisé, au point de ne gagner aucun match entre la 8ème et la 14ème journée. “On gagnait beaucoup de matchs au début mais ça cachait des problèmes. Et quand on perd, ces problèmes resurgissent, explique le capitaine. En tant que capitaine, ça a été une saison très compliquée. On avait beaucoup d’exigences imposées par l’entraîneur mais aussi des amateurs qui avaient du mal avec ça. Il a apporté un vrai esprit de compétiteur mais a parfois oublié l’esprit familial qui caractérise notre club.” Avec des blessés, des joueurs marqués par la CAN en janvier, et un trouble entre aspirations professionnelles et esprit familial, Kiangebeni estime que l’équipe est à sa place. Mais aurait pu faire mieux : “en soi on est dans l’objectif, mais on voit qu’on a battu des VAP et on aurait très bien pu être dans les 3 premiers.” Dans le contenu du jeu, la deuxième meilleure attaque du championnat a néanmoins eu des soucis défensifs. “On a été très forts en attaque, avec beaucoup d’individualités, le danger pouvait venir de partout. Mais lorsqu’on est dans les meilleures attaques on se focalise moins sur la défense, et ça a été notre point faible.

Avec le départ du coach et de la quasi-totalité des cadres de l’effectif (9 départs dont NKuingoua, Muyembo, Ouedraogo, Dimitrov, Gheysen), le COV va entamer un nouveau cycle. “Avec le coronavirus, le club a pris un coup et il était important de repartir sur un nouveau projet, explique Johan Kiangebeni. L’équipe était vieillissante, et on va prendre un nouveau départ en recrutant des jeunes à fort potentiel qui ont vraiment l’envie de montrer qu’ils ont leur place à ce niveau. Donc on se rajeunit, mais on reste compétiteurs, et avec l’ambition de continuer à battre les VAP.” Ainsi, 7 joueurs vont arriver dans l’Eure-et-Loir, dont les Grenoblois Léo Dubois et Slaven Brdar, ou encore l’ancien de Dijon, Nantes et Cesson, Yann Polydore. Sur le banc, le nouveau technicien sera le Guyannais Denis Polydore, qui entraînait cette saison à Puteaux, en Nationale 3. “Son objectif est de refaire un club familial où on ne s’occupe pas que de l’équipe première, et c’est comme ça qu’on va pouvoir avancer.

4. Frontignan

8V, 3N, 4D. 5ème meilleure attaque, 6ème défense.

Kévin Mesnard, Frontignan. Meilleur gardien du championnat avec 160 arrêts en 15 matchs (crédits photo : Brice Mesnard).

Auteur d’une excellente saison, l’équipe héraultaise termine au pied du podium, avec de beaux espoirs pour la suite. Pourtant, l’exercice n’avait pas commencé de la meilleure des manières. “Le trou a été au début, il a fallu se mettre au niveau de cette poule, explique l’entraîneur Benjamin Curabet. Les joueurs ont mis du temps à voir le niveau qu’il fallait mettre, et nous aussi. Et l’enchaînement boulot et matchs était difficile à aborder.” Mais une fois lancée, la machine a convaincu, et le format de la poule a permis à l’équipe de se maintenir dans sa dynamique vertueuse. Une seule défaite depuis la 6ème journée, face à Angers. “Je pense qu’on était une équipe moyenne mais notre état d’esprit nous a fait aller un peu plus haut et créer des exploits” raconte sobrement le coach. Cet état d’esprit de cohésion, cette solidarité entre les joueurs a beaucoup joué sur le terrain. C’est probablement ce qui a permis de planter les buts de la victoire ou du nul, ce qui a donné de la force à une défense derrière laquelle Kévin Mesnard pouvait aussi rattraper les erreurs (meilleur gardien du championnat). C’est une cohésion qui dépasse d’ailleurs les joueurs nous dit l’entraîneur. “Pour moi il n’y a pas le staff technique d’un côté et les joueurs de l’autre, le but c’est vraiment d’impliquer les joueurs au maximum. Pour moi l’entraîneur c’est le capitaine de bateau, mais il écoute tout le monde. Je n’ai pas la science infuse. Et ça mène à des comportements d’entraide sur le terrain.” A noter également la belle collaboration avec Mathieu Lanfranchi sur le banc. “C’est bête que ça se soit fini si tôt mais c’était intéressant et enrichissant pour tout le monde.” Parti accompagner Guillaume Saurina pour coacher Nantes en LBE, et Benjamin Curabet étant aussi sur le départ, c’est l’ancien de la maison Renaud Boulanger qui prendra les rênes de l’équipe.

Frontignan Thau Handball (crédits photo : Brice Mesnard).

4ème, l’équipe garde néanmoins quelques regrets. “J’attendais la phase qu’on allait avoir avec des mois de mars/avril assez compliqués pour voir si on allait réussir à aller chercher ce podium, raconte le coach, qui a terminé sa saison juste avant un match à Sarrebourg. Mais c’était une belle saison, et une année charnière dans la structuration.” Car en effet, si le contexte avait été autre, “c’était carrément l’objectif d’avoir le statut VAP l’année prochaine.” Mais vu les circonstances, le club reste prudent. C’est un nouveau cycle qui s’ouvre, mais l’idée n’est pas de faire n’importe quoi ou de dénaturer le club pour le professionnaliser nous dit Curabet. “Le partage, s’amuser, rigoler, mais à la fois être performant et former du jeune joueur motivé avec des valeurs de combat. Il faut garder cet ADN et l’amener vers le professionnalisme.

Pour la saison prochaine, l’effectif reste donc jeune, bien qu’un peu modifié. 5 départs : le capitaine Lamarre (retraite), Alexandre Saidani et Maël Vandelanoote (études) ainsi que Jean-Christophe Benard (Rennes) et Adrien Falgon (Martigues). Leurs 6 remplaçants sont déjà officialisés, avec les demi-centres Ayhan Alexandre (Gonfreville) et Ugo Scotto Di Pompeo, l’arrière gauche Guillaume Margnoux, l’ailier gauche Gaëtan Canton, l’ailier droit Auxence Desbos et le gardien Maxime Savonne.

2. Gonfreville

9V, 2N, 4D. Meilleure attaque, 7ème défense.

Mickaël Lapointe, Gonfreville (crédits photo : Jérôme Déjardins).

Ces trois-quarts de saison sont plus que satisfaisants, nous annonce l’entraîneur normand Ibrahima Diallo. On a réussi à prendre des points contre toutes les équipes de cette poule sauf Vernon. Pour nous c’est une belle saison.” Malgré l’impossibilité de monter en Proligue, l’équipe est restée investie du début à la fin de cette saison avec aussi, derrière la tête, l’idée de décrocher un titre de champion de France au nez et à la barbe de Vernon, le rival de la saison. “On aurait bien aimé aller au bout mais bon, il y a plus important que le sport.

Une telle réussite n’était pourtant pas annoncée avec le renouvellement du poste de demi-centre à l’intersaison mais la reconstruction s’est bien passée, et le jeu proposé a fait ses preuves. “Un match qui montre bien tout ce qu’on a voulu faire cette année, le handball spectacle, c’est celui face à Caen où on met 41 buts. Le seul truc pour nous c’est d’en avoir pris 31, je l’ai toujours en travers de la gorge !” rigole le coach normand. La meilleure attaque a logiquement satisfait, tant grâce à une base arrière performante que par sa base avant intraitable. “Chaque ballon perdu, c’était au fond.” Le chantier sera donc sur la défense, qui figure à la 7ème place après avoir figuré durant deux saisons parmi les meilleures du niveau. “L’aspect défensif doit être une de priorités. Tout en gardant l’idée qu’on veuille aussi continuer à faire courir l’adversaire pendant une heure, du handball qui va vers l’avant, du handball spectacle, pour attirer les partenaires et les supporters.

Pour la suite, 3 départs ont été actés, le gardien Damien Rouault, le demi-centre Ayhan Alexandre et le pivot Mathieu Hermand et deux arrivées sont officielles : Le jeune demi-centre Maël Fouga (Caen), et le gardien du centre de formation d’Istres Enzo Pelissier. Pour le VAP, “ça ne sera pas pour l’année prochaine” à priori. Le projet est néanmoins dans les cartons et est espéré pour 2021. D’ici là, il reste une saison complète pour confirmer sportivement les prétentions normandes.

1. Vernon

12V, 1N, 2D. 3ème meilleure attaque, 2ème meilleure défense.

Benoît Guillaume, Vernon (crédits photo : Ⓒ SMV Handball).

Pour ne parler que du sportif, le SMV a cette saison dû recomposer avec un nouvel entraîneur, Benoît Guillaume, un nouveau staff et beaucoup de nouveaux joueurs. Et sur le terrain, la mayonnaise a bien pris. Dans une poule de N1 plus relevée que jamais, les normands n’ont laissé des points en route qu’à 3 reprises (Angers, Frontignan et Sarrebourg). “Pourtant sur chaque rencontre, on a rarement été dominateurs, voire on a été dominé, résume humblement le coach. On est passés à côté de la catastrophe pas mal de fois, mais même sans être impérial on a su prendre les points plus souvent que les autres et on est très fiers de ça.

Sur le terrain, le tempo lent imposé par la base arrière, et notamment Laurent Lagier-Pitre a permis de “montrer un sentiment de sérénité, qui n’était pas toujours là, admet le coach, mais c’est ce qu’on a pu renvoyer par moments, on ne s’affolait pas.” Un rythme faible aussi imposé par un effectif finalement réduit, par les blessures (M’Tima notamment), ou des joueurs rentrés épuisés de la CAN (Rodrigues Fortes, Clementia). De l’autre côté du terrain, on a vu “une défense stable, point d’ancrage de nos performances” qui aura été une valeur sûre quand l’attaque était plus fluctuante.

Flavio Octavio Rodrigues Fortes, Vernon (crédits photo : Ⓒ SMV Handball).

Mais évidemment, le sportif ne dit pas tout de la saison de Saint Marcel-Vernon, qui a appris en janvier sa relégation en Nationale 2 pour motifs administratifs et financiers. “La nouvelle a forcément été mal accueillie par le groupe, dans le sens où l’objectif de cette saison était de faire une forte économie sur la masse salariale, qui a été réalisée, raconte Benoît Guillaume. Il s’avère que le passif a été beaucoup plus lourd que ce qui avait été dit à moi et aux joueurs. De mon côté, sportivement, il n’y a pas de titre attribué mais j’ai dit aux gars qu’on avait fait le boulot.” Cette désillusion explique notamment le départ du coach, mais aussi de joueurs majeurs de l’effectif comme Laurent Lagier-Pitre (Caen), Flavio Octavio Rodriguez Fortes (Cournon d’Auvergne, promu en N1), Veljko Indjic et Jeffrey M’Tima (St Cyr, promu en N1) ou encore Bandjougou Gassama et Adrien Vergely (Valence).

Dans le flou, et avec peu de clubs désireux de monter en élite, les dirigeants normands peuvent encore croiser les doigts pour espérer un repêchage en Nationale 1 voire en poule élite. Et si le club est parvenu à combler une partie de sa dette cette saison, son devenir est pour l’instant dans le brouillard.

Antoine Piollat

2 CommentairesPoster un commentaire

  1. jpf_hb - le 4 juin 2020 à 08h11

    Il manque Sarrebourg dans l'article, on passe du 4 au 6 sans passer par le 5eme
    Il manque également le 3eme : Angers

    Même si vous avez fait des articles spécifiques sur ces 2 clubs, il aurait été intéressant de les mettre dans ce classement pour mieux comparer

    • Lanfillo - le 4 juin 2020 à 09h25

      Bonjour,
      Les liens redirigeant vers les deux articles sur Sarrebourg et Angers sont en début d'article.

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