All – Dossier

Roulez jeunesse

Nikola Bilyk

Dix neuf et vingt trois ans. Il s’agit de l’âge de Nykola Bilyk et de Raul Santos, les deux premières recrues du THW Kiel pour la saison prochaine. Pourtant adepte d’un recrutement empreint de strass et de paillettes, le légendaire club allemand semble changer son fusil d’épaule, et c’est toute la Bundesliga qui entame une mue dictée par l’émergence de nouvelles puissances en dehors de ses frontières.

Si la Bundesliga est toujours considérée comme le championnat le plus attractif sportivement, elle représente un danger physiquement avec un nombre de matchs élevé et certaines écuries européennes et du Moyen Orient peuvent désormais proposer des salaires égaux voire même supérieurs. Les cas de Filip Jicha et Aron Palmarsson sont assez symptomatiques de l’attrait de ces sirènes extérieures. Le premier, en délicatesse avec son compte en banque, a cédé aux sirènes de Barcelone qui lui proposait un salaire important sur quatre ans dans un championnat peu fatiguant, chose non négligeable à 33 ans. Le second, en pleine force de l’âge, a préféré quitter Kiel pour rejoindre Veszprem, estimant que la qualité de l’effectif du club hongrois lui offrait plus de chances de remporter des titres, tout en économisant un organisme rompu aux joutes de Bundesliga depuis six ans.

En dehors de Barcelone et de Veszprém, figues européennes historiques, la Bundesliga et ses clubs phares doivent également faire face aux projets du PSG Handball et du Vardar Skopje qui arrivent à maturité et recrutent des joueurs qui auraient eu de grandes chances d’évoluer en Bundesliga à une autre époque (Mikkel Hansen, Nikola Karabatic, Luc Abalo, Dejan Manaskov, Jorge Maqueda, Igor Karacic, etc). Un exemple parfait de la place que prennent désormais ces nouveaux riches dans le paysage européen est le transfert déjà acté d’Uwe Gensheimer des Rhein Neckar Löwen au PSG Handball alors que Kiel (et autres) lui font la cour depuis des années.

La LNH en embuscade 

Le reste de la LNH n’est pas non plus en reste pour aller piocher en Bundesliga. Cet été, Toulouse, Aix et St Raphael sont ainsi aller débaucher respectivement Vasko Sevaljevic, Juan Andreu et Alexandru Simicu, qui étaient tous des cadres d’équipes de milieu de tableau en Allemagne. Dans l’autre sens, seuls Morten Olsen (St Raphaël -> Hannovre) et Jakov Gojun (PSG -> Berlin) ont effectué le chemin inverse, sans véritable volonté de leurs clubs de les retenir. Autre preuve de diminution de l’influence de la Bundesliga par rapport à son principal concurrent, les clubs de LNH ont proportionnellement recruté plus d’étrangers que les clubs de Bundesliga (24 étrangers pour 14 clubs en LNH (1.7/club) contre 27 étrangers pour 18 clubs en Bundesliga (1.5/club)) cet été.

Simicu St Raph

Alexandru Simicu, la nouvelle force de frappe raphaëloise 

En Bundesliga, l’heure est donc à l’adaptation et aux plans B. Quand il suffisait de faire miroiter le fait de fouler les parquets de Bundesliga il y a quelques années pour faire signer un joueur possédant déjà une petite réputation, les clubs de Bundesliga doivent désormais s’attendre à des fins de non recevoir et par conséquent faire en sorte que ces joueurs développent leur réputation chez eux plutôt qu’ailleurs. Il faut donc désormais travailler en amont et cerner au maximum le potentiel des futures recrues.

La méthode Throsten Storm

Et ça, un homme du nom de Thorsten Storm l’a bien compris de l’autre côté du Rhin. Ancien ailier droit ayant connu une petite carrière professionnelle du côté du SG Weiche-Handewitt (ancêtre du SG Flensburg-Handewitt) puis de Kiel à la fin des années 80 avant de raccrocher les baskets à seulement 26 ans, Thorsten Storm a ensuite fait ses armes pendant dix ans au sein du service marketing du THW Kiel avant de passer à la vitesse supérieure et de devenir le directeur général de Flensburg en 2002. De 2002 à 2006, Flensburg remporte sous sa direction un titre de Bundesliga (le seul à ce jour), et trois coupes d’Allemagne. En 2007, il rejoint les Rhein Neckar Löwen en même temps qu’un certain Jesper Nielsen en devient l’un des plus gros sponsors. Pas vraiment libre de ses mouvements jusqu’en 2011 et le départ médiatisé du magnat danois, Thorsten Storm va ensuite faire le ménage au sein des Lions aux crinières grisonnantes et lancer un nouveau cycle main dans la main avec l’entraîneur Gudmundur Gudmundsson. Exit les Borge Lund, Henning Fritz, Krzysztof Lijewski, Ivan Cupic et autres Karol Bielecki, place à Alexander Petersson, Kim Ekdahl Du Rietz, Niklas Landin et Gedeon Guardiola dans un premier temps, puis Mads Mensah Larsen et Harald Reinkind dans un second temps. Moins de strass et de paillettes, mais plus de potentiel et de soif de reconnaissance. Et alors que Mannheim plafonnait laborieusement à la quatrième ou cinquième place depuis 2007, les Lions terminent trois saisons de suite dans le top 3, échouant à deux petits buts du titre en 2014.

Thorsten Storm

Thorsten Storm, l’éminence grise du THW Kiel

Recruté par Kiel à l’hiver 2014, Thorsten Storm boucle la boucle en ramenant Niklas Landin dans ses valises. S’en suit la délicate gestion de la question des postes d’arrière gauche et de demi centre avec au casting Aron Palmarsson, Filip Jicha, Joan Canellas, Domagoj Duvnjak et Rasmus Lauge Schmidt soit cinq internationaux en puissance. Au final, exit Palmarsson (Veszprém), exit Lauge Schmidt (Flensburg) et exit Jicha (Barcelone) qui partent renforcer la concurrence directe. Ils seront remplacés par Christian Dissinger, un jeune espoir allemand qui a déjà fait ses preuves en Ligue des Champions avec Schaffhausen, et Erlend Mamelund. Bon d’accord, le frisé blond platine norvégien n’est qu’une solution temporaire en attendant l’arrivée du prodige autrichien Nikola Bilyk qui débarquera à l’été 2016 mais dont le seul fait d’arme à l’heure actuelle est un kung fu contre les Experts en match amical. Pour le strass et les paillettes, on repassera.  Mais c’est la patte Storm, miser en priorité sur le moyen terme avec des joueurs à fort potentiel désireux d’apprendre et qui ne sont pas déjà dans l’optique d’économiser leur corps afin de garnir leur compte en banque le plus longtemps possible.

A une échelle plus petite, les clubs composant le gros du peloton de la Bundesliga se mettent aussi de plus en plus à la formation. Même si ce changement de direction est dû en partie à la nouvelle politique de la fédération allemande qui souhaite retrouver une Mannschaft éclatante, il répond également à une problématique économique. Gummersbach, Lübbecke, Berlin ou Lemgo sont des clubs qui ont un budget équivalent à Nantes, St Raphael, Dunkerque ou Toulouse, ils n’ont donc plus le même pouvoir financier qu’il y a quelques années lorsque les clubs français affichaient des budgets moindres. Par conséquent, on voit éclore des Paul Drux, Fabian Wiede (Berlin), Simon Ernst, Julius Kuhn (Gummersbach), Jens Schöngarth, Niclas Pieczkowzki (Lübbecke), Hendrik Pekeler et Finn Lemke (Lemgo) qui peuvent tous prétendre à une place en équipe nationale.

Paul Drux - Fabian Wiede

Paul Drux et Fabian Wiede, l’avenir à l’allemande

Le renforcement de la concurrence limite également les prises de risques sur les joueurs étrangers, les erreurs de casting coûtant désormais bien plus chères qu’auparavant, elles sont mises sous le tapis au plus vite. Zeljko Musa était censé stabiliser la défense de Magdeburg, c’est tout le contraire, Stevan Vujovic devait assurer la mène à Wetzlar, il a déjà plié bagage, Matevz Skok devait être un titulaire en puissance à Lübbecke mais c’est le banc qu’il fréquente assidûment et Darko Stanic a déjà quitté le navire des Rhein Neckar Löwen alors qu’il avait été recruté pour être un n°1 bis dans les cages des Lions.

A l’exception des RNL qui avaient une profondeur de banc suffisante, les autres clubs ont tous été obligé de revoir leurs ambitions à la baisse suite à ces erreurs de recrutement. Et côté français, les clubs ont également tendance à multiplier les erreurs de recrutement, les supporters nantais et séquano-dionysiens pouvant en témoigner.

Pour des raisons financières, certains clubs ne pourront jamais faire l’impasse sur des paris étrangers peu coûteux mais la professionnalisation des cellules de recrutement, couplée à un changement de mentalité est bel et bien en train de changer le paysage de la Bundesliga petit à petit.

 

 

HandNews & CasalHand
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4 CommentairesPoster un commentaire

  1. Kieler - le 11 janvier 2016 à 12h16

    Sauf que Aron Palmarsson ne restera pas en Hongrie l’année prochaine. Barcelone peut-être ?

    La question Paul Drux en revanche est intéressante. Quand Wiencek est le pilier de la défense, Drux est le pilier de l’attaque. Je suis sur qu’un jour il jouera à Kiel et sera élu meilleur joueur du monde.

  2. Ladscar69 - le 11 janvier 2016 à 18h30

    Il est régulièrement blessé Paul Drux et en dépit du fait qu’il soit effectivement impressionnant et avec une maturité physique précoce, tu ne penses pas qu’il peut se griller très tôt et justement que sa carrière soit freinée par des problèmes physiques récurrents?

  3. Kieler - le 11 janvier 2016 à 19h47

    C'est un gros problème qu'il a avec son épaule qui a nécessité chirurgie. Sinon quel sportif de haut niveau ou non n'a jamais connu de blessures ? Aucun. Le soulager en diminuant son temps de jeu peut-être aussi.

    Ce que je ne comprends pas aussi c'est pourquoi Aron Palmarsson n'a jamais été nominé pour l'élection de meilleur joueur IHF. Sa saison 2013-2014 a été brillante.

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