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Dernier tour de piste (3/3) : Pierre Paturel, le fidèle défenseur des valeurs chambériennes

, par Lazarov

Pierre Paturel (Chambery Savoie Mont-Blanc Handball)

Le temps finit toujours par rattraper les sportifs, même les plus grands. Cette saison, trois figures du handball referment le chapitre le plus important de leur vie : celui de joueur professionnel. Dans notre série « Dernier tour de piste », ils reviennent sur leur parcours, leurs sacrifices et les souvenirs qu’ils emporteront avec eux. Troisième et dernier arrêt avec Pierre Paturel, l’éternel Savoyard.

Avant de devenir l’un des visages de Chambéry, Pierre Paturel est avant tout un enfant des gymnases de Haute-Savoie. Né à Bonneville, il est biberonné au handball. Au rythme des coups de sifflet et des matchs de ses parents, il découvre ce sport presque naturellement. « Ils ne m’ont jamais poussé à faire du handball, mais à force de traîner dans les gymnases, j’y suis venu naturellement », raconte-t-il.

Pierre Paturel n’a pas toujours porté le maillot chambérien, même s’il n’a connu qu’une seule tunique chez les professionnels. Sa première licence est prise au Club Athlétique Bonneville, alors qu’il n’a que cinq ans. Très vite, le jeune Haut-Savoyard se distingue en démarrant sur le poste d'arrière gauche et rejoint le pôle espoirs avant d’être repéré par Chambéry.

En 2005, il franchit un cap en intégrant le centre de formation du club savoyard. Le rêve commence alors à prendre forme. « Le fait d’être sollicité par Chambéry a forcément renforcé mon envie. L’objectif, quand j’étais jeune, n’était pas forcément de devenir professionnel. » Son entrée au centre de formation fait néanmoins émerger une idée nouvelle : le monde professionnel n’est plus si loin.

Une carrière, un seul maillot

À une époque où les trajectoires des joueurs ressemblent souvent à des tours d’Europe, Pierre Paturel appartient à une espèce en voie de disparition : celle des hommes d’un seul club. Hormis quelques hésitations au moment de signer son premier contrat professionnel, le pivot n’a jamais réellement envisagé de quitter Chambéry.

« J’ai toujours dit que si la proposition de Chambéry me convenait, même si un autre club faisait mieux, je resterais ici. »

La raison est simple : les valeurs savoyardes coulent dans ses veines. Adolescent, il admirait depuis les tribunes du Phare des joueurs comme Jackson Richardson, Daniel Narcisse ou Laurent Busselier. « C’était le meilleur club de la région et le club pour lequel je voulais jouer. Ensuite, j’ai trouvé ici mon équilibre. Je n’avais rien de mieux à aller chercher ailleurs. »

Au fil des saisons, Pierre Paturel s’impose comme une figure incontournable du vestiaire chambérien. Lorsque le brassard de capitaine lui est confié, cela apparaît presque comme une évidence. Pourtant, l’intéressé ne se considère pas comme un grand orateur. « Je ne suis pas un leader de parole. Je préfère parler deux fois dans l’année à des moments importants pour que cela ait plus d’impact. »

Sa force se situe ailleurs : dans son comportement quotidien, son exigence et sa capacité à montrer l’exemple. « Quand les jeunes arrivent et voient qu’à mon âge j’ai encore envie de m’entraîner avec le sourire, ça les pousse à faire pareil. »

Un rôle qu’il a toujours assumé auprès des plus jeunes. « J’ai toujours essayé de respecter tout le monde de la même manière, qu’on soit jeune, professionnel ou international. »

L’homme de l’ombre

Si Pierre Paturel est devenu l’un des joueurs les plus appréciés du public chambérien, ce n’est pas grâce à des compilations de buts spectaculaires. Son territoire a toujours été la défense. Une place discrète, souvent moins valorisée, mais indispensable. « Je n’ai jamais eu envie d’être dans la lumière. Les joueurs qu’on aime regarder sont souvent ceux qui font des choses spectaculaires. Moi, mon rôle est plus besogneux, mais on en a tout autant besoin. »

Même si l’émergence des défenseurs exclusifs met davantage en lumière ces hommes de l’ombre, leur travail reste difficile à mesurer auprès du grand public. « En handball, les statistiques sont encore moins mises en valeur que dans d’autres sports. On a un certain retard à rattraper par rapport à des ligues comme la NBA, qui ont réussi à mieux faire comprendre l’importance de tous les aspects du jeu. »

Pierre Paturel (Chambery Savoie Mont-Blanc Handball)

Les sommets d’une carrière

Lorsqu’on lui demande de retenir les moments marquants de ses quinze années professionnelles, deux souvenirs reviennent immédiatement. Le premier est une soirée européenne devenue légendaire : la victoire de Chambéry contre Barcelone en Ligue des champions, en février 2011 (27-26). « Quinze ans après, les gens en parlent encore. Ça a marqué l’histoire du club. »

Le second est évidemment la Coupe de France remportée en 2019 face à DunkerqueC’est clairement le plus beau titre de ma carrière. » Au-delà du trophée, il retient surtout le parcours collectif et cette demi-finale d’anthologie remportée face à Montpellier (33-29). « C’est certainement l’un des matchs du plus haut niveau que j’ai joués. » Cette saison-là reste, à ses yeux, la récompense d’années de travail et de frustrations accumulées. « C’était une juste récompense pour tout le travail fourni les années précédentes. »

Partir avant l’année de trop

Lorsqu’on évoque les sacrifices liés à une carrière professionnelle, Pierre Paturel refuse de se plaindre. « Je n’ai pas sacrifié grand-chose. » Il reconnaît toutefois les conséquences physiques d’une vie passée sur les terrains. « On sacrifie quand même un bout de notre corps. Généralement, on n’en ressort pas indemne. » Les absences répétées auprès de ses proches constituent également une réalité du métier.

La décision d’arrêter n’a rien d’un choix précipité. Elle a été mûrie plusieurs années à l’avance. « J’avais à cœur de terminer en étant encore utile à mon équipe. Je ne voulais pas faire l’année de trop. » Un choix assumé qui lui a permis d’aborder cette dernière saison avec sérénité. « Je les ai vécus exactement comme toutes les autres saisons. »

Pour Laurent Busselier, ancien capitaine emblématique du club et adjoint de l’équipe première, Pierre Paturel représente parfaitement les valeurs historiques de la maison savoyarde. « Il a toujours véhiculé les valeurs du club. Tout ce qu’on a voulu transmettre, il l’a transmis à la nouvelle génération. » L’ancien entraîneur décrit un joueur « précieux », « attachant » et parfois râleur. « Lorsqu’on l’a vu pointer le bout de son nez en équipe première, on s’est demandé qui était ce grand machin », sourit-il. « Quand il est arrivé, il râlait souvent lors des jeux d’échauffement et on lui disait qu’il fallait qu’il se bouge un peu plus en musculation », ajoute-t-il en riant.

Pierre Paturel (Chambery Savoie Mont-Blanc Handball)

Laisser sa trace

Le 6 juin dernier, face à Istres, Pierre Paturel a bouclé son dernier tour de piste à domicile. Après quinze années au plus haut niveau, il laisse l’image d’un joueur fidèle et d’un guerrier dévoué aux couleurs chambériennes.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait que les supporters retiennent de lui, sa réponse est immédiate :« La personne. »Les joueurs comme Valero Rivera ou Cédric Sorhaindo savent que les exploits sportifs finissent par s’estomper avec le temps. Les souvenirs, eux, restent ailleurs. « J’espère que les supporters se rappelleront de quelqu’un qui a toujours été disponible et proche du public. »

Une définition qui résume sans doute parfaitement celui qui aura passé toute sa carrière à défendre les couleurs de Chambéry : un capitaine fidèle, un guerrier de l’ombre, mais surtout un homme de valeurs.

                                                                                                                                                   Ilann Thuel

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