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Une heure pour l'éternité : les clés du sacre historique de Metz

, par Peter

Lundi matin, à l'aéroport de Budapest, les visages étaient marqués par la fatigue. Les corps tiraient après deux combats d'une intensité rare. Les voix étaient éraillées. Mais autour de chaque cou brillait une médaille d'or. Celle du premier titre européen de l'histoire de Metz Handball.

Quelques heures plus tôt, dans le MVM Dome, les Dragonnes avaient terrassé le grand Györ pour décrocher leur première Ligue des champions. Avant la finale, Emmanuel Mayonnade avait prévenu ses joueuses : « C'est une heure pour l'éternité. » Une formule qui résonne encore aujourd'hui tant ce succès dépasse le simple cadre d'un trophée.

Car au-delà du résultat, ce sacre raconte l'histoire d'un collectif qui a grandi, appris de ses échecs et fini par renverser la montagne qui se dressait devant lui depuis tant d'années.

Le collectif comme plus grande force

Depuis plusieurs saisons, Metz possède des joueuses de très haut niveau. Mais jamais peut-être le club n'avait autant tiré profit de la profondeur de son effectif qu'au cours de ce week-end historique. Petra Vamos a peu joué lors de la demi-finale avant de devenir précieuse en finale. Anne-Emmanuelle Augustine est sortie du banc pour apporter son impact défensif et inscrire un but important en transition. Sabrina Novotna a parfaitement relayé Johanna Bundsen lorsque la Suédoise traversait un passage plus délicat. Anna Albek et son bras gauche ont été utilisés avec brio et Lylou Borg a changé le cours de plusieurs séquences décisives.

Emmanuel Mayonnade insistait lui-même sur cette dimension collective au lendemain du sacre : « Sur l'ensemble des deux jours, chacun, chacune a pu apporter sa contribution à la victoire de l'équipe. »

Ce titre est aussi celui de l'expérience accumulée au fil des désillusions européennes. Pendant plusieurs saisons, Metz s'est approché du sommet sans parvenir à l'atteindre. Demi-finales perdues, quatrièmes places frustrantes, scénarios cruels : autant d'étapes qui ont forgé le caractère du groupe et de son entraîneur.

Cette fois, les Messines ont su gérer les moments décisifs. Là où elles avaient parfois manqué de lucidité dans le money-time lors des précédentes campagnes, elles ont affiché un calme impressionnant face à la pression immense de cette finale historique. Manu Mayonnade rappelait d'ailleurs que l'histoire européenne du club reste finalement récente : « Ça ne fait que neuf ans que le club joue un quart de finale de Ligue des champions. Ça ne faisait que quatre fois qu'on est allé aux Final 4. » Face à des institutions comme Györ, et ses sept titres en désormais douze finales, cette ingénuité rend le titre encore plus remarquable.

Sarah Bouktit, le rêve devenu réalité

Parmi les images qui resteront de ce week-end, il y aura forcément celles de Sarah Bouktit. L'enfant du club a grandi avec Metz, connu les échecs européens, les frustrations des précédents Final 4 et les promesses d'un avenir meilleur.

Depuis plusieurs saisons, la pivot ne cachait plus son ambition. « Ça fait plusieurs années que je ne cache plus que je veux gagner la Ligue des Champions avec Metz », confiait-elle encore avant ce Final Four. Cette phrase résonne aujourd'hui avec une force particulière.

À Budapest, ce rêve est devenu réalité. Élue MVP du Final 4, Sarah Bouktit a confirmé ce que beaucoup pensent déjà : elle fait partie des toutes meilleures pivots offensives du monde. Face à Bucarest puis face à Györ, elle a constamment trouvé les espaces, imposé sa puissance et sa mobilité, tout en affichant un sang-froid remarquable dans les moments importants.

Son entente avec Léna Grandveau a encore constitué l'une des armes majeures de Metz. La demi-centre a multiplié les passes décisives, les décalages et les lectures justes pour servir sa pivot dans les meilleures conditions. Toutes deux se connaissent depuis les équipes de France jeunes. Toutes deux rêvaient de soulever un jour la Ligue des champions. À Budapest, elles ont écrit ensemble l'une des plus belles pages de leur histoire personnelle.

Pourtant, Sarah Bouktit est aussi le symbole de ce que Metz sait faire de mieux : former, développer et faire grandir des joueuses jusqu'au plus haut niveau européen ... et la voir partir à Györ cet été. Son trophée de MVP récompense une performance exceptionnelle, mais aussi plusieurs années de progression sous le maillot jaune et bleu.

Dans son sillage, Léna Grandveau a elle aussi confirmé son changement de dimension. Sa capacité à accélérer le jeu, à casser les lignes et à distribuer les ballons dans les espaces a permis à Metz de maintenir un niveau de danger constant. Après un parcours parfois mouvementé depuis ses débuts professionnels (Bourg-de-Péage et Neptunes de Nantes), la demi-centre semble désormais pleinement installée parmi les références françaises à son poste.

Une équipe capable de tout

Si les performances offensives ont attiré les regards, le véritable socle du succès messin s'est construit en défense. Face à Györ, les Dragonnes ont livré une démonstration tactique impressionnante. Tantôt en défense à plat, tantôt dans un système plus agressif, parfois même en 3-2-1 pour perturber les circuits de balle adverses, elles ont constamment obligé les Hongroises à s'adapter.

L'activité de Grâce Zaadi, l'impact de Betchaïdelle Ngombele, l'espièglerie de Lucie Granier sur son aile, ou encore l'incroyable travail abattu par Léna Grandveau ont permis de limiter l'une des meilleures attaques du monde à 29 buts. Un chiffre qui en dit long sur la qualité du travail défensif réalisé.

Derrière ce rideau défensif, les gardiennes ont parfaitement répondu présentes. Longtemps discutée cette saison, la gestion du poste a finalement donné raison au staff messin. Johanna Bundsen a sorti plusieurs arrêts décisifs face à Bucarest puis contre Györ. Lorsque la Suédoise a connu un passage plus compliqué, Sabrina Novotna est entrée sans trembler.

Emmanuel Mayonnade soulignait d'ailleurs l'importance de sa gardienne tchèque : « Sabrina Novotna nous permet de basculer en tête à la pause. » Dans une finale aussi serrée, chaque arrêt a compté.

Cette capacité à trouver des solutions différentes selon les situations a constitué l'une des grandes forces de Metz tout au long du week-end.

De belles histoires à raconter

La révélation du Final 4 s'appelle également Lylou Borg. À seulement 21 ans, l'ancienne joueuse de Mérignac a semblé évoluer avec une sérénité déconcertante pour une première participation à un tel rendez-vous. Son entrée en demi-finale face au CSM Bucarest a apporté un nouvel élan à Metz à un moment où le match restait particulièrement indécis.

Pour Emmanuel Mayonnade, qui l'a vue grandir depuis ses débuts à l'US Mios-Biganos , la satisfaction était immense : « Lylou, elle vient vraiment de chez moi et de la maison. » Le technicien messin rappelait également combien son impact avait été important : « Elle rentre sur la demi-finale à un moment où on n'est pas non plus très en avance au temps de passage. Elle a eu un rôle prépondérant dans l'obtention de ce titre. »

Quelques mois plus tôt encore, la jeune demi-centre doutait de sa capacité à franchir le cap entre Mérignac et Metz, après avoir terminé meilleure buteuse du championnat, au cœur d'une équipe en quête de maintien dans l'élite. Aujourd'hui, elle est championne d'Europe et symbolise parfaitement cette nouvelle génération messine qui n'a pas attendu pour prendre ses responsabilités.

Dans cette victoire collective, un autre histoire possède également une résonance particulière : celle de Chloé Valentini. Il y a un an, l'ailière regardait le Final 4 depuis les tribunes alors enceinte. En janvier, elle est revenue au plus haut niveau pour redevenir l'une des meilleures joueuses du monde à son poste. Derrière cette médaille se cachent des mois de travail, de sacrifices et d'organisation familiale. Les émotions visibles sur son visage après la rencontre racontaient à elles seules le chemin parcouru. Comme souvent dans le sport de haut niveau, certaines victoires dépassent largement le cadre du terrain.

Une famille devenue reine d'Europe

Ce titre raconte finalement beaucoup de ce qu'est Metz Handball. Le club n'est pas le plus riche d'Europe. Les salaires proposés restent souvent très éloignés de ceux des grandes puissances hongroises ou danoises. Pourtant, les joueuses continuent d'y venir. Souvent même d'y revenir, à l'image de Kristina Jorgensen qui fera son retour en Moselle après avoir perdu cette finale face à Metz. On y vient pour le projet sportif, pour la stabilité, pour l'exigence quotidienne, mais aussi pour l'environnement humain qui entoure l'équipe.

Plus de 600 supporters messins avaient effectué le déplacement à Budapest. Dans une enceinte largement acquise à la cause hongroise, ils ont pourtant réussi à faire entendre leur voix tout au long du week-end. Cette victoire appartient autant aux joueuses qu'au staff, aux salariés, aux bénévoles et à tous ceux qui participent à faire vivre le club au quotidien. Les joueuses l'ont bien compris, Lucie Granier, notamment, est montée dans les tribunes, trophée en main, pour célébrer avec le mur jaune.

Le plus impressionnant dans ce sacre est peut-être qu'il ne ressemble pas à un exploit isolé. Metz n'est pas arrivé au sommet par hasard. Le club a construit patiemment son ascension, année après année, apprenant de chaque défaite avant de transformer ses frustrations en expérience.

Emmanuel Mayonnade le résumait parfaitement : « C'est une consécration, quelque chose de très fort qui va assurément marquer tout un club, toute une génération. Je l'ai dit aussi en amont du match, c'est une heure pour l'éternité. Dans 10 ans, on ne se rappellera plus du score de la demi-finale, mais dans 20 ans, on se rappellera de ce qui s'est passé ce dimanche-là. Et effectivement, je pense qu'on s'en rappellera pendant très longtemps. »

Thomas Mathiot

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